La sélection de Claire-Anne


Gens des confins, Irene van der LINDE et Nicole SEGERS

Éd. Noir sur Blanc
25,00 Euros

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Il faut prendre le temps de lire cet ouvrage réalisé par deux femmes néerlandaises, une historienne et journaliste, Irene van der Linde et une photographe documentaire, Nicole Segers. Le texte et les images, des photos en noir et blanc, effectuées à l’aide d’un Leica M6/7, relatent un périple que les deux femmes ont entrepris avec la volonté d’aller à la rencontre des personnes vivant sur la frontière orientale de l’Europe. Avec simplicité et érudition, elles racontent leur voyage, de la Finlande à la Bulgarie, décrivent les paysages traversés, les repas, les maisons et font part des attentes, des craintes comme des rêves, des personnes croisées, des communautés, des gardiens de la frontière européenne. Un livre qui invite au voyage et à la compréhension, un livre d’Histoire et d’histoires.

L’Afrique de papa, Hippolyte

Éd. Des Bulles dans l’Océan
14,00 Euros

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L’Afrique de papa présente le travail d’Hippolyte, une alternance d’aquarelles et de photographies en noir et blanc, narrant l’histoire d’un séjour à Saly, un village de pêcheurs du Sénégal, à 80 km au Sud de Dakar, devenu un grand centre touristique.
Un fils découvre, carnet de dessin à la main, l’Afrique de son père, celle des retraités européens, le Sénégal des blancs, des « toubabs ». Il fait peu de commentaires mais son regard est sans complaisance.
Il aborde des sujets qui engendrent un malaise tels que la prostitution, féminine et masculine, le racisme, la pauvreté, sans oublier d’être aussi l’observateur de coutumes demeurées vivaces, d’aller à la rencontre des Sénégalais et d’approcher des visages ou les corps des lutteurs, la lutte occupant une place importante au sein de cet album à l’instar de celle qu’elle tient aussi dans ce pays.
L’auteur nous parle avec finesse et habileté de la misère et de la beauté des hommes.

« Zuleika Dobson », Max BEERBOHM

Éd. Monsieur Toussaint Louverture
16,75 Euros

zuleika.jpegSelon Monsieur Toussaint Louverture, « attirante, séduisante, fascinante… la jeune Zuleika Dobson l’est sans aucune limite ». Dès la descente du train en gare d’Oxford où son grand-père le recteur, l’attend, Zuleika Dobson déclenche un vif émoi dans le coeur des étudiants de l’ancienne et respectable Université. Or, la jeune prestidigitatrice, habituée à être courtisée lors de ses nombreux voyages à travers le monde, n’a jamais été amoureuse. Seul l’impeccable Duc de Dorset, parce qu’il l’aura traitée négligemment la première fois, réussira à éveiller un sentiment différent dans le coeur de la jeune femme. Mais cet amour, au lieu de les réjouir, donnera naissance à une idée plus saugrenue dans l’esprit du Duc qui contaminera la gent masculine oxfordienne.
L’écriture de Max Beerbohm, dont voici l’unique roman est délicieusement ironique, élégante, et cette histoire abracadabrante!

Le blaireau et le roi, John BERGER

Éditions Héros-Limite (24,00 €)

Le blaireau et le roi

Le blaireau et le roi est un livre protéiforme, qui s’ouvre sur un texte, allié à un échange de lettres entre l’auteur John Berger et Marilyne Desbiolles, où il est immédiatement question de rencontre, de partage et d’écriture. On y chemine tranquillement, à son propre rythme, hors des sentiers battus. On y trouve des poèmes (de Rainer Maria Rilke, Paul Celan, Marina Tsvetaïeva pour les plus connus), des photographies et de l’amitié. Enfin, un dialogue entre John Berger et son fils Yves invite « en solidarité », avec l’odeur du café et des cigarettes en toile de fond, à penser l’écriture, la peinture, le monde.

« La mer noire » Kéthévane DAVRICHEWY

Éd. Sabine Wespieser

19 Euros

merenoire.jpgLors de l’Escale du livre, l’auteur de La Mer Noire, Kéthévane Davrichewy, est venue jusqu’à Bordeaux. Écouter cette femme parler d’elle, de son écriture, évoquer des bribes de son histoire familiale, m’a donné envie de lire son dernier roman. J’ai adoré plonger dans l’histoire de Tamouna, une femme âgée, née en Georgie, exilée en France, qui s’apprête à fêter son anniversaire à Paris, entourée des siens. Elle attend aussi la visite de Tamaz, l’homme qu’elle a rencontré l’année de ses quinze ans, celui qui la trouble encore aujourd’hui. Le passé affleure en permanence, les joies comme les peines sont relatées avec finesse, et Tamouna est tour à tour jeune fille et vieille femme.

« Le Londres-Louxor », Jakuta ALIKAVAZOVIC

Éditions de l’Olivier
16,50 Euros

Avec une « note sur l’architecture du bâtiment » en guise de prologue, ce livre ne manque pas de surprendre dès les premières pages. Ce bâtiment, le Londres-Louxor, est un ancien cinéma des années vingt, un lieu où se croisent, s’observent, se rassemblent des personnes issues de la diaspora bosniaque, à Paris. Pour commencer, nous suivons Esme qui vient là dans l’espoir d’y retrouver sa soeur. Très vite, le ton original de l’auteur, l’atmosphère mystérieuse nous emportent et nous goûtons avec plaisir au lignes, évoquant l’art, la littérature, l’architecture. Il est aussi question d’amour, d’argent, d’exil. À la lecture de ce roman déroutant, nous oscillons bien souvent entre rêve et réalité.

« Eschyle en Mayenne », Jean-Loup Trassard

Aux, éditions Le Temps qu’il fait
22,00 Euros

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Les photographies, représentant des vestiges grecs situés en Sicile, ponctuent le texte, une évocation d’Eschyle depuis la campagne mayennaise. On y croise à la fois des personnages du théâtre grec antique telle Cassandre au « langage inconnu et barbare, comme l’hirondelle » et ceux d’un autre monde, aujourd’hui disparu, celui du temps où « nous vivions au milieu des chevaux, mais ici les percherons sont morts maintenant, oubliés presque autant que les chevaux des plus anciennes batailles ». Un beau livre, assurément.

« Les Odes », John Keats

Editions Arfuyen

15 Euros

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L’actualité cinématographique offre parfois cet intérêt : celui d’inciter à relire (ou découvrir) certaines plumes. Ainsi, après avoir vu le film de Jane Campion, Bright Star, ne nous privons pas du plaisir de relire John Keats! L’ouvrage paru chez Arfuyen propose une belle présentation par Alain Suid de l’oeuvre du poète romantique anglais et possède l’avantage non négligeable d’être bilingue.

« Portraits de brousse », Oumar Ly

Editions Filigranes

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Tout commence lorsqu’Oumar Ly, jeune photographe sénégalais, ouvre un studio à Podor et réalise des prises de vues pour l’administration dans les villages environnants. Sur l’invitation des villageois, Oumar Ly continue de sillonner la région en se consacrant à la photographie de portraits en noir et blanc. En résulte une collection impressionnante de clichés qui témoignent de l’évolution de la société de la vallée du fleuve Sénégal (des années soixante et soixante-dix en ce qui concerne cet ouvrage). La singularité du travail d’Oumar Ly tient autant au décor utilisé (pour élaborer un fond, un cadre, le photographe s’aide des moyens du bord c’est-à-dire un boubou tendu, la portière d’une voiture…) qu’aux poses des personnes photographiées, des plus dignes aux plus farfelues, et aux vêtements qu’elles portent, des plus traditionnels aux plus modernes.
C’est parfois cocasse ou insolite, souvent très beau.
Consultez aussi le site de Oumar Ly

« Pierre Loti dessinateur, une oeuvre au long cours », A. QUELLA-VILLEGER, B. VERCIER

éditions Bleu Autour
34,50 Euros
Pierre Loti, en tant qu’officier de marine, eut l’occasion d’embarquer vers des destinations lointaines. Les voyages et la fascination pour l’ailleurs de l’écrivain, nous les connaissons grâce à ses textes, ou bien en effectuant la visite de sa maison à Rochefort. Les éditions Bleu Autour invitent le lecteur au voyage en rassemblant dans un beau livre plus de cinq cents dessins réalisés par Pierre Loti au cours de ses pérégrinations, accompagnés des textes de l’écrivain, le tout formant « un singulier carnet de voyages autour du monde ».

« Nils Uddo Photographies »,

éditions Gourcuff
12 euros

nillsudo.jpgNils-Uddo fait partie de ces artistes qui ont choisi le paysage comme scène d’expression artistique. Cette pratique, que l’on nomme Land Art consiste à intervenir à l’extérieur et non plus dans l’espace clos d’un tableau ou d’un musée. les constructions végétales de Nils Uddo, composées de matériaux naturels tels des fleurs, du bois ou des cailloux, semblent fragiles, éphémères mais, en en gardant la trace, l’image photographique leur offre comme une seconde vie, témoigne de leur charge poétique.

« Coupes claires » de Véronique Gentil

Ed Pierre Mainard
10 euros

CouvCoupesClaires.JPGVéronique Gentil relate l’histoire d’une femme quittée par celui qui a été à ses côtés, ses mots évoquent le cheminement qui suit la rupture, nécessaire, pour atteindre cette existence qui vient après les souvenirs, après la douleur née de l’absence : »cela qui me fait penser à toi/même quand/je ne voudrais pas. »
À lire certains vers, on pense aux poétesses de la Renaissance, Christine de Pisan ou Marguerite de Navarre : « j’ai perdu mon ami/la joie m’a laissée ». La nature, les gestes qui accompagnent une vie à la campagne, le défilé des saisons, sont omniprésents dans ce texte où l’on s’attache à cette femme animée d’une grande force: « je ne suis pas triste/je n’ai pas pris la dureté du caillou. » Enfin, le temps fait son oeuvre, ne guérit pas mais éloigne irrémédiablement du moment de la séparation, amène au-delà: « je prends part un peu/à la lumière/au silence chaud/enfin je suis d’un point où tu n’es pas. »

« Ebru » Attila DURAK,

Ed Actes Sud
durak.jpgAu cours de six années, entre 2000 et 2007, l’artiste turc Attila Durak a sillonné son pays avec un dessein ambitieux : capter la richesse de la diversité culturelle en Turquie. De son projet, Ebru (du nom d’une technique picturale complexe signifiant « papier marbré »), résulte un cortège de portraits et tous ces visages, appartenant à des personnes issues de milieux culturels et sociaux différents, nous racontent des histoires. La franchise dans les regards impressionne et semble inviter le lecteur à pénétrer plus avant dans la connaissance de la Turquie d’aujourd’hui et des peuples qui la composent. Les photos d’Attila Durak sont accompagnées de textes d’artistes et d’intellectuels turcs qui ont offert leurs souvenirs, leurs impressions et John Berger a rédigé une préface comme un poème. Il s’agit enfin d’une plongée parmi les tissus, les couleurs et les nombreuses musiques du pays grâce au CD qui vient clore l’ouvrage.

« Pierre Peuchmaurd témoin élégant », Laurent ALBARRACIN

Ed l’Oie de Cravan, 8 euros

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« Dans le tropisme de Peuchmaurd, il y a comme une tension entre la Bretagne et la Chine, entre l’engagement chevaleresque (le désir, le merveilleux) et le retrait (la mélancolie). La poésie ne vise ni l’indifférence, ni la sagesse, ni le bonheur. Elle ne vise que le monde tel qu’il est, étrange et naturel, effrayant et merveilleux. »

Ces mots sont de Laurent Albarracin, auteur d’un texte éclairant sur la poésie de Pierre Peuchmaurd. Prenez en main ce petit ouvrage qui nous arrive du Québec et plongez dans l’univers de ce grand poète français disparu récemment. Et ne vous arrêtez pas en si bon chemin : prenez le temps de lire les poèmes, les aphorismes, les articles et autres écrits que cet homme nous a laissés.

« Inventions nouvelles et dernières nouveautés », Gaston de PAWLOWSKI.

Ed Finitude 13,50 Euros

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« Nos bijoutiers sont enchantés. On vient d’inventer une nouvelle bague à roulement à billes, qui se placera sur chaque pouce. Ce nouveau dispositif, bien réglé, permettrait de se tourner les pouces durant des heures dans la moindre fatigue et sans danger d’échauffement. Cette mode nouvelle sera bien accueillie, on peut être persuadé, par tous les rentiers désœuvrés. »

Voici l’une des nombreuses inventions contenues dans cet ouvrage et rédigées par Gaston de Pawlowski, un auteur un peu oublié aujourd’hui, grand voyageur, grand sportif, érudit et curieux de tout….Ouvrez ce livre et délectez-vous avec ces textes courts, où l’humour et l’absurde se côtoient admirablement bien.

karitas sans titre

Karitas sans titre
Kristin Marja Baldursdottir

éditions Gaïa

Karitas est née en Islande au début du 20ème siècle. Dans un milieu où chacun se consacre au dur labeur de la pêche, Karitas se révèle talentueuse pour le dessin et grâce à sa ténacité et au concours d’une bienfaitrice, elle embarque pour le Danemark afin d’intégrer l’école des Beaux-Arts. A son retour, sans cesse contrariée dans son désir de peindre, Karitas ne renoncera jamais. Il s’agit du parcours de cette femme, éprise de liberté mais aussi de celui d’une famille, enfin de celui d’un couple surprenant.

« La couleur de l’aube » de Yannick Lahens

éditions Sabine Wespieser, 20 euros

la couleur de l'aube

Yannick Lahens nous parle d’Haïti, de sa misère, sa violence mais aussi de la rage de vivre de ses habitants,de leurs habitudes, de leusr espoirs… On entre dans l’histoire d’une famille, grâce aux voix de deux soeurs, l’une si raisonnable et l’autre si sensuelle que l’on comprend que ces traits ont été façonnés par la vie en Haïti.

Ces deux femmes se racontent, dans l’attente inquiète de leur jeune frère qui n’est pas rentré de la nuit.

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