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« Comme un fracas, une chronique » de Jacques-Henri Michot

éd Al Dante
Comme-un-fracas-183x300.jpgUne chronique donc, tenue chaque jour ou presque entre avril et octobre 2008 puis sporadiquement jusqu’au 29 avril 2009. Un fracas également, celui du monde, celui d’une année, celui de l’Histoire. Puisqu’il est ici beaucoup question d’Histoire, celle de la Commune de Paris et de sa répression sanglante, celle de la révolution Spartakiste et de sa répression sanglante, celle de nombreuses autres révolutions et de leurs systématiques et impitoyables répressions sanglantes. Les dates sont bien souvent, pour Michot, l’occasion de se remémorer et de nous rappeler certains événements, soulignant au passage le fossé entre la mémoire officielle et la mémoire du peuple. Ainsi, le 17 octobre alors qu’une encyclopédie choisit dans son éphéméride le 17 octobre 1968 et la victoire de Colette Besson aux Jeux Olympiques, Michot préfère se souvenir du 17 octobre 1961 « une des pages les plus noires et les plus longtemps cachées de l’histoire de notre pays ».
Michot revient également souvent sur le triste déroulement de cette année. Il nous parle alors de l’enfermement de Marina Petrella et de l’acharnement sur les militants des années 70, en Italie comme en France, il réagit à « l’opération » de l’armée israélienne dans la bande Gaza, dénommée « Plomb durci » et à propos de laquelle il note ceci, le 28 décembre: « j’ai entendu aux informations télévisées cette phrase / chacun enterre ses morts/ quatre mots pour construire une bien étrange symétrie une équivalence des plus douteuse puisqu’il y a eu 320 morts d’un côté et un de l’autre [...] une fois de plus une fois de plus dans ma tête c’est irréel c’est irréel ».
Ce qui nous frappe dans cet ouvrage c’est bien sûr le reflet de cette noirceur du monde et de son Histoire mais c’est également la grande érudition de Michot. Qu’il dérive dans le détail d’une sonate qu’il a écouté le matin même, qu’il nous parle de Coltrane ou de Mozart, ou qu’il cite, comme il le fait souvent des phrases de Michaux, Kafka ou Walser, il attise sans cesse notre curiosité et nous pousse à ne jamais s’arrêter de lire et d’écouter de nouvelles oeuvres.
Ce texte nous permet de ne jamais oublier les horreurs du monde, qui nous rappelle l’émotion que peut susciter l’art, la littérature ou la musique et à la fin duquel nous devons faire face à cette triste réalité qui veut que jamais nous n’aurons le temps de lire et d’écouter toutes les oeuvres qui en valent la peine.

« La Ville absente », Ricardo PIGLIA, traduit de l’espagnol (Argentine) par François-Michel DURAZZO,

Editions Zulma

Junior, journaliste à El Mundo, enquête sur une machine à fabriquer des récits. La volonté acharnée de la dictature au pouvoir de réduire au silence la machine et des appels téléphoniques lui révélant de nouveaux indices vont le pousser à se consacrer entièrement à la résolution du mystère. Au cours de ses recherches il croisera un gangster coréen, des jeunes femmes détruites par l’oppression politique ou familiale et des ingénieurs exilés, s’enfonçant toujours un peu plus dans l’étrangeté des récits de la machine.
Placé sous la figure tutélaire de Macedonio Fernández, auteur argentin du début du siècle (publié en France chez José Corti), ce livre nous permet aussi de croiser l’oeuvre d’ Edgar Alan Poe ou le livre mythique de la littérature argentine, Martin Fierro. À l’heure où l’on ne cesse de vanter les mérites d’une littérature en prise avec le réel, ce livre de Ricardo Piglia nous propose une autre voie, celle d’une littérature qui, sans ignorer le monde et l’ Histoire, parle de la littérature elle-même, de sa force, de son pouvoir.

« Une femme de quelques vies » de Jean Daive

Une femme de quelques vies

éditions Flammarion,
collection Poésie/Flammarion
18 euros

Une douceur. Une angoissante douceur. La solitude en quelque sorte. C’est ce qui nous saisit dès l’entame du texte et ne nous quitte plus alors même que nous en avons finit la lecture. Une femme, l’eau, une rivière, la forêt, l’eau, une goutte de pluie, une maison isolée, une femme encore, dans cette forêt, cette maison, à côté ou au milieu de cette eau. Jean Daive raconte. Ce n’est pas un récit, mais Jean Daive raconte. Cette eau, cette forêt, mais surtout cette femme, « une femme qui rêve/qui observe ou souffre/en écrivant ». Clichés, instantanés, tableaux, au fil des mots les images se succèdent et naît le portrait d’une femme, jusqu’à « une dernière/vision d’elle [...] toute droite/devant la prairie ».

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