Jean-Luc Nancy

Philosophe du corps et de la potlitique, Jean-Luc Nancy nous a quitté au mois d'août

  • un trop humain virus

    Jean-Luc Nancy

    • Bayard
    • 14 Octobre 2020

    L'Europe, depuis 1945, avait exporté ses guerres. Elle importe aujourd'hui une épidémie qui sème la confusion. Le coronavirus, produit de la mondialisation, déclenche une mécanique de forces techniques, économiques, dominatrices et du même coup remet en question le modèle de croissance. Cette crise sanitaire provient de nos conditions de vie, d'alimentation et d'intoxication. Ce qui était « divin » est devenu humain - trop humain comme dit Nietzsche. La loupe virale grossit les traits de nos contradictions et de nos limites. C'est un principe de réel qui cogne à notre porte. La mort, que nous avions exportée avec les guerres, elle que nous pensions confinée à quelques autres virus et aux cancers, la voilà qui nous guette au coin de la rue. Nous nous découvrons humains, mais sûrement ni surhumains ni transhumains. Trop humains ? Ou bien ne faut-il pas comprendre qu'on ne peut jamais l'être trop ? Une puissante et salutaire réflexion du plus grand philosophe français.

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  • Ni la fin du monde, ni le début d'un autre, ni la suite de l'histoire - mais une extrême fragilité. Ça peut casser, ça peut tenir, ça demande précaution. Moins des projets (même s'il en faut) qu'une circonspection pour notre présent, car c'est en lui que ça se trame ou se défait. Le comble de la fragilité s'atteint dans l'autonomie technologique - aussi économique qu'industrielle et cybernétique. Pour se déprendre de cette autonomie il faut trouver une allonomie : une loi de l'autre, une autre loi et autre chose qu'une loi.
    Trouver n'est pas inventer. Il s'agit moins d'une volonté que d'un désir, moins d'une intention que d'une attention, moins d'un savoir que d'un art.
    Jean-Luc Nancy

  • Ce livre réunit cinq essais sur Jean-Luc Nancy. Il y est notamment question des idées de création, de vie, de corps, mais aussi de toucher, de sujet, de communauté, de christianisme, de monde. Il s'agit à la fois d'analyser un texte philosophique difficile, de faire hommage au professeur et, finalement, de saluer l'ami. Il s'agit de témoigner de toute l'admiration qu'un philosophe habitant à l'autre bout du monde professe pour cette pensée si originale et si puissante. Il s'agit surtout d'ouvrir des voies pour lui donner de nouvelles chances, pour me donner moi-même une chance de penser.
    Le premier texte du recueil cherche d'abord à préciser le sens ontologique de l'idée de création. L'être pensé selon la creatio ex nihilo n'est pas nécessairement à résorber sous le schème de la production ontologique, de la transitivité de l'être ou de la différence ontologique. Au contraire : puisque rien n'est créé à partir de rien, il faut penser un anéantissement de l'être lui-même ou de la libre donation de l'étant. Si, d'un autre côté, on accepte que la vie a été, dans toute l'histoire de l'ontologie occidentale, le schème principal et l'horizon indépassable pour la compréhension de l'être, alors l'idée de creatio ex nihilo doit engager une déconstruction de la vie. Tout en essayant de donner sens à la prolifération exorbitante des discours et des techniques concernant le vivant dans l'actualité, mon travail explore les conditions d'une telle déconstruction.

    Le deuxième essai offre un bref commentaire de l'idée de « vie éternelle » telle que présentée dans L'Adoration (Galilée, 2010). La « vie éternelle » n'est rien d'autre que le mode d'être et de paraître de celui ou celle qui est mort(e), c'est-à-dire de celui ou celle qui a cessé d'être et de paraître, qui ne peut plus être saisi(e) par nos catégories concernant l'être et le paraître.

    Le troisième texte mène une exposition systématique du concept de corps chez Nancy, en revenant d'abord au texte fondateur de la philosophie occidentale concernant la corporalité vivante, à savoir le traité sur l'âme d'Aristote. Les oppositions à établir entre la psychè du Stagirite et la Psyché morte de Nancy ne sont pas aussi radicales qu'on pourrait le croire : chez l'un comme chez l'autre, il s'agit avant tout de saisir l'âme comme la différence, le retrait ou le départ qui fait l'exposition des corps. L'essai se poursuit avec une analyse du toucher et du soi, et se termine par une explication de l'idée de corps à l'intérieur du programme général de pensée sur la déconstruction du christianisme, en particulier à l'égard de l'idée d'incarnation.

    Après une brève réflexion sur la torture, ce recueil se conclut par « La chance de la pensée », qui tente de décrire l'expérience de pensée et du réel à l'oeuvre chez Nancy.


    J. M. Garrido

  • Que nous reste-t-il de la communauté ? de ce qui a été pensé, voulu, désiré sous le mot de " communauté " ? il semble qu'il ne nous en reste rien.
    Ses mythes sont suspendus, ses philosophies sont épuisées, ses politiques sont jugées. on pourrait dire aussi : " la communauté ", c'était le mythe, c'était la philosophie, c'était la politique - est tout cela, qui est une seule et même chose, est fini.
    Ce livre essaie de dire ceci : il y a, malgré tout, une résistance et une insistance de la communauté. il y a, contre le mythe, une exigence philosophique et politique de l'être en commun.
    Non seulement elle n'est pas dépassée, mais elle vient au devant de nous, elle reste à découvrir. ce n'est pas l'exigence d'une oeuvre communautaire (d'une communion ou d'une communication). c'est ce qui échappe aux oeuvres, nous laissant exposés les uns aux autres. c'est un communisme inscrit dans son propre désoeuvrement.

  • Alors qu'il est coutume de démasquer les hommes et les femmes politiques, Emmanuel Macron déjoue cette entreprise. Il n'est pas un masque et il n'en porte pas non plus. Plutôt cisèle-t-il aux frontons de nos institutions une série de mascarons qui présentent toutes les figures d'un registre symbolique, mythologique ou idéologique.
    Nous allons parcourir les avenues, les couloirs et les escaliers régulièrement surmontés de ces ornements expressifs. Comme les dieux, les vertus, les monstres ou les passions du temps jadis, ils portent des noms. Au demeurant ils ne sont rien d'autre que des figures divines, vertueuses, monstrueuses ou passionnées - liste qu'on pourra prolonger à loisir. » Cette liste de mascarons, qui forment autant d'entrées du livre, comprend, entre autres : « Le Jeune », « Self-Fils », « Gilets jaunes », « Macronvirus »...

  • Une persistance ou une rémanence qu'on aurait cru impossible de l'antisémitisme oblige à reprendre à nouveaux frais l'analyse de ce dont cette disposition hideuse et morbide peut être l'effet. Il est nécessaire de creuser plus profondément dans ses origines. Celles-ci sont en effet à repérer au plus intime de notre culture européenne et pré-européenne. Elles tiennent à la conjonction conflictuelle des deux réponses à l'effacement des cultures archaïques : la réponse grecque et la réponse juive se rencontrent comme deux affirmations d'une humanité émancipée du mythe mais s'opposent comme deux façons de concevoir l'autonomie.
    D'un côté l'autonomie tendanciellement infinie du logos, de l'autre l'autonomie paradoxale d'une hétéronomie répondant à un dieu caché. A première ne savait que repousser la proximité de la seconde, et donc l'exclure tout en l'engobant dans sa domination. La seconde ne pouvait que se replier dans cette exclusion au sein même de la domination.
    Comment de ces prémices intrinsèquement contradictoires a pu s'engendrer l'histoire si longue et si terrible de la haine du Juif masquant une haine de soi ? On essaie de rendre possible une réponse.

  • Démocratie, humanité, raison, justice, les concepts hérités de notre tradition semblent désormais impuissants à penser le commun de l'existence.
    Leur signification est brouillée. "Le témoignage le plus important et le plus pénible du monde moderne est le témoignage de la dissolution, de la dislocation ou de la conflagration de la communauté", écrit Jean-Luc Nancy. Retracer le politique, alors, c'est rompre avec l'idée que "tout est politique". C'est exiger du pouvoir qu'il renonce à mettre en oeuvre la communauté comme une totalité et qu'il ménage l'accès à d'autres sphères de l'existence.
    L'effort de déconstruction de l'intrication d'origine du politique et du philosophique est une chance de sortir du nihilisme. Il s'agit de comprendre ce qui, après les illusions de l'humanisme, peut faire tenir un monde. Comment les hommes tiennent-ils ensemble ? Comment sont-ils ajustés ? On ne saurait renoncer au thème traditionnel de l'égalité juridique et économique, mais autre chose encore est de respecter l'hétérogénéité des individus, exposés à la singularité multiple et à l'incommensurable.
    La politique démocratique consiste alors à écarter un sens du commun pour ouvrir aux possibilités de sens multiples en commun. Né en 1940, Jean-Luc Nancy a enseigné la philosophie à Strasbourg, Berlin et Berkeley. Il a travaillé avec Jacques Derrida et Philippe Lacoue-Labarthe, publiant seul ou en collaboration de nombreux ouvrages.

  • sexistence

    Jean-Luc Nancy

    • Galilee
    • 17 Février 2017

    Tous les jours, la sexologie fait rage, anatomique, hormonale, psychanalytique et médiatique. Au point que certains, écoeurés, se vouent à une toute neuve chasteté. Mais le sexe se moque des discours sur lui : en tant que sexe de l'animal parlant, il partage avec le langage l'épreuve de la limite du sens, l'expérience de l'insignifiant ou de l'excès sur la signification. Ce qui ne relève d'aucun savoir, mais d'un insu sagace, sensible et pénétrant dont il n'est pas tout à fait impossible de s'approcher - entre philosophie et littérature.
    Car le désir désire se dire en même temps qu'il se désire lui-même - et de se perdre à l'infini. En vingt-et-un petits chapitres qui vont de la nature à la poésie et du cul à l'amour, l'auteur de L'« il y a » du rapport sexuel, de La Naissance des seins, et de L'Adoration tente de laisser parler le sexe.

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