Michel Suffran

  • Entre deux rives

    Michel Suffran

    "Entre deux rives". Tel est, en effet, le titre du premier des cinq récits regroupés ici. Cependant ce même intitulé conviendrait aussi à leur ensemble.
    Si différents de ton puissent-ils sembler, tour à tour pathétiques, burlesques, fantastiques, mettant en scène un affairiste " arrivé " en qui surgit l'idée saugrenue de s'aventurer, en pleine nuit, sur un pont en apparence désert, une adolescente hantée par la promesse ou le mirage d'une île, un promeneur à l'allure un peu trop paisible, un singulier mendiant aux aguets à l'angle d'une rue, un comédien raté... Il n'y a pas de " gens sans histoire ". Tous portent en eux la conscience sourde, parfois muée en irrésistible appel, d'on ne sait quel " ailleurs ".
    Mais, à mieux y songer, chacune de nos existences ne pourrait-elle se définir comme une incertaine traversée entre deux rives également énigmatiques ?

  • Pyrénées de F. Jammes

    Michel Suffran

    Si l'on s'en tient à la stricte biographie, le destin de Francis Jammes (né à Tournay, Pyrénées-Atlantiques, en 1868, résidant à Orthez, Pyrénées-Atlantiques, de 1888 à 1924, puis à Hasparren, Pyrénées-Atlantiques, jusqu'à sa mort en 1938) apparaît comme celui d'un homme profondément enraciné dans une province au double visage : Béarn et Pays basque. Et c'est vrai qu'il demeure jusqu'au bout l'homme d'une terre, puisant les sèves drues et savoureuses de son art dans l'amour des humbles, des enfants, des adolescentes, des plantes et des bêtes, créant cet impressionnisme à la fois lyrique et direct, cosmique et familier que l'on a baptisé le « jammisme » et qui n'a d'équivalent nulle part ailleurs - sauf, peut-être, chez Virgile. Il fut, au début du siècle, considéré comme le rénovateur providentiel de la poésie française qui menaçait de s'enliser dans les abstractions intellectuelles de l'héritage mallarméen et les grâces exsangues chères aux épigones d'un symbolisme déclinant. Son influence fut éclatante. Gide, Claudel, Proust le reconnurent pour un maître. Dans la jeune génération, Alain Fournier, Jacques Rivière, Saint-John Perse et François Mauriac lui vouèrent une admiration sans limites. Mais son plus radieux enfant spirituel fut encore Colette, dont il préfaça les Dialogues de Bêtes, et qui possède la même sensualité triomphante et généreuse. Poète chrétien, Jammes ne renia jamais la part charnelle de son être profond. Toute son oeuvre fut la synthèse, la conciliation souvent orageuse d'animus et anima. Il a été la faune mystique, attiré aussi bien par la tendre ascèce franciscaine que par les exigences sublimées, mais toujours impérieuses d'une nature passionnée. Pourtant, il fut, aussi et surtout, le chantre de la pitié et de la douleur humaine proche, sans ostentation, des méprisés et des faibles. Et là réside sans doute sa véritable grandeur. Aujourd'hui encore, et plus que jamais, des recueils comme De l'Angelus de l'Aube à l'Angélus du soir, Le Deuil des Primevères, Les Géorgiques chrétiennes, des récits tels que Clara d'Ellébeuse » ou Le Roman du Lièvre restent d'une originalité, d'une fraîcheur inégalée et font de lui l'un des écrivains les plus proches des aspirations des hommes de notre temps vres les essentielles et quotidiennes vérités, les vraies richesses dont ils ont soif. Le livre album que Michel Suffran a conçu pour la collection « Les Chemins de l'oeuvre » (où il a déjà publié L'Aquitaine de Mauriac) est enrichi par l'exceptionnelle iconographie, en grande partie inédite, réunie par Michel Haurie, président de l'active Association Francis Jammes.

  • Le colporteur bossu

    Michel Suffran

    • Auberon
    • 15 Octobre 2004

    Qu'attendre d'une reliure vide acquise " dans un lot " au hasard d'une vente aux enchères, eût-elle jadis enfermé l'un des grands textes fondateurs de notre condition humaine ? Rien d'autre qu'une amère frustration, rumine, d'emblée, Sébastien Lechat, bibliolâtre impénitent, toujours à l'affût de l'oiseau rare... Avant de se trouver happé, au péril de sa quiétude, peut-être même de sa vie, à travers un inextricable labyrinthe de passions et de convoitises assez âpres pour engendrer une série de meurtres plus ou moins déguisés. Jusqu'à sa tendre complicité avec la ravissante Béatrice qui, au passage d'une aussi capiteuse qu'énigmatique inconnue, va subir une onde de choc redoutable !... Afin que la délicate balance de son univers quotidien retrouve son précieux équilibre, Sébastien devra se résoudre à affronter, surgie de la nuit des temps, la figure maléfique du Colporteur bossu. Puis démêler tout un écheveau de sortilèges et d'envoûtements encore ardents, quoique vieux de plus d'un demi-millénaire...

  • UN DIALOGUE IMAGINAIRE ENTRE MONTAIGNE, MONTESQUIEU, MAURIAC Je ne crois guère aux fantômes. Pas même aux revenants. En revanche, j'ai foi en ceux qui demeurent. Si l'on prête tant soit peu l'oreille, les bibliothèques sont pleines de bruissantes présences. Notre mémoire aussi. Et, parmi celles qui ont orienté notre pensée, façonné notre vision, trois voix se détachent : celles des trois M -Montaigne, Montesquieu, Mauriac- fils glorieux de notre Aquitaine littéraire. Ceci énoncé, hormis le génie, qu'ont-ils vraiment en commun ? Écoutons mieux. Que se disent-ils ? Et, surtout, qu'ont-ils à nous dire ? La mort, au bout du compte, n est qu'un malentendu ! La mort n est acceptable que si elle n'existe pas. Sans dévotion effarouchée, entendons-les s'exprimer, en toute liberté, à bride abattue. Mais aussi, s'indigner, s'accorder, s'interroger, s'apostropher, se rejoindre... Rire ensemble, pourquoi pas ? Aux seules fins d attiser cette flamme bondissante que l'Éternité elle-même ne saurait éteindre, tant qu'elle persiste à nous éclairer et nous réchauffer le c ur. Faisant de ces veilleurs, de ces rebelles, d'inégalables témoins. Et, par-dessus tout, d'incorrigibles, de fraternels vivants. M.S

  • Après les Vingt chansons d'Aquitaine, un nouveau titre coédité par Pleine Page et l'association des Savoir-Faire d'Aquitaine.
    Le tour des cinq départements, avec une visite des maisons d'écrivain plus ou moins connues. Pour chaque maison, sont développés les rapports de l'écrivain à son lieu de naissance, d'habitation, de travail... Une page offre un "guide pratique" pour visiter la demeure : horaires, prix, itinéraire... Le tout est richement illustré, par les illustrations de Jacques Guibillon et les photographies de Didier Periz.

  • L'histoire de l'Aquitaine est une fresque, mais une fresque dont les statues sont vivantes. Une tapisserie, mais qu'agite un vent furieux. Dès le premier instant où un chasseur, quelque 35 000 ans avant J.-C., applique le sceau de sa main enduite d'ocre contre la paroi d'une caverne périgourdine, commence cette très longue épopée d'une région modelée par l'homme au long des siècles.
    Car l'Aquitaine n'est pas une fatalité géographique, mais une permanente conquête. Zone élective d'échange entre la haute terre et l'océan, balafrée par l'énorme blessure de l'estuaire de la Garonne, l'Aquitaine a dû à sa seule volonté de devenir un pays aux limites mouvantes, mais à la spécificité inébranlable.
    Avant-poste de la romanité en Gaule, royaume mérovingien, puis carolingien, duché, possession anglaise, province française enfin, ravagée d'invasions, labourée de migrations, déchirée de conflits religieux, l'Aquitaine a su demeurer fidèle à son destin et ne perdre dans tous ces avatars ni son identité, ni son âme. Et c'est elle qui, pour finir, a conquis ses conquérants. D'étonnantes figures sont venues la symboliser et marquer son histoire éclatante ou secrète : la reine Aliénor, le Prince Noir, l'archevêque Pey-Berland, Montaigne, les ducs d'Epernon, les grands Intendants du xviiie siècle, Montesquieu, ont servi et exalté son génie. Mais l'histoire de l'Aquitaine, c'est celle, aussi et surtout, d'une prise de conscience collective : des mouvements populaires comme la Commune de Guyenne au xvie, l'Ormée au xviie, le fédéralisme des Girondins sous la Révolution, ont puissamment affirmé une personnalité qui a fait de cette terre frondeuse un étonnant miroir de l'aventure humaine.

  • L'histoire de Bordeaux est celle d'une longue sédimentation où marins et bateliers, vignerons et juristes, armateurs et aristocrates ont bâti une ville toujours jugée singulière.
    De l'anonyme Biturige Vivisque, nomade sédentarisé, fondateur de la cité, jusqu'à François Mauriac qui a su en percer les secrets, Michel Suffran brosse le " portrait " des bâtisseurs de Bordeaux: Ausone, Paulin, Guillaume II d'Aquitaine, la reine Aliénor, Jean sans Terre, Jean XXII, le duc d'Epernon, Montaigne, Montesquieu, Madame Tallien ou Goya. Il sait aussi donner tout leur sens aux transformations de la ville qui, à l'exemple du quai des Chartrons, en modifient le destin, comme il n'oublie pas - du repli de 1870 à l'exode de 1940 - les heures sombres qui ont marqué son histoire.
    En vingt-quatre tableaux, Michel Suffran raconte la vie, la couleur et l'âme de Bordeaux.

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