Suzanne Doppelt

  • Meta donna

    Suzanne Doppelt

    Dans la petite ville de Galatina, dans les Pouilles, on peut assister à un curieux rituel de dépossession autour de l'araignée et sa morsure. Un exorcisme dansé et chanté, sur plusieurs jours, qui permet une forme de régulation de l'ordre social, de redonner un sens au désordre, de soulager les conflits individuels et collectifs. Le pseudo poison circule entre l'araignée, les musiciens, la famille et les villageois rassemblés pour la circonstance. Il faut s'identifier à l'araignée, danser comme elle le ferait puisqu'elle se déplace en dansant, pense-t-on, sur une musique effrénée puisque sa morsure est musicale. Il est question de pauvreté, de grande fatigue, d'ennui mortel, de conflits irrésolus, et de poison donc, d'envoûtement et de désenvoûtement.
    Suzanne Doppelt s'inspire de l'extraordinaire petit film en noir et blanc de Gian Franco Mingozzi, Tarantula, tourné en 1961 dans le Salento, au sud de l'Italie. À sa manière, par des textes en prose poétique et quelques images qui jouent librement avec ces différents aspects, Suzanne Doppelt tisse une toile pour rendre hommage à cette cérémonie cathartique, ce rituel joué et symbolisé dont elle se fait l'écho aujourd'hui. Elle réinvente dans sa propre écriture ce théâtre arachnéen, magnétique au plus haut point, qui représente l'un des derniers cultes de possession en Europe.

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  • Rien à cette magie

    Suzanne Doppelt

    Entre 1733 et 1734, Chardin peint trois fois Les Bulles de savon, trois versions très proches d'une même scène : un jeune homme s'amuse à faire des bulles sous l'oeil curieux d'un enfant à moitié dans l'ombre. Proust prétendait qu'on ne peut faire d'aussi précieuses découvertes que dans les Pensées de Pascal dans une réclame pour un savon, ou dans une bulle de savon, a-t-on envie d'ajouter avec Suzanne Doppelt.
    À partir de ce célèbre tableau de Chardin, elle invente un livre conçu comme un petit théâtre d'ombres et de marionnettes, un étonnant dispositif poétique et photographique pour tenter d'accom- pagner la construction de ce tableau. Le livre revisite ainsi de façon très originale le thème de la vanité.
    Il ne s'agit pas simplement d'histoire de l'art, même si les descriptions tendent parfois vers une certaine forme d'objectivité, ni même de philosophie. Le texte poétique joue à tourner autour de ce tableau, au plus près de cette séquence mélancolique où l'on voit une petite sphère sur le point d'explo- ser. Comme pour rechercher une solution aérienne qui préserverait fugitivement la lumière de l'enfance, la bulle doit être soufflée à nouveau, indéfiniment, et le texte, à la façon d'une ritournelle, revient à cette figure spectrale - une manière de rythmer le temps, sujet central de cette image.

  • Découvrez La plus grande aberration, le livre de Suzanne Doppelt

  • Vak Spectra

    Suzanne Doppelt

    • P.o.l
    • 11 Mai 2017

    Tout outrepasse l'usage premier de la maison qui est d'abriter, si familière mais si étrange, tout en elle l'excède, les plans en contiennent d'autres, plus invisibles, c'est une géométrie simple et compli- quée, une géométrie utilitaire toujours dépassée par de nouveaux motifs. Dans cette grande archive où se croisent de drôles de temporalités, les âges se mélangent, les revenants l'habitent à leur guise, c'est une boîte à ancêtres où s'inscrivent les traces, les taches, les ombres, les odeurs et les images retour- nées comme celles projetées sur le mur de la camera oscura. La maison en est une, une chambre noire, une machine à projection, le monde extérieur s'y reflète, elle s'ouvre sur un champ indéfini alors qu'elle est censée contenir.
    De quoi est faite une maison, quels éléments la constituent plus tout ce qui la déborde ? Ces questions traversent ce texte à leur manière, non sous la forme d'une psychologie personnelle ou générale ni une phénoménologie à la Bachelard. La maison est le sujet d'innombrables textes, mais il reste inépuisable. Du grenier à la cave et retour, en considérant le plus petit bibelot, la table qui fait parler les morts, les murs tachés, les fenêtres et les courants d'air, les images accrochées et certaines qui la représentent, diffractées comme elles le sont pour la plupart. Et en particulier celle autour de laquelle tourne ce livre, une maison hollandaise et son intérieur que montre sous plusieurs angles la boîte d'optique de Samuel van Hoogstraten, un peep show de 1655, une anamorphose qui varie selon l'endroit d'où on la regarde, une vraie scène de théâtre, une maison visionnée.

  • À travers 12 tableaux, où textes et photographies sont étroitement liés, l'auteur nous livre un inventaire halluciné de ce qui est. Un écho au livre Le monde est beau, d'Albert Renger-Patzsch, photographe de la Nouvelle Objectivité. Une forme d'encyclopédie détournée, métamorphique, entraînée vers la poésie la plus pure. « Les plantes », « les animaux », « les visages », « les machines », « les mains » sont quelques-unes de ces compositions texte/images d'où émane cette étrangeté douce et envoûtante si particulière à Suzanne Doppelt.
    Le monde est beau, il est rond est la deuxième publication de Suzanne Doppelt chez Inventaire/Invention.

  • À peine arrivés dans une pension de famille villageoise, le narrateur Witold et son compagnon Fuchs tombent sur un oiseau mort qui pend au bout d'un fil. Ce n'est que le début d'une série « d'indices » que les deux compagnons vont chercher à décrypter. Cosmos, ce magnifique pseudo-roman policier, de Witold Gombrowicz, qui se décrit là comme un « déchiffreur de nature morte », sert de prétexte à ce livre, Amusements de mécanique, qui tourne autour, et plus précisément autour de ce tableau qui se peint, se compose et se décompose au fur et à mesure du récit, non pas un tableau de chasse, mais plutôt une fresque ou un théâtre traversé et saturé de signes qui se combinent indéfiniment entre eux, discontinus et paradoxaux, la même tâche sans fin à laquelle les deux détectives en herbe se confrontent, un réseau mouvant aux multiples connexions qu'ils parcourent en tous sens, furieusement et de façon obsessionnelle. Il s'agit bel et bien d'une enquête paranoïaque, une tentative vaine de débrouiller ce soi-disant monde extérieur, un véritable rébus, et « d'organiser le chaos ».
    C'est l'impossible récit de ce qui fait et défait la « réalité », l'impossible récit d'un secret qui le restera, l'intrigue n'étant qu'un prétexte.
    Mais c'est avant tout une enquête pour l'oeil, avec toutes les questions que cela pose : que voit-on et comment ?
    D'où voit-on et de quel point de vue ? Ne voit-on que ce que l'on regarde, etc. ? Aucun regard ni interprétation définitifs, pas de monde hors de l'observateur, le paysage et tout ce qu'il contient est contingent, soumis à de multiples métamorphoses. De livre en livre, c'est sans doute la même préoccupation pour Suzanne Doppelt, la même idée fixe qui revient sous des angles variés. Une fois de plus, il faut tirer les leçons des anamorphoses, selon le lieu où je me tiens et regarde, je ne verrai pas la même chose, une astuce technique peut changer la donne de fond en comble. Ce livre est un peu le 3e volet d'un triptyque : dans Lazy Suzie, P.O.L, 2009, il était question des tableaux à secret que sont ces anamorphoses, dans La plus grande aberration, P.O.L, 2012, d'un tableau pour une part impénétrable.
    Même si elle est parfois fatigante, la mécanique du corps et de l'oeil qui le contient et inversement peut être un sacré amusement.

  • Lazy Suzie

    Suzanne Doppelt

    Mais l'air dès que vient le jour est plein d'images mobiles auxquelles l'oeil sert de cible ou d'aimant.

  • Le poème d'un jésuite raconte sa noyade dans une jatte : blancheur et douceur du liquide, noirceur du corps et amertume de la mort. Elle va si souvent au lait qu'elle y demeure.

  • Comme celui qui le traverse, le paysage se transforme, les perspectives se défont - des images fantômes. Des épreuves supposées, une initiation au terme de laquelle on ne sait rien de plus ni de moins.
    Des textes courts où les mots et les images s'entrecroisent, se font écho, forment une trame étrange, dessinent le trajet aléatoire d'un homme à travers un panorama qui se métamorphose, tremble, se diffracte, tourne, devient carrefour, luna park, labyrinthe, chambre noire... Il y croise des figures légendaires, le golem, le dibbouk, enfourche un tapis volant, rétrécit à l'infini. Le pré est vénéneux est la dernière partie du triptyque formé par Totem, un faux livre d'ethnologie, et par Quelque chose cloche, un pseudo livre de philosophie.

  • Quelque chose cloche

    Suzanne Doppelt

    • P.o.l
    • 20 Mai 2004

    Le fragment 99 du poème « De la nature » d'Empédocle, dit que l'oreille est semblable à une cloche. L'oreille, donc au moins quelque chose.
    Ce travail est directement inspiré de la pensée des philosophes qu'on appelle présocratiques ou plutôt de ce qu'il en reste, c'est-à-dire des fragments : les textes d'origine sont mutilés, délabrés. Des oeuvres perdues, dont les témoignages parfois contradictoires nous laissent des images simplifiées, manipulées, somptueuses ou familières, que de nombreuses traductions cherchent depuis longtemps à restituer.
    Le sens réel du texte demeure souvent une énigme et c'est entre autres choses ce qui a intéressé Suzanne Doppelt. Tout comme cette tentative de mise en ordre des connaissances qui rappelle et précède le savoir encyclopédique, chez Démocrite notamment.
    Les premiers philosophes ne cessent d'interroger la nature et le cosmos, ils ont le désir de comprendre les phénomènes à travers les faits les plus ordinaires.
    Les fragments témoignent d'un intérêt pour les champs les plus variés, d'une curiosité inlassable et libre.

    Ce sont quelques-unes de ces questions que ce livre tente de reprendre sous la forme de huit chapitres et d'un neuvième qui les résume : le cosmos, la météorologie, les plantes, l'anatomie, les animaux, les couleurs, les aliments, le jeu.

    Quelque chose cloche est donc un pseudo livre de philosophie, le second volet de Totem (P.O.L, 2002) qui était lui, un pseudo livre d'ethnologie, une tentative de fabriquer une vraie/fausse anthropologie.

    Les photographies en noir et blanc, toutes du même format (sauf celles qui ouvrent les chapitres), apparaissent de façon régulière, regroupées en 50 diptyques. Ils associent des images plus ou moins figuratives et un motif géométrique, photogramme qui marque à la fois la répétition et la permanence.
    Les images s'agencent, se répètent donc parfois, mais toujours dans une légère variation, comme est variée la réalité entrevue par les fragments.
    Analogies, similitudes : les photographies se renvoient les unes aux autres, jouent avec les lacunes, suggèrent, et toujours désignent un monde qui vacille, semblable au fil sur lequel se tient souvent la pensée présocratique, à la fois triviale et poétique, terre à terre et sublime.
    Les photographies reconstruisent en partie ce qui a été perdu, comme le font les différentes traductions, en ce sens elles sont une traduction de plus. Mais parfois aussi, elles évoquent les choses de façon très littérale.
    Ainsi, elles créent le réseau des éléments à cataloguer.

    Pour mieux marquer la confusion et le mélange, les images sont enchassées dans un texte continu qui lui aussi joue avec les variations, les renvois, les recoupements : images et textes se déplient dans un seul mouvement, une seule matière.

    Quelques fragments, ça et là, ont été retraduits par Georges Aperghis dans une langue phonématique, imaginaire.

  • Totem

    Suzanne Doppelt

    Les hommes pêchent de moins en moins, un beau-frère irrité par un garçon l'abandonne définitivement croit-il, la grand-mère enfonce son bras dans un arbre perforé, la magie transforme les hommes en poissons, les enfants inhument leurs parents dans un terrier de tatou, lequel tatou doit creuser un nouveau terrier.

  • Kub or

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    Ces 7 x 7 poèmes, avec 7 photos de Suzanne Doppelt, se présentent vraiment comme des petits cubes (les fameux «Bouillons Kub»), bien carrés, bien compacts. On pourrait dire aussi des boîtes, boîtes à malice, ou encore des coffres à jouets, débordants de trésors serrés. C'est dire leur richesse, leur densité, le caractère merveilleux, hétéroclite et magique de leur contenu. Plein de choses en effet : des objets, des mots, des images, des textes, des souvenirs, une juvénilité heureuse pour les ordonner.

  • Quelle incroyable présence que celle de cet animal quasi-domestique, tant il accompagne la vie quotidienne des hommes depuis la nuit des temps, tant il est associé aussi à la mort. La mouche traverse la littérature, la philosophie, avec une étonnante diversité, comme elle est omniprésente dans l'histoire de l'art. De l'antiquité à la littérature contemporaine, Suzanne Doppelt et Daniel Loayza se sont attachés à recenser les traces de ce minuscule animal.
    De Lucien de Samosate, Phèdre à Flaubert, Voltaire, Pascal à Mark Twain, Marguerite Duras ou Dostoievsky, de Victor Hugo à Samuel Beckett ou Jean Echenoz, une introduction ludique à la littérature.

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