Daniel Nadaud

  • Mireille qui vit chez le Père Noël, découvre Fève dans sa part de galette des rois. Fève possède des ailes de mouches. Mireille s'ennuie chez le Père Noël qui ne s'occupe pas d'elle et ne lui fait jamais de cadeaux. Mireille s'enfuit avec Fève. Délaissé, le Père Noël se coupe la barbe.
    À Täarönylïi, petit port de nulle part, Mireille rencontre, dans une taverne, Watti, qui l'emmène chez lui avec Fève. Il leur apprend que le Père Noël lui a proposé de devenir le père fouettard. Il lui a commandé fouets, martinets et autres badines. Mais Watti veut éliminer ces instruments de torture.
    Il a construit une forêt tropicale dans son hangar avec des perroquets, des singes. Pour épater Mireille et distraire Fève, il se déguise en guerrier avec des têtes réduites autour du cou. Il leur fait peur et même s'il leur explique qu'il veut déclarer la guerre à la guerre, Mireille et Fève veulent s'échapper mais une chasseuse de papillons égarée dans la forêt tropicale capture Mireille dans son filet.

  • Daniel Nadaud n'imaginait pas qu'il réussirait à grandir aussi lentement : devenir artiste, dessiner, cela se mitonne au coeur de l'enfance. Voilà pourquoi drames et jeux le nourrissent, qu'il lui faut exposer, composer des livres, des albums et assembler des objets. Le monde est à refaire, lui ne supporte pas les guerres et en parle à tort et à travers. Il s'agite, tintinnabule, s'interroge et parfois se désespère mais jamais n'abandonne ses rêves.
    Textes d'atelier, les écrits de Daniel Nadaud ont régulièrement accompagné ses travaux de plasticien, comme des notations sur les sources de ses oeuvres ou comme des réflexions sur leur environnement.
    L'entretien avec l'écrivain Bernard NOËL est le fruit fécond d'une longue amitié nourrie de l'attention de chacun à la création de l'autre.

  • L'abattoir

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    C '«est au cours de son premier grand reportage pour la presse madrilène et au retour de celui- cC'est un matin, oui. Un matin de juin. Un franc soleil a percé le brouillard qui les autres jours s'attarde jusqu'à midi. La chaleur vient alors caresser le fleuve. Des oiseaux gobent les moustiques. On entend de grands flocs creuser le silence. Les hommes restent cloîtrés. Personne ne marche sur le chemin de halage. Le réveil a été agité. De mauvais rêves, une transpiration abondante après que le corps a fléchi sous le guéridon tard dans la nuit. Le livre est enfoui dans les draps près du corps. Sans doute la jambe l'a-t-elle rencontré, l'a-t-elle heurté comme si le livre était un autre corps. D'ailleurs c'est vrai, un livre est un autre corps. Du moins c'est la trace d'un corps, du corps d'un autre qui est mort ou absent. Le livre est une voix aussi, celle qu'on entend d'abord en soi avant qu'elle retentisse dans l'air de la chambre.
    C'est pareil quand on pense ou qu'on désire : la voix se forme avant de se formuler, avant de rien dire par la bouche. La bouche ne dit presque jamais rien. Elle sert à dire ce qui ne peut être dans le livre, des choses convenues, des réponses à des questions qu'on a posées dehors, au-dehors de la tête. Ces mots-là sont un jeu de boules : des choses sont là et excitent la bouche, la boule trace un chemin et se perd souvent. Cela ne gêne personne. Ce qu'on dit trace un territoire de jeu, sans plus. On l'oublie.

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