Denis Montebello

  • "Cette pointe n'est pas une invention d'archéologue. Elle a été trouvée par Céline, ma voisine, dans l'herbe où elle faisait courir son chien. De quel musée provient-elle, de quelle collection ? Avec la cote, B11, inscrite sur la pierre. Si ce n'est pas le fossile directeur dont je rêvais, l'objet facilement identifiable qui permettrait d'assurer une datation précise du contexte dans lequel il a été mis au jour, qu'est-ce que c'est ? Une énigme, et il y en aura d'autres.
    Qui vous fourniront des indices, vous guideront dans votre fouille, vous mettront sur la piste de votre nouveau collègue. Occupé à récolter les dernières preuves, il s'est laissé surprendre, et la Médiathèque est devenue grâce à lui un vrai escape game".

  • « Dans les sélections qu'on vous propose, de livres à l'effet feel-good garanti (pour vous évader, vous aérer l'esprit sans sortir de chez vous !), des livres qui vous permettent, mieux que n'importe quelle route de Compostelle, d'aller à la rencontre des autres et de vous- même, de découvrir ce qui constitue la vie, ce bonheur fait de petits instants, vous trouvez, ce n'est pas un hasard, de nombreux titres à rallonge. » Dans cette époque charmante où l'empathie le dispute à la bienveillance, la littérature elle- même se croit des pouvoirs thérapeutiques et les littérateurs se donnent pour mission de consoler, voire de réparer. Ainsi le fell-good book est-il en passe de devenir le plus désirable et le plus prometteur des projets pour l'écrivain d'aujourd'hui - à moins que s'impose pour son ouvrage un titre du genre : C'est le deuxième copain qui se pend à un arbre que j'ai élagué...

  • L'éditeur de La Mèche lente, a un avis sur l'ouvrage de Denis Montebello, "Ce vide lui blesse la vue", qu'il publie en mars 2018 :

    L'époque, convertie à la politique sanitaire de l'effacement des traces, de l'arrachage des racines & des souches, du recouvrement de vestiges à peine documentés sous l'asphalte des architectures somptuaires et des incessants grands travaux municipaux, semble n'espérer la fin de l'Histoire, telle qu'elle est connue, que pour la remplacer par une version abrégée, écrite dans la langue des signes des programmes informatiques.

    On n'explique pas mieux le désintérêt à peine poli qu'inspirent à l'esprit contemporain l'anthropologie, regardée comme fastidieuse, la paléographie, sous les voûtes froides des abbayes désertes, l'ethnologie, aventureuse et à risques, et, en règle générale, tous les savoirs perpendiculaires auxquels l'économie du moindre effort sous assistance technologique préfère désormais le catalogue des chambres à coucher princières, des anecdotes pourvu qu'elles soient courtes, et la promotion proto-touristique des éléments les plus remarquables du Musée national, rénovés dans l'état minimal où ils peuvent encore être compris, laqués par le vocabulaire monocorde des guides de voyage.

    Soit ce que le lecteur un peu libre, n'en croyant pas ses yeux, ne trouvera pas dans le récit de Denis Montebello, écrivain de tempérament dont tous les livres, soignés et facétieux, révèlent une inquiétude de l'inventaire, le souci de répertorier ce qui est inédit, cocasse, sensible ou comestible, gallo-latin, d'art brut, porte, puits, nom d'homme ou registre obituaire, claustra, clé de voûte ou celle-ci en pénétration, pierre de pré, milliaire ou de patte-d'oie, os paléochrétien, menus et listes des soupes, inscriptions et tessons, fragments et cassons peints ; toutes choses que cet archéologue sublunaire conserve et nettoie à l'alcool d'un style si fin qu'elles devraient durer encore un peu, après & malgré nous.

    Une enquête, une fouille sur le terrain, in situ, et littéraire « pour ne rien arranger », menée autour de la brique - si licencieuse, grossière, si évocatrice - dite d'Ateuritus, n'était pas, dès le manuscrit, pour nous déplaire : c'était jeter, à notre façon, un pavé dans une petite mare ; c'était aussi nous laisser croire encore à la possibilité, à la consolation, dans l'équation de la vie moderne, de quelques invariables.

  • « De 1937 à 1952, Ismaël et Guy Villéger ont recueilli un million de cassons de vaisselle. Sans savoir au début de quel puzzle ils seraient les pièces, quel décor ils inventeraient. Pour le restaurant, les façades sur rue, sur cour, pour le jardin. Pour la grande salle à manger, et pour les pièces à vivre. Même s'il n'y a personne pour y vivre. Aucun candidat au rachat.
    Les âmes du purgatoire ont beau solliciter nos suffrages. » Denis Montebello aura connu les derniers mois d'existence de ce modeste chef-d'oeuvre, infime monument de l'art populaire, conçu et réalisé par un aubergiste avec l'aide de son fils, au bord de la route dans un village de Charente maritime, comme une invitation aux joies du partage entre vivants. À peine aura-t-il eu le temps de célébrer l'inventivité spontanée de ces deux poètes ( qui « traduisent un texte dont ils ont oublié l'original » ), d'arriver au bout de son récit qu'il apprendra que La Gaieté a été démantelée. Il croyait que son texte comblait les lacunes que le temps avait laissées dans les mosaïques de la façade et voilà que son texte allait devenir tout ce qui reste de l'oeuvre d'une vie...

  • Aller au menu. Comme d'autres aux mirabelles. Cueillir des traces. Des vestiges où mettre ses pas, ses mots. Le peu qui reste des gens de peu, ce qui survit de ces vies minuscules. Dans nos assiettes. C'est tout l'enjeu de ce livre. Un livre aux multiples entrées. Où il arrive qu'on serve entrée et dessert en même temps. Où t'on aime les plats qui offrent une résistance. Où l'on entre dans le détail, avec un goût prononcé pour l'infime.
    Le sans gloire. Où chacun peut naviguer comme il l'entend, au gré de ses préférences. Se composer son menu. Autrement dit une mémoire.

  • En une mosaïque de chroniques tour à tour graves ou légères, Montebello fait le récit de son enfance de petit-fils d'immigré italien dans les Vosges, un "maçon même pas foutu d'avoir sa maison".
    De l'exil imposé à ses aïeux par la misère, il lui reste un héritage profond, fait d'erreurs de langage et d'habitudes alimentaires. Car l'héritage n'est pas si mince que lui ont légué ceux qui n'avaient rien, qui ont fait "de la forêt leur jardin", qui ne savaient pas "habiter autrement qu'en marchant" : à quelques pauvres légendes et banals secrets de famille, il s'ajoute le goût des mots, une savante nostalgie et un humour sans équivalent.
    De quoi composer, en somme, une identité.

  • Une rue Bouboule rencontrée par hasard, prise Dieu sait pourquoi, ou le diable, qui vous dira toujours qu'une allée sans issue conduit forcément de la tonnelle au tunnel, de ces jardins familiaux à la forêt d'enfance, et vous voici avec votre panier en osier et votre couteau suisse. Dans le bois où, proverbe connu de vous seul, on trouve de tout. Et vous vous voyez cherchant dans la mousse et sous les feuilles. Sous la couleur. Cherchant ce qu'elle cache. Qui, sous couleur de chercher, se cache. Accomplissant là, sous vos yeux incrédules, ce qu'il faut bien appeler une révolution. Et néolithique. Là où quelqu'un désormais habite son nom.

  • Beaudésir Nouv.

    Beaudésir

    Denis Montebello

    Plus qu´un voyage, Beaudésir est une balade au coeur des mots, des vies, des oeuvres et des terres qu´on oublie et qui s´effacent. L´auteur joue avec le temps, le sien, celui de l´Art et de l´Histoire. Il essaie de comprendre l´évolution des mots et des sens, des traditions, plus ou moins douteuses, du regard des anciennes générations sur les nouvelles et du cycle permanent de ce manège qui va et vient au gré des années qui passent. Beaudésir où les fils se tissent dans les usines d´Épinal. Où le temps devient flou, disparaît en silence. Où passé, présent et futur se confondent pour ne faire plus qu´un : l´instant. L´art n´y est plus une copie, il se fond dans les ruines des villes et les nuances des cieux. Il se répand par touches de souvenirs, au fil de la pensée. Les mots se questionnent, retournent aux sources, perdent leur sens pour en trouver un plus neuf, ou peut-être plus vieux. Peu importe puisqu´ils vivent à nouveau sous la plume légère et bienveillante de Denis Montebello.

  • Le dénommé Namatius, enseveli quelque part dans l'île d'Oléron où il commandait la flotte chargée de repousser les pirates saxons, rédige une lettre à l'attention de Sidoine Appolinaire, un aristocrate du Ve siècle de notre ère. En cultivant l'amitié, la poésie, puis en renonçant à sa chevelure, ce denier s'efforce de sauver ce qui reste de Rome et de son domaine assiégé par les Wisigoths.

    De multiples voix-fossiles s'élèvent des sables de l'oubli et traversent les portes du temps jusqu'à notre société contemporaine, second pan - inattendu - du récit. La lettre devient dialogue avec l'absent, Sidoine, ou cet autre, non moins hypothétique, qu'on appelle le lecteur.

    Dense sans être hermétique, raffiné sans jamais tomber dans la préciosité, l'écriture mime excellemment, avec discrétion et humour, la langue que défend "le dernier des Romains".

    A recommander aux amoureux de la littérature, à une époque où, comme le dit l'auteur, "les poètes sont si rares et les barbares si nombreux".


    Denis Montebello est né en 1951 à Epinal. Professeur de lettres classiques à la Rochelle, il a publié plusieurs romans et récits. Il a aussi traduit du latin, notamment, L'Ascension du mont Ventoux et la Lettre à la postérité de Pétrarque

  • Trois ou quatre - recit

    Denis Montebello

    • Fayard
    • 24 Janvier 2001

    Dans sa maison transformée en forteresse, le comptable en retraite Raoul Sacchi lutte contre le vieillissement. Comme d'autres font leur gymnastique quotidienne, il combat Alzheimer en tenant son journal: en consignant températures et menus du jour, en s'en tenant aux chiffres et en bannissant les rêves. Sa thébaïde est bien gardée, et Raoul Sacchi est à l'abri, sinon de ses obsessions, du moins des importuns. Pourtant on sonne à sa porte, cela n'arrête pas : des représentants, des voisins, et les entreprises venant régler le problème d'humidité qui menace sa bibliothèque, sa maison, son équilibre mental. Car l'eau monte, par capillarité. D'étranges champignons qui sont des algues bleues envahissent son jardin. Les souvenirs aussi affleurent. Raoul Sacchi trouve là l'occasion d'exercer sa mémoire, et le lecteur de la regarder travailler Denis Montebello est l'auteur de récits et de romans (Au dernier des Romains, Filature et tissage). Il nous livre ici un étrange journal qui marie autobiographie et fiction, tragique et burlesque.

  • Tous les chemins, dit-on, mènent à Rome. Pour Abel Bertona, la route de l'Italie passe par la Lorraine. Il a quitté les rivages de l'Atlantique et débarque, en compagnie de Sonia, sa jeune amie, et avec la ferme intention de lui faire goûter les charmes, dans sa vieille ville natale.
    C'est alors que le miracle se produit : la découverte dans un square, sous un banc, d'un portefeuille. La Providence, l'a bien garni. Mais une autre main y a glissé des papiers, appartenant au mari d'une ex-maîtresse, et une carte de visite, d'Albert Beau, détective privé, au dos de laquelle figurent le nom et l'adresse actuelle d'Abel.
    Entre les deux lieux, celui où habite maintenant Abel Bertona, et la vieille ville natale où il revient, sinon en vainqueur du moins en artiste, pour donner lecture de ses poèmes, il y a l'espace, l'errance. La forêt. Le labyrinthe de la folie.
    Albert Beau existe, Abel l'a rencontré. Il le rencontre partout. C'est le diable en personne, et il vous file. A moins qu'il ne soit celui que vous suivez, que vous poursuivez, le double idéal.
    Abel avait laissé des usines, les cités du textile. De tout cela il ne reste que des ruines. Des fragments, qui sont du poète les membres épars. Des traces, des ébauches. Ainsi retrouve-t-il la mémoire. Ainsi écrit-il son texte. Un texte qui n'est peut-être rien que le tissu serré de la paranoïa...
    Denis Montebello, professeur de lettres, traducteur des textes latins, est l'auteur de Au dernier des Romains (Fayard).

  • L'Auteur :
    Après Au dernier des Romains, Filature et tissage et Trois ou quatre, le professeur et poète de La Rochelle Denis Montebello poursuit son chemin singulier à partir d'une expérience qu'il a faite en tant qu'animateur d'un atelier d'écriture en prison. Plusieurs de ses textes viennent d'être adaptés par la chorégraphe Régine Chopinot.
    *** UN RECIT LITTERAIRE SINGULIER, PROCHE DE L'UNIVERS DE ROBERT PINGET, QUI FAIT ENTENDRE DES VOIX : CELLES DE DETENUS QUI EXPRIMENT LEUR FOLIE, LEURS ESPOIRS ET LEURS RÊVES A ULYSSE SAPIN, UN ANIMATEUR D'ATELIER D'ECRITURE, ARCHEOLOGUE DE PROFESSION, A QUI ILS EXHUMENT LES FRAGMENTS DE PASSES EN MORCEAUX.

  • Mon secret

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    Ce dialogue est un combat. Comme dirait Augustin. Comme il l'écrit dans ses Confessions : " une partie qui s'élève vers le ciel, combat contre l'autre qui retombe vers la terre ". Cette partie qui s'élève vers le ciel, à qui François demande de le relever, de l'élever, c'est Augustin. C'est lui qui aide François à se délivrer de ses chaînes, de ces " deux chaînes adamantines " que sont l'amour et la gloire, liens d'autant plus difficiles à rompre qu'ils sont agréables. Et voici que, avec Augustin, Pétrarque tourne son regard, un regard d'une remarquable lucidité, vers les expériences et les épreuves du passé, essayant de guérir de cette " blessure jamais cicatrisée ", d'oublier cette femme qu'il " porte au plus haut " et qui est " la cause de sa ruine ", cette femme dont le nom même l'a conduit à rechercher les lauriers poétiques.

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