Jackie Berroyer

  • Parlons peu parlons de moi, ne dites à personne que j'en parle à tout le monde, c'est une sorte de journal vaguement nettoyé, augmenté, commenté provenant de chroniques musicales parues dans l'excellente revue musicale suisse Vibrations. Ou dans Siné Mensuel et dans Fluide Glacial. Certaines sont déjà bien anciennes. C'est pourquoi à plusieurs reprises on y parle en francs (français) et que telle ou telle personne aujourd'hui disparue semble être en pleine forme.

  • La femme de Berroyer  est plus belle que toi, connasse! : Berroyer vieillit bien comme ses personnages, moins célèbres que lui.  On peut souffrir de ne pas avoir de mobylette ou d'être trompé ou de ne pas entraver tous les philosophes mais là ça risque de mal finir.

  • Les divagations de Berroyer, obsédé par la mort depuis toujours et pris tout récemment de passion pour les belles automobiles. Digressions, blagues idiotes, anecdotes, obsessions où l'on retrouve le côté ahuri du personnage qu'il a imposé, un petit frère métaphysique de M. Hulot.

  • Sous des titres aussi évocateurs que « Chômedu », « Vous voyez bien qu'il est bourré ! » ou encore « Noël au ballon, Pâques en prison », Jackie Berroyer recrée l'univers des banlieues des années soixante, ses prolos, sa misère, ses blousons noirs et ses « frangines », sa violence, et parfois sa tendresse.

    Ces portraits tragi-comiques initialement parus dans Hara-Kiri, revus et augmentés, composent un tableau saisissant de la vie quotidienne de « petites gens » et de figures pittoresques de la « zone ».

    La prose à la fois crue et réaliste de Jackie Berroyer évoque par de nombreux aspects celle d'un autre « chantre de la dèche et de la gueule de bois », Bukowski. Comme ce dernier, il excelle dans l'art de dénicher la poésie au milieu du sordide, l'humour au sein du désespoir.

    Maurice Pialat manifestait à l'égard de ces récits qu'il a souvent songé à adapter, une tendresse toute particulière. On comprendra pourquoi en lisant les mésaventures de ces « perdants magnifiques ».

  • Nous mourrons tous. Surtout vous. Néanmoins, il paraît que certaines gens ne meurent pas. Georges Brassens, par exemple. Yves Montand l'a dit. Un homme comme lui ne meurt pas. Montand non plus puisqu'un jour, sur un soupçon de paternité, on l'a déterré pour le faire parler. Doit-on alors en déduire que, n'étant pas des gens comme eux, nous autres, pékins moyens, mourrons tous bel et bien ? Des gens comme le comptable ou la concierge n'auraient donc pas droit à l'éternité ? Supposons que la concierge meure d'une chute. Une pancarte dirait au carreau de la loge : " La concierge est morte dans l'escalier. " En l'apprenant Yves Montand aurait déclaré : " C'est triste mais il faut s'y faire, des gens comme elle meurent tôt ou tard. Ils meurent, et puis c'est tout. " Tout ça parce qu'ils n'ont pas écrit Le Gorille ou Les Copains d'abord ? Mais si un jour, vers neuf heures, l'humanité disparaît, il n'y aura plus d'éternité pour personne. On pourrait s'attendre, tel que c'est parti, à trouver là un très solide essai philosophique, et pourtant c'est un livre de potins. Ce n'est pas un livre sur Yves Montand, rassurez-vous. Ou bien déplorez-le. Il y en a plus sur lui dans cette quatrième de couverture que dans le livre même. Mais il y est question de bien des gens dont j'ai suivi le corbillard. Venez près de la cheminée, je vais vous raconter : il y a environ vingt-cinq ans, après avoir assisté quasiment seul aux obsèques de l'amant de la concierge d'Hara-Kiri, en vente partout à l'époque, j'en ai fait mon sujet du mois dans ce mensuel. C'est alors que Gébé, le rédacteur en chef, m'a dit : " C'est intéressant, tu devrais continuer. " J'ai donc commencé à voir un peu qui mourrait autour de moi.

  • A la fin des années 1970, Jackie Berroyer, alors critique musical à Charlie hebdo et Rock & folk, assiste à l'éclosion d'une nouvelle vague du rock français, en particulier Téléphone, Starshooter et Higelin période électrique.
    De concerts en tournées, Berroyer accompagne les musiciens, évoque la banlieue lyonnaise avec Kent, apprend des intros de guitare avec Louis Bertignac et emmène le jeune Arthur Higelin, treize ans, à son premier concert des Buzzcocks. Surtout, il observe les coulisses et se fond dans le public pour restituer au plus près le mojo de cette jeunesse rock pleine d'énergie.
    Bien plus qu'un simple document sur le rock, Rock'n'roll et chocolat blanc ravit par sa propre « petite musique » - ce ton complice, chaleureux et drolatique qui fait le charme de l'auteur.

  • Fidèle à son credo de bêtise et de méchanceté, le journal Hara-Kiri s'est joyeusement évertué à éreinter la moralité et les valeurs sociales les plus élémentaires. Un projet essentiellement motivé par la dénonciation obstinée de l'hypocrisie ambiante tricotée d'exclusions sociales. Au cours de ces vingt-cinq années d'existence (septembre 1960-décembre 1985), il n'est donc pas un numéro de cet ovni de la presse qui ne s'applique à ajouter une pierre à son entreprise de destruction des tabous. Objectif ? Dépasser les limites du supportable pour réveiller les consciences endormies en visant prioritairement les plus faibles, les plus démunis, les plus éprouvés... Voilà ici réuni "le pire " de Hara-Kiri, l'épicentre de sa légende où le trivial se mêle à l'irrespect le plus radical, un cocktail bien frappé, relevé à l'occasion d'un filet de scatologie car ce serait franchement dommage de s'en priver. Handicapés, chômeurs, personnes âgées et enfants figurent donc au premier plan des victimes de ce mauvais goût militant. Oui, le journal ose préconiser "le sac-poubelle à vieux" (pour des trottoirs propres) et la tronçonneuse (pour une peine de mort plus humaine). II recommande aussi d'apprendre le caniveau aux femmes (puisqu'elles sont des chiennes) et envisage de compléter l'usage du rouge à lèvres par celui du "rouge à cul". Pour Choron, Cavanna et Gébé, entourés de Wolinski, Reiser, Delfeil de Ton, Berroyer et Gourio, rien ne sera jamais assez fort pour se marrer, ni trop violent pour dénoncer leur dégoût des machos, des pédophiles, des conformistes, en bref de tous les égoïsmes et inhumanités. Mais ce n'est pas tout: Hara-Kiri a été aussi une force de proposition concrète invitant ses lecteurs à descendre dans la rue pour pratiquer la " Hara-Kiri attitude ", en leur proposant une série de cartes: la Carte de flic, la Carte bleue tout à l'oeil, la Carte officielle de con, etc. Ces cartes (8 au total), à détacher, reproduites en fac-similé, sont insérées dans ce livre.

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