Au chevet de sa mère mourante, Viviane observe avec tendresse ce corps aimé qui, au fil des jours, s'éteint. Durant cinq jours, dans une atmosphère particulière, dense et sereine, Viviane repense à la vie de sa mère, Marianne, à celle de Réjeanne, sa grand-mère, puis à des moments de sa propre vie. Ces différents récits dans lesquels se lit en filigrane l'histoire, souvent ignorée, du Québec depuis la fin du XIXe siècle, s'entrecroisent et s'enrichissent mutuellement, dessinant une matrilignée discrète et forte.
À eux se mêle l'histoire d'Anne qui, au XVIIe siècle, alors qu'elle n'est encore qu'une toute jeune fille, décide de prendre sa vie en mains et de quitter la France pour venir au Québec, fonder tout à la fois sa propre famille et construire un pays. Cette fille de roi, lointaine aïeule, devient ainsi la figure fantasmée de la première d'entre elles, comme l'origine de cette lignée de femmes.
Dans ce roman à la sensibilité aiguisée et se gardant de tout pathos, Lise Gauvin, touchant des liens profonds, dresse un portrait de plusieurs générations de femmes. Elle révèle avec pudeur des personnages aux destinées et personnalités complexes et bienveillantes. Ainsi, comme un cadeau, les derniers mots de Marianne mourante adressés à sa fille : « Et toi, comment vas-tu ?».
« Ma mère a toujours été très soucieuse de son apparence. Elle agençait ses vêtements avec un sens esthétique sûr, hérité de ses talents de peintre. Je l'avais amenée en promenade au jardin et avais pris une photo d'elle entourée des feuillages de l'automne. La qualité de la lumière, le décor automnal, les contrastes de couleur avaient transformé cet instantané en un portrait particulièrement réussi. J'étais partie rassurée pour ce court voyage. Nous nous reverrions dans un avenir prochain. » L.G.
Les écrivains francophones ont en commun de se situer « à la croisée des langues », dans un contexte de relations conflictuelles - ou tout au moins concurrentielles - entre le français et d'autres langues de proximité. Ce qui engendre chez eux une sensibilité plus grande à la problématique des langues, soit une surconscience linguistique qui fait de la langue un lieu de réflexion privilégié, un espace de fiction voire de friction. Si cette surconscience linguistique se traduit dans plusieurs récits par une interrogation sur la fonction du langage, une autre forme d'autoréflexivité traverse également l'ensemble de la production romanesque. Il s'agit alors de représenter, à travers un personnage d'écrivain, le « pourquoi écrire » et d'inscrire dans la texture même du récit la problématique de l'écriture.
Ces « romanciers fictifs », doubles plus ou moins avoués de leurs auteurs, jalonnent les récits à la manière d'une figure récurrente dont les modalités renvoient à autant de variations autour du personnage de l'écrivain et de l'image publique qui lui est attachée. Quels sont leurs attributs et quelles fonctions leurs sont dévolues ? Quelles représentations de l'écriture sont ainsi projetées ? « Un roman pour moi, [confie Chamoiseau] c'est quelque chose qui se situe dans ma confrontation avec la grande question qui vaille, la seule question qui vaille : Qu'est-ce que la littérature ? ».
Cette question fondamentale, chacun des romanciers francophones contemporains que nous présentons dans cet ouvrage l'a réfléchie selon des modalités qui lui sont propres. Un entretien inédit de Patrick Chamoiseau clôt cet ouvrage.
Cet ouvrage examine les interactions entre langue et littérature telles qu'elles ont été perçues par les écrivains eux-mêmes au cours des siècles.
Le lecteur peut ainsi suivre le discours qui a servi à l'élaboration de l'écriture " classique " et qui a ensuite présidé à son éclatement, vers la deuxième moitié du xixe siècle. une attention particulière est accordée aux oeuvres de rabelais et de céline qui ont instauré, par leurs stratégies langagières, de nouveaux pactes de lecture, en rupture avec la norme. une large place est également dévolue aux littératures francophones marquées par une interrogation soutenue concernant les faits de langue.
La fabrique de la langue se donne ainsi à lire comme une exploration du parler français et de ses fictions.
Cet ouvrage poursuit la réflexion amorcée par l'Académie des lettres du Québec sur Les littératures de langue française à l'heure de la mondialisation (Hurtubise, 2010), réflexion qui portait sur les différents enjeux de la production littéraire contemporaine de langue française. Il reprend pour l'essentiel les communications prononcées à l'occasion du colloque de l'automne 2009, organisé en collaboration avec l'Académie royale de langue et de littérature française de Belgique, dont le thème était «Les métropoles culturelles dans l'espace francophone».
Recueil de nouvelles présentant des personnages contemporains aux prises avec les problèmes inhérents à la condition humaine : la détresse d'une femme au retour de l'hôpital, l'infidélité suspectée et redoutée, la difficulté du rompre la solitude, etc. Chaque nouvelle devient une ponction, une plongée, une saisie.
« Comment peut-on être Québécois(e) ? », telle est la question que se pose une jeune Persane, itinérante par atavisme et voyageuse par curiosité, récemment arrivée au Québec pour y poursuivre des études littéraires. À une amie restée en Perse, Roxane fait part de ses étonnements, de ses commentaires et du drôle de pacte qui la lie à ceux-là mêmes dont le comportement souvent lui échappe et à ces lieux qui lui paraissent « d'une inaliénable étrangeté ». L'identité comme inquiétude, énigme et fiction.
Cet ouvrage se veut une invitation à lire le roman québécois davantage qu'une histoire de son évolution. Entre le désir d'enracinement et le besoin de nomadisme s'inscrivent les étapes d'un parcours qui passe du roman paysan au roman urbain, de la traversée de la ville à celle du continent américain. Le français qui s'y affiche renvoie à une langue décomplexée, arrimée à une culture marquée par l'hétérogène et le non-conventionnel. Une culture portée par la forte présence des écrivaines et riche des apports des nouveaux arrivants, ces " étrangers du dedans " devenus peu à peu les témoins privilégiés et les porte-parole d'une collectivité en mutation. Une culture marquée également par un questionnement constant des écrivains quant à la légitimité de leur fonction et au statut du littéraire dans l'espace social.
De Gabrielle Roy à Réjean Ducharme, de Michel Tremblay à Jacques Poulin, Francine Noël, Suzanne Jacob et Dany Laferrière, les fictions québécoises disent l'étonnante aventure nord-américaine de cette littérature de langue française dont les points d'intersection avec d'autres contextes sont nombreux mais qui n'a rien à envier aux ensembles culturels institutionnellement mieux établis.
Si la terre était une bibliothèque, elle ressemblerait assurément à cet ouvrage où l'on touche du doigt la francophonie - le mot et la chose -, dans le respect des textes et des auteurs. Accents, registres, langages. Éloge de la lecture. Éloge du divers et du multiple. Des odeurs, des sonorités, des paysages et des couleurs se bousculent. Lise Gauvin ouvre des fenêtres sur le monde. elle nous livre une somme. Ses lectures. Ses coups de coeur. Elles dresse une géographie littéraire rappelant ces livres qu'il nous reste à découvrir urgemment. «Les chroniques ici rassemblées se proposent comme un accompagnement dans ce voyage hors frontières constitué par les textes d'écrivains francophones et comme autant de haltes dans un Tout-monde en gestation.»
Comment les écrivains québécois se situent-ils dans le contexte de la francophonie? Qu'en est-il de la littérature québécoise en regard des autres littératures de langue française? Quels types de liens peut-on établir entre les différentes aires francophones? Dans quelle mesure les oeuvres contemporaines sont-elles tributaires des propositions formelles fournies par les écrivains non hexagonaux? Peut-on parler d'un héritage commun et d'une information réciproque? Quelles configurations sont privilégiées? Des écrivains s'interrogent sur le concept de littérature-monde et témoignent de leurs rapports avec d'autres écrivains de langue française. Le texte de Jean-Marie G. Le Clézio constitue sa première conférence publique, quelques jours à peine après l'annonce de son prix Nobel de littérature. Pour lui, «le français est beaucoup plus qu'une langue. Il est un lieu d'échanges et de rencontres».
Au moment où on s'interroge sur le sort des langues dans une perspective de mondialisation, il est important de réfléchir aux conditions d'existence des littératures de langue française et à leurs interrelations.
La question des rapports écrivains-publics est au coeur même des débats contemporains et met en cause la lisibilité des codes culturels et langagiers. Dans quelle mesure l'hybridité avec laquelle doivent composer les écrivains francophones donne-t-elle lieu à des " poétiques forcées ", selon l'expression de Glissant, ou à l'invention de nouvelles formes du dire littéraire ? Quelles esthétiques sont ainsi mises en jeu ? Dans quelle mesure l'inscription dans les textes d'un questionnement linguistique et littéraire et la pratique de la xénologie traduisent-elles un acquiescement à une norme exogène ou au contraire la mise en oeuvre de 1'" opacité " indispensable à tout dialogue interculturel ? Dans quel(s) sens s'oriente alors la dialectique du centre et de la périphérie ? Toutes questions qui sont abordées dans cet ouvrage et qui montrent bien à quel point les enjeux des écritures francophones sont emblématiques de la scène littéraire mondiale, qu'ils contribuent à éclairer.
Cet ouvrage au titre ambitieux constitue moins un état des lieux qu'une interrogation sur un genre protéiforme dont l'expansion semble illimitée et qui occupe de plus en plus la scène littéraire. La première question concerne la notion de francophonie elle-même, ensemble hétérogène et extrêmement complexe. En effet, comment désigner les diverses littératures francophones sans les marginaliser ou les exclure, tout en prenant acte de leur statut singulier ? L'écrivain francophone doit composer avec la proximité d'autres langues, avec une première déterritorialisation constituée par le passage de l'oral à l'écrit et avec cette autre créée par des publics immédiats ou éloignés. Condamné à penser la langue, il doit aussi penser les formes par lesquelles le monde se donne à voir ; son oeuvre, en jouant sur les codes des différents horizons culturels, devient une reconfiguration de la littérature. Qu'apporte le roman francophone à la forme roman ? Quels en sont les modèles et de quelles manières s'y inscrit le palimpseste ? Quels types de rapports se sont créés entre ce genre d'origine européenne et les nouvelles littératures de langue française ? Quelles redéfinitions ont été proposées et comment s'y décline le contemporain ? Quel(s) savoir(s) véhicule-t-il ? Dernière question, mais non la moindre : le roman, en tant que genre, n'est-il pas par définition suspect ? Au lecteur d'en décider.