Cerf

  • Le pasteur d hermas

    Henne Philippe

    Comment devenir chrétien dans un monde païen, plein de séductions et d'attraits ? Telle devait être la question cruciale que se posaient les prêtres et les diacres à Rome lorsqu'ils rencontraient un homme intéressé par le christianisme. Le Pasteur, rédigé au IIe siècle de notre ère par un certain Hermas, offre alors une catéchèse adaptée, car il utilise les différents styles de la prédication. Il commence par raconter plusieurs visions de l'Église et de la communauté chrétienne. Cela séduit l'imagination. Il poursuit par un enseignement moral et humain plein de bon sens. Il satisfait alors la recherche intellectuelle. Il finit par une vaste liturgie où les grands mystères sont à nouveau approfondis. Le but est d'aider à la conversion, mais les moyens et le ton sont pleins de bienveillance et d'espoir. La joie elle-même est sans cesse recommandée, car la colère aveugle et obscurcit l'entendement. Les grandes vérités de la foi ne sont pas oubliées : la foi en un Dieu créateur plein de sollicitude, en un Fils présent dans l'oeuvre d'édification de la communauté, en un Esprit présent dans le coeur de l'homme. Le Pasteur, le plus long des ouvrages rangés parmi les écrits des Pères apostoliques, est aussi le plus curieux. C'est un livre d'initiation qui séduit par la qualité de sa prédication et la profondeur de ses convictions, et qui garde toute son actualité.

  • La vie en Christ

    Nicolas Cabasilas

    Beaucoup de livres ont été publiés sur le bonheur. Celui-ci est sans doute l'un des plus grands. Il nous provient d'un maître spirituel de l'Orient chrétien, un théologien laïc de l'Église de Constantinople, qui a écrit ces pages d'une incroyable actualité au XIVe siècle, au temps de cette autre théologienne laïque de l'Église latine, Catherine de Sienne. Nicolas Cabasilas nous invite à nous laisser séduire par l'amoureux fou qu'est Jésus-Christ, Dieu fait homme. S'adressant à notre liberté, le Christ vient à notre rencontre par les sacrements de l'initiation chrétienne (le baptême, la chrismation et l'eucharistie) et transforme notre vie en vue de la dilater dans le feu de notre déification. Il renouvelle aussi notre agir humain, pour que, en vivant les béatitudes évangéliques, nous rendions la terre des hommes meilleure à habiter. Les lumineuses pages de ce texte majeur de la spiritualité orthodoxe byzantine nous font découvrir que notre bonheur est le plaisir de Dieu.

  • La règle

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    La Règle de saint Augustin est peut-être moins connue que celle de saint Benoît. Elle a cependant inspiré de très nombreuses fondations religieuses, principalement canoniales. Destinée prioritairement à des religieux laïcs, elle deviendra la règle de clercs rassemblés autour de leur évêque, Augustin, dans un même service de l'Église locale d'Hippone. C'est ainsi qu'elle trouvera une nouvelle actualité au moment de la réforme grégorienne, après une éclipse de plusieurs siècles. Elle promeut l'amitié évangélique et la fraternité au coeur d'une Église communion et ambitionne de constituer une communauté toute tendue vers Dieu. Elle est en cela le fidèle écho des Confessions : " Tu nous as faits en tension vers toi et notre coeur est sans repos tant qu'il ne repose en toi ".

  • Mon secret

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    Ce dialogue est un combat. Comme dirait Augustin. Comme il l'écrit dans ses Confessions : " une partie qui s'élève vers le ciel, combat contre l'autre qui retombe vers la terre ". Cette partie qui s'élève vers le ciel, à qui François demande de le relever, de l'élever, c'est Augustin. C'est lui qui aide François à se délivrer de ses chaînes, de ces " deux chaînes adamantines " que sont l'amour et la gloire, liens d'autant plus difficiles à rompre qu'ils sont agréables. Et voici que, avec Augustin, Pétrarque tourne son regard, un regard d'une remarquable lucidité, vers les expériences et les épreuves du passé, essayant de guérir de cette " blessure jamais cicatrisée ", d'oublier cette femme qu'il " porte au plus haut " et qui est " la cause de sa ruine ", cette femme dont le nom même l'a conduit à rechercher les lauriers poétiques.

  • Lyon, vers 190. La communauté chrétienne, qui se relève à peine de la persécution, est confrontée à un nouveau type de danger, plus pernicieux, car moins facile à repérer : la confusion doctrinale apportée par les mouvements gnostiques venus d'Égypte. Ces mouvements jouissent d'un succès d'autant plus grand qu'ils se diffusent sous les apparences d'un christianisme éclairé, apportant le prétendu fin mot de l'interprétation des Écritures. Profondément dualistes, ils prêchent une doctrine hétérogène au christianisme : leur Christ est une entité divine qui ne revêt qu'une apparence d'humanité. Son but n'est pas de sauver l'humanité mais seulement quelques élus qui peuvent se targuer de posséder déjà une parcelle de nature divine dans leur âme et qui n'aspirent qu'à la libérer des contingences corporelles.

    Évêque de la communauté depuis la fin des persécutions, Irénée discerne rapidement ces dangers : confusion des natures humaine et divine, perversion de la notion de salut, mépris de la création... Il prend la plume. Il pense d'abord pouvoir contrecarrer rapidement ces courants, mais il s'aperçoit vite qu'il faut plutôt leur opposer une solide réflexion sur la cohérence des Écritures et de la Tradition. Il nous livre ainsi les cinq livres de « Contre les hérésies », le premier monument de la théologie chrétienne.

    En quoi ce livre si lointain peut-il nous concerner ? En cherchant à fonder de façon cohérente la pensée chrétienne sur Dieu et l'homme, le mal, le monde, le Christ et les manifestations toujours actives du salut accompli une fois pour toutes, Irénée aborde et traite des questions fondamentales qui sont plus que jamais d'actualité.

  • Le « Génie du christianisme » a eu un retentissement majeur sur son temps et une influence effective sur plusieurs générations. Sainte-Beuve en parlera comme d'« un coup soudain, un coup de théâtre et d'autel, une machine merveilleuse et prompte jouant au moment décisif et faisant fonction d'auxiliaire dans une restauration sociale d'où nous datons ». Et Mme Hamelin, dans ses « Souvenirs », écrivait : « Ce jour-là, dans Paris, pas une femme n'a dormi. On s'arrachait, on se volait un exemplaire. Puis quel réveil, quel babil, quelles palpitations ! Quoi, c'est là le christianisme, disions-nous toutes ; mais il est délicieux. » La réception enthousiaste du livre ne doit pas éclipser la profondeur et la durée de son impact sur la société française dans ses manières de penser le divin et de croire sur fond de déchristianisation galopante.

    Aujourd'hui, que nous dit le « Génie du christianisme » ? Que Dieu est dans tout, dans la pléthore comme dans le manque. La nature dit d'évidence qu'il est, à travers la beauté désarmante des paysages d'où il s'est retiré. Le coeur le dit tout aussi nettement, dans l'impossible possession de l'objet de son désir. Dieu n'apparaît jamais mieux que dans le vide laissé par son absence, explique Chateaubriand. Cette idée a-t-elle cessé de nous parler ? Si oui, le « Génie » nous est devenu totalement illisible. Sinon, le « Génie » nous demeure accessible. C'est le pari que nous faisons dans ce livre écrit sous l'emblème de l'abeille qui sait d'instinct où elle doit chercher sa nourriture et qui sait transformer son regard pour faire son miel de ce que le passé lui présente.

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