Gallimard

  • Surtout connu comme essayiste, critique et combattant pour les droits de l'homme, Liu Xiaobo est un poète à découvrir.
    La vie du lauréat du prix Nobel de la paix 2010 a basculé dans la nuit du 4 juin 1989, quand les troupes de la loi martiale ont donné l'assaut au mémorial des héros du peuple, dressé au milieu de la place Tian'anmen, devant le mausolée de Mao, en souvenir des martyrs des révolutions de la première moitié du XXe siècle.
    Replié sur les marches de ce lieu hautement symbolique, avec le dernier carré de citadins et d'étudiants grévistes de la faim, il a vécu dans sa chair l'écrasement sanglant du premier soulèvement pacifique de la population chinoise en faveur d'une démocratisation du système politique. La terreur de cette nuit-là ne l'a désormais plus jamais quitté.
    Liu Xiaobo a choisi de maintenir à sa manière le souvenir du 4 Juin, en rédigeant, à chaque anniversaire de l'événement, un poème à la mémoire des «disparus de l'injustice». Rédigé sur vingt ans, en prison comme en liberté surveillée, l'ensemble de ces vingt élégies ne constitue pas seulement la mémoire d'un monde réduit à l'amnésie, la conscience d'un monde sans conscience, mais un hommage d'une intensité poignante à l'égard des oubliés, des sans-voix.

  • Au Tibet, plus qu'en Chine, la Révolution culturelle n'a rien laissé debout.
    Mais le vrai désastre est ailleurs : comment les Tibétains ont-ils pu prendre part à la destruction de leur propre culture? Tsering Woeser montre toute la difficulté à penser la culpabilité tibétaine engendrée par la révolution chinoise. Les vingt-trois témoignages réunis dans ce livre sont exceptionnels parce qu'ils évoquent sans réserve cette époque volontiers qualifiée de "délirante".

  • Un lien unit deux hommes que les époques et les lieux séparent. Une femme, certes, mais aussi nombre de points communs dans leurs histoires parallèles et pourtant différentes : leurs blessures d'enfance, leurs déconvenues conjugales, leurs vies erratiques. En un mot comme en mille se présente comme un aller et retour en deux parties, à soixante ans d'intervalle. Liu Zhenyun y explore le sentiment de solitude, si difficile à supporter pour un Chinois. Car trouver quelqu'un à qui ouvrir son coeur n'est pas chose aisée dans une société fondée sur des pratiques communautaires qui, en réalité, masquent cette solitude fondamentale.
    Ce roman se présente également comme une galerie de portraits, de personnages typés de la province du Henan dont on saisit peu à peu les relations et les interactions, les peines et les joies. Au-delà de la satire humoristique, Liu Zhenyun livre une réflexion sur la vie quotidienne en Chine. Renouant avec le style des grandes fresques, il signe là l'oeuvre maîtresse de sa maturité.

  • Une jeune femme se rend chez le juge afin de demander le divorce, lequel a pourtant déjà été prononcé. Situation ubuesque, pourrait-on croire ; mais le lecteur découvrira bientôt que la vie de Li Xuelian s'empêtre dans une réalité aussi absurde que sans issue. Déterminée à lutter pour obtenir réparation de ce qu'elle a vécu comme une injustice, à faire entendre et reconnaître comme telle une parole bafouée, enfin - et surtout - à conserver sa dignité, Li Xuelian affrontera, jusqu'à Pékin et souvent vainement, tous les échelons de l'administration judiciaire et politique.
    Je ne suis pas une garce serait tragique, voire pathétique, si Liu Zhenyun ne nous livrait ici un roman déconcertant, incisif, quoique enlevé à grands traits d'humour, jusqu'à l'ultime pirouette d'un épilogue inattendu.

  • Liu Xiaobo n'a pas écrit de livre présentant l'essentiel de ses idées.
    Il s'est exprimé par des articles publiés soit dans la presse de Hong Kong, soit sur le net. Le présent recueil comporte une introduction retraçant sa biographie, puis une quinzaine d'articles répartis dans les cinq parties présentées ci-dessous. Une bibliographie et une chronologie le complètent pour en faire l'ouvrage de référence sur le plus important dissident chinois. Réflexions sur la littérature : dans « La crise », l'article qui l'a fait connaître en 1986, Liu Xiaobo dénonce la littérature de cicatrices, alors glorifiée par le régime.
    Cet article contient ses idées fondamentales sur la littérature. Le mouvement pour la démocratie de 1989 : il a profondément bouleversé les conceptions politiques et philosophiques de Liu Xiaobo. Nous présentons ses réflexions sur ce mouvement, notamment sur le rôle des simples citoyens dans la politique. Cette expérience l'a conduit à entreprendre une réflexion critique sur les formes de la résistance au totalitarisme.
    Vivre dans la vérité et la « philosophie du porc » : c'est surtout pour ses réflexions sur la nature du régime post totalitaire que Liu s'est fait connaître depuis 2000. Nous présentons ses articles sur l'idéologie du régime, sa description de la schizophrénie qui s'empare des cadres du régime autant que des intellectuels, et sa critique de ce qu'il qualifie de « philosophie du porc », cette vision du monde qui a conduit les intellectuels à se laisser « acheter » par le parti communiste.
    La société civile : si Liu Xiaobo est très critique de l'attitude des intellectuels, il ne perd cependant pas espoir car il estime que la société chinoise a montré sa capacité de résistance au post totalitarisme. Même si elle ne correspond pas aux critères définis par les politologues, une forme de société civile est apparue en Chine qui, par sa pression informelle, a conduit le pouvoir à accorder un certain nombre de droits aux citoyens.
    La Charte 08 et les 6 articles qui ont conduit Liu à la prison, ainsi que sa plaidoirie devant le tribunal.

  • Ce recueil rassemble trois nouvelles. Dans Nouvel An à la mine, nous sommes à la veille duNouvel An. Une femme et sa fillette attendent le mari, le père, et se préparent pour les festivités.Mais l'homme, mineur au loin, ne viendra pas. Il doit aller au charbon, pas question de refuser, car la concurrence est âpre, nombreux sont les paysans qui attendent et préfèrent ces conditionspénibles à une vie de labeur agricole, moins lucrative.La nouvelle titrée, Cataclysme, se passe en Chine centrale dans les années 1950. Un déluges'abat sur la grande plaine, broyant tout : les barrages craquent, les eaux montent. Un petit villagemenacé doit être évacué, mais trois villageois resteront. Une jeune mère et deux volontaires, chargés de veiller sur les tours greniers qui renferment les fruits du labeur collectif.Dans Automnale, un soir, après avoir bien bu et mangé avec d'obscurs compagnons, un homme,dragueur et bon à rien, disparait. Sa femme s'inquiète et une enquête est menée. Les six jours derecherche seront l'occasion d'approcher la vie rurale des gens de peu.Ces trois récits, dignes de Dickens, décrivent un quotidien triste et souvent sordide, d'un quelquepart perdu dans les régions pauvres du centre de la Chine. Des histoires sombres comme la réalitéde la vie rurale où tout est banal, ordinaire. Il faut vivre coûte que coûte. Ces textes émouvantsfont vivre ceux dont on parle peu. Derrière ces textes-prétextes, c'est toute la Chine des bourgs,des petits boulots, de l'âpreté au gain, des mesquineries qui défile.

  • Parmi les écrivains de sa génération, Cao Kou fait figure de cas particulier. L'univers qui forme le cadre de ses nouvelles est en effet caractérisé par l'ennui sans échappatoire de vies désespérément sans histoires, qu'il excelle à rendre dans un style très personnel, construit sur le principe de l'association d'idées. Ses récits apparaissent ainsi comme une trame de séquences imprévues, comme sous l'effet du hasard. C'est-à-dire comme dans la vie. Sur un ton froid où l'humour affleure à chaque ligne, il nous régale aussi de savoureux détails de satire sociale. C'est notamment le cas dans «Zhao Qinghe», récit à l'architecture complexe dont les saynètes en apparence incongrues finissent par dresser un tableau désopilant d'une jeunesse solitaire.

  • Écrit comme un reportage, cet essai à la première personne relate l'épouvantable famine survenue dans le Henan en 1942.
    Originaire de cette province, l'auteur s'emploie à montrer que les caprices du temps autant que l'incurie des fonctionnaires sont responsables de cette catastrophe qui fit trois millions de morts et autant de réfugiés. Cinquante ans après les faits, Liu Zhenyun se plonge dans cette période de son histoire et de l'Histoire. Admirablement construit et solidement documenté, son récit alterne témoignages familiaux et citations journalistiques de l'époque, interviews des témoins et consultations d'archives, recoupant les sources chinoises avec les reportages de Theodore H. White, alors influent correspondant du magazine Time.
    Maniant avec subtilité humour et ironie, Liu livre là une critique lucide du pouvoir, frappante d'actualité pour un texte de 1992.

  • Célèbre présentateur sur une chaîne de télévision pékinoise, Yan Shouyi anime un talk-show intitulé «Appelons un chat un chat» où honnêteté et franchise sont de mise. Mais derrière le rideau, il s'enlise inexorablement dans le mensonge et la trahison. Marié à Yu Wenjuan, il la trompe en effet avec la belle Wu Yue. Or, infidélité et téléphone portable ne font pas bon ménage. Et l'inévitable finit par se produire : Yu confond le mari volage et demande le divorce.
    Liu Zhenyun signe ici une satire des relations humaines. Car derrière un instrument de communication a priori inoffensif se cache ce qu'il appelle une bombe à retardement. Susceptible d'exploser à tout moment, elle apparaît comme la métaphore d'une société en perte de repères où la communication, parce qu'instantanée, est biaisée, altérée. Pensé comme un outil de rapprochement, le téléphone portable finit ainsi par éloigner les gens les uns des autres. Dans un style incisif, aux phrases simples et lapidaires, l'auteur développe ses thèmes de prédilection : la parole et son rôle dans les interactions humaines, ainsi que les transformations qu'elle subit à travers la modernisation de la société.

  • Ce volume rassemble une quinzaine de nouvelles et quelques essais, qui remontent pour la plupart aux années 1920-30. Dans L'Éventail, Les Lampions de la première lune et Madame Zhou, l'auteur dépeint la naissance du sentiment amoureux chez des jeunes gens indécis face au désir qui les habite, tandis que Crépuscule à la saison des pluies ou Au Théâtre « le Paris » décrivent ces mécanismes inconscients chez des personnages d'âge mûr. Avec L'Amour de Shi Xiu, il se livre au pastiche de la littérature ancienne vue sous l'angle de l'analyse psychologique. Dans Soleil printanier et Brume, l'intrigue est assez secondaire par rapport au monologue intérieur qui s'apparente à un flux de conscience. De même, la crainte de ne pas sembler assez viril hante le personnage de Lune croissante de fin d'automne. Dans Le Poète, un lettré solitaire et déclassé, habitué d'une maison de thé, sombre peu à peu dans la folie. La Carte de visite montre les effets néfastes de la productivité du monde moderne chez un employé. Une technique proche du montage, l'importance accordée aux dialogues, font parfois songer au cinéma, comme dans La Danseuse au déclin du jour. L'érotisme se mêle au fantastique dans Yaksha, où le héros fasciné par une femme vêtue de blanc croit voir en elle un être démoniaque. Le Goût de la pluie, Voyage autour de ma chambre révèlent la maîtrise de l'auteur dans l'art de l'essai. Enfin, une évocation publiée en 1988 à l'occasion de la mort de Shen Congwen constitue un riche témoignage sur la traversée du siècle de ces deux écrivains. Ces textes proviennent, pour l'essentiel, de la période la plus active de Shi Zhecun. Comme celle d'autres écrivains de sa génération, son oeuvre n'a été redécouverte que récemment en Chine. Elle ressurgit intacte sous nos yeux, tout imprégnée encore des temps qui l'ont vue naître, que la brutalité et l'indifférence du siècle n'ont pas su effacer.

  • Une amie vous téléphone d'une ville lointaine pour vous annoncer qu'elle a trouvé le moyen de s'enrichir rapidement et vous invite à venir la rejoindre. Vous répondez à son appel et vous vous retrouvez bientôt pris dans les filets d'un réseau de « promotion des ventes ». Nourriture infecte, logement rudimentaire, surveillance continuelle, lavage de cerveau quotidien - vous avez mordu à l'hameçon d'un gang de vente pyramidale, qui va peu à peu vous dépouiller de tous vos biens et vous inciter à dépouiller vos proches.
    Depuis quelques années, des millions de Chinois sont tombés dans ce piège. Romancier à succès, Murong Xuecun a voulu comprendre comment fonctionnait cette immense escroquerie.
    Il est donc entré dans un gang de Shangrao, petite ville du sud de la Chine, en feignant de s'être fait berner. Durant vingt-trois jours, il a observé de l'intérieur le fonctionnement de cette machine mortifère. Ce livre est le récit de son séjour volontaire dans l'enfer de la vente pyramidale. C'est aussi, en passant, une critique sévère de la société chinoise lancée dans une course au profit destructrice.

  • Après s'être attaché à décrire des personnages inspirés par d'autres que lui, Liu Xinwu nous livre ses mémoires, dont le titre sonne à lui seul comme un défi. L'auteur n'est en effet plus retourné sur la place Tian'anmen depuis le 4 juin 1989, date à laquelle il a abandonné toute fonction officielle et dont l'anniversaire tragique coïncide avec le sien. Ces mémoires couvrent une période s'étendant sur près de sept décennies, depuis la Guerre de résistance contre le Japon jusqu'à nos jours.
    Au gré de ses souvenirs, Liu dresse le portrait de la Chine communiste depuis 1949 et présente une galerie de personnages influents ou officiels - la cantatrice Sun Weishi, fille adoptive de Zhou Enlai, l'écrivaine féministe Ding Ling ou Gao Xingjian, prix Nobel de littérature. Homme de cran, il porte un regard d'artiste à la fois sensible et intuitif sur ces décennies qui ont façonné sa vie.

  • Écrites dans les années 1960 et 1970, ces quatre nouvelles se déroulent dans le Taïwan de l'époque de la guerre froide et du miracle économique, sources historiques de profondes mutations sociales et de déchirements identitaires dont certains effets perdurent aujourd'hui. Remarquable narrateur, Hwang Chun-ming traite de sujets polémiques à travers des récits savamment construits et aux personnages inattendus : un cadre d'entreprise entraîné par sa passion pour une chienne, un père de famille miséreux renversé par la voiture d'un officier américain, un homme-sandwich tourmenté par ses pensées et ses souvenirs, un jeune représentant de commerce attiré par une fillette solitaire. Parfois grinçant mais toujours plein d'humanité, c'est l'humour qui donne à ces récits toute leur force, leur saveur et leur authenticité. Principal représentant de la littérature dite 'du terroir', Hwang Chunming a été un des premiers à faire de Taïwan et de ses particularités culturelles le matériau de son oeuvre. Lorsque de jeunes cinéastes lanceront, au début des années 1980, le mouvement de la 'Nouvelle Vague taïwanaise', ils adapteront plusieurs de ses récits au grand écran, désireux de rétablir une identité taïwanaise distincte de celle de la Chine mythique promue pendant quatre décennies par le régime de Chiang Kai-chek et de son fils.

  • Situé dans une région pauvre de la Chine du Nord-Ouest, ce village des années 1960-1970 n'est pas sans rappeler le Macondo de García Márquez ou le Yoknapatawpha de Faulkner. Un univers littéraire à la fois réel et imaginaire servi par une structure romanesque unique en littérature chinoise. Cao Naiqian élabore un puzzle en trente morceaux, racontant chacun un drame familial ou une scène de la vie campagnarde. Les histoires sont indépendantes, mais les destins se croisent. La sexualité et la nourriture, «deux éléments essentiels de la vie humaine», sont ses principales préoccupations. Une sexualité liée à un manque et à une frustration associés à la misère, mais aussi aux contraintes sociales et politiques. Rapports incestueux, polyandrie et relations extraconjugales sont décrits de manière subtile et retenue, dans une langue concise et imagée. Ce roman poétique est aussi sensuel que désespéré.

  • Pour avoir châtré au bistouri son fils, violoniste homosexuel, un médecin croupit dans un cachot. Jeu de monologues centré autour de cette figure paternelle, sombre et tourmenté, hanté par le vertige de la vacuité, Lèvres pèche révèle le mal de vivre des homosexuels en Chine. Premier roman sur le sujet jamais publié en Chine populaire, il y fut rapidement mis à l'index.

  • Durant l'hiver de 1934, Shen Congwen entreprit un voyage en bateau au Xiangxi (à l'ouest du Hunan). Composé de douze textes, ce Périple de Xiang relate les retrouvailles avec les lieux de son enfance après une longue absence. Dans une prose poétique et concise, la peinture des villes et des paysages y alterne avec la description, souvent mêlée d'humour, de tout un monde fluvial aujourd'hui disparu. Une galerie de personnages singuliers s'anime dans une Chine privée de tout repère, en proie à la violence et à l'indifférence. Car ce périple est aussi une évocation de l'histoire plus récente, où l'auteur retrace les événements qui ont meurtri la région. Écrits entre 1928 et 1949, les cinq récits qui suivent dépeignent, non sans lyrisme, le peuple rural de la région natale de Shen. Hantés par l'imminente victoire du communisme et le délabrement de l'ordre social, ils annoncent la fin du «paradis de l'enfance».

  • Danse dans la poussière rouge relate la descente aux enfers d'un avocat prêt à tout pour faire fortune. Parue en 2008, cette fable sur la corruption des milieux judiciaires dépeint la vie de Wei Da, fils de paysan devenu juriste en soudoyant collègues et supérieurs. La poussière rouge, c'est notre monde ici-bas, un monde peu reluisant dans lequel le jeune héros, né pendant la Révolution culturelle, navigue avec habileté et sans état d'âme, mais avec une grande lucidité. Pour lui, les sentiments n'existent pas ; l'égoïsme et l'intérêt gouvernent le monde, et le mensonge est partout. Il s'honore d'être une parfaite crapule qui ne recule devant aucune magouille ni aucun coup fourré pour s'enrichir ou satisfaire ses vengeances. Trafic d'influence, détournement de fonds, blanchiment d'argent, prostitution font son quotidien. Il ira même jusqu'à tenter de faire tuer une petite amie devenue gênante ou de faire arrêter pour proxénétisme l'ancien amant de sa femme. Il porte sur toute chose un regard cynique : amitié, amour, tout n'est que commerce. Son épouse, sa maîtresse, sa secrétaire, pas une qui n'en veuille à son argent. Dans cette désespérance absolue, ni salut ni rédemption. Seule une lueur d'humanité semble éclairer la fin du roman. Incarcéré, condamné à mort, Wei Da découvre l'amour au moment d'être exécuté.

  • L'année 2014 est une année de commémoration entre la Chine et la France : elle marque l'anniversaire d'un demi-siècle d'établissement de relations diplomatiques entre les deux pays, à l'instigation du général de Gaulle. Pour célébrer l'événement, nous avons choisi de publier une anthologie qui illustre ces cinquante années. Nous avons pris le parti de présenter deux auteurs marquants par décennie, dans un souci de parité. Chaque texte est ainsi le reflet d'une époque saisi par un écrivain connu et reconnu, en France comme en Chine.

  • Les six nouvelles de ce recueil - trois écrites par Li Jinxiang, les trois autres par Shi Shuqing - racontent les vies des Hui, le vécu sans gloire des gens de peu, paysans fidèles à leur terre ou migrants égarés à la ville ; le « guerre et paix » du quotidien : gagner son riz, vivre l'amour, vivre la mort. Ce sont autant d'histoires de gens modestes, des histoires simples, douloureuses ou amères, parfois douces, que la trépidation de la grande Chine du capital et des progrès économiques du XXIe siècle ne viennent pas bousculer. Ici l'on vit simplement dans de petits villages le long de la grande rivière Qingshui. Ici l'on vit des jours difficiles, des drames, on rêve de vivre mieux en allant s'embaucher à la grande ville.
    Ces nouvelles évitent de prendre en compte les événements politiques nationaux, se gardent d'aborder les problèmes sociaux et se caractérisent par l'évocation de la vie quotidienne, portant un regard plein de tendresse fraternelle sur ces gens de loin, loin de nous mais aussi des succès tapageurs de Pékin ou Shanghai.
    Li Jinxiang, dans une postface d'août 2009 à un recueil de ses nouvelles, résume parfaitement : « Les deux rives de la Qingshui sont majoritairement habitées par les Hui, une nationalité aussi isolée qu'est la rivière. Leur vie est âpre, bien plus âpre que l'eau de la rivière. De la terre jaune, sèche et maussade, ne sortent que peu de récoltes, et l'air aussi est sec, si bien que même en creusant un grand trou profond, on ne puise pas beaucoup d'eau. Les hommes comptent sur la rivière, mais elle est âpre, on ne peut pas la boire, on ne peut pas non plus en arroser les terres. Et pourtant, dans cette région reconnue comme inhospitalière, ces gens, les Hui, ont continué de vivre, se sont multipliés et, dans les plus extrêmes difficultés sachant retenir ce qu'il y avait de mieux, ils ont laissé s'épanouir les éclats les plus resplendissants de la vie. Tout cela, mélancolique, tendre ou lucide est devenu matériaux pour ma création. »

  • Au fil de ce road novel, Han Han lance son narrateur sur un parcours de rencontres fortuites et d'observations d'une Chine intérieure, provinciale. Chronique d'un voyage au jour le jour entrecoupée d'une mosaïque de souvenirs d'enfance et d'adolescence où, pour fuir l'amertume professionnelle et l'aveuglement social, le héros, jeune journaliste, s'élance vers un horizon rédempteur.
    Dans ce tableau des mentalités et des valeurs des années 1990 et 2000, Han Han recycle, par la vivacité des dialogues et son humour, les souvenirs que partagent les trentenaires chinois. Il suggère des repères à la mémoire collective. Peut-être souhaite-t-il la forger aussi. La langue est simple, pleine d'humour mais non dénuée de profondeur et dénotant de la part de l'auteur une grande lucidité. 1988 véhicule des rêves d'enfance, des évasions d'adulte, la peur du destin, et quelques précieux instants de libre poésie.

  • Une vingtaine d'essais antérieurs à 1949 composent ce recueil, auxquels font écho soixante dessins de l'auteur, au trait vif et expressif. Ce jeu de miroir entre texte et dessin révèle toute la richesse de cette oeuvre qui porte un regard unique sur la Chine républicaine (1911-1949). Dans un style sobre, empreint de lyrisme et d'humour discret, Feng Zikai se livre à l'introspection, médite face à la fuite du temps, chante les vertus de l'amitié et s'emploie à regarder le monde qui l'entoure avec sagesse et modération.

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