Les Empecheurs De Penser En Rond - Synthelabo

  • Avez-vous la bosse des maths, de la poésie ou de la peinture ? Cet inconnu présente-t-il la bosse du crime ou celle de la ruse.
    De 1800 à 1850, certains savants peuvent répondre à ces questions.
    Et pour le prouver, ils tâtent des têtes de génies (Napoléon...), de criminels (Lacenaire...) et de fous. Leur théorie est vérifiée par l'examen de milliers de moulages et de centaines de crânes récoltés à Paris, à Londres, à Berlin, en Inde et en Océanie. Sûrs de leur bon savoir, les phrénologistes oeuvrent pour un monde meilleur, peuplé de génies, de criminels amendés et de fous guéris.
    Défendue par de nombreux médecins, politiciens et artistes, la phrénologie oscille entre science légitime et technique divinatoire, avant de tomber dans un discrédit total.
    Reléguée au statut de science occulte puis longtemps oubliée, elle semble actuellement renaître de ses cendres. Des neurobiologistes contemporains lui rendent justice d'avoir établi le principe des localisations cérébrales, et d'éminents scientifiques estiment qu'elle a été la première science de l'homme rationnelle. Qu'en est-il exactement ?
    Riche de nombreux documents méconnus inédits, ce livre est une contribution originale au débat.
    Il vous invite à refaire le parcours des premiers phrénologistes, à partager leurs victoires et leurs déboires. Grâce à cette lecture participante, vous pourrez apprécier en connaissance de cause les réalisations et les rêves de nos savants (fous ?).

  • Ce livre marque une étape clef dans le projet de Bruno Latour : faire l'anthropologie des modernes. Il est composé de deux textes dont l'objectif est de remettre en cause des notions qui nous tiennent habituellement à coeur : celle de « croyance » et celle de « critique ». Avec humour, Bruno Latour bricole deux notions : celle de faitiche et celle d'iconoclash. Elles lui permettent d'abolir la distance que nous avions crue solidement établie entre nous (les modernes) et les autres. La notion de faitiche permet de douter de la croyance en la croyance, celle d'iconoclash permet de suspendre le geste iconoclaste pour en interroger l'histoire. Il remet ainsi en cause toute une partie de l'édifice sur lequel sont construites les science humaines. Mais, chemin faisant, il crée les outils pour nous aider à nous comprendre nous-mêmes, à faire notre propre anthropologie.

  • Le coeur brisé, les nerfs à fleur de peau, la gorge serrée : l'émotion nous saisit, nous possède.
    Mais si nos émotions nous paraissent évidentes, sont-elles pour autant authentiques, universelles ? c'est ce qu'ont cru les expérimentateurs dans les laboratoires de physiologie et de psychologie. mais ils ont été déçus. les émotions n'existent pas en soi, mais uniquement dans la relation à autrui. on n'a plus alors à s'étonner que la colère n'existe pas chez les uktus, que les ifaluks doivent " enseigner " la peur à leurs enfants.
    Nos émotions sont finalement autant de versions du monde et de manière de l'habiter. c'est ce qu'explorent les ethnopsychologues.

  • Comme toujours avec clérambault (1872-1934), la classification psychiatrique s'accompagne de récits de cas de patients, vivants, écrits dans une langue superbe : clérambault est aussi un grand écrivain.
    Ici des patientes croient que des personnages plus ou moins célèbres (le curé de leur quartier mais aussi le roi d'angleterre !) sont amoureux d'elles et communiquent, avec elles de manière secrète. c'est l'illusion délirante d'être aimé. dans un premier temps, la patient couvre celui qui est censé l'aimer de cadeaux. mais vient le dépit. qui peut se terminer par un assassinat. nous avons dans ce livre tous les récits des cas célèbres de clérambault avec le compte-rendu des interrogatoires.
    Un véritable feuilleton.

  • " je ressens un gonflement de la gorge, et de l'estomac, puis je perds connaissance.
    Mais quand je peux prendre l'etoffe, je la froisse, cela me produit un serrement d'estomac particulier, ensuite, j'éprouve une espèce de jouissance qui m'arrête complètement la respiration ; je suis comme ivre, je ne peux plus me tenir, je tremble, non pas de peur, si vous voulez, mais plutôt d'agitation, je ne sais pas. je ne pense pas à la mauvaise action que je viens de faire. dès que je tiens la pièce dérobée je vais m'asseoir à l'écart pour la toucher et la manier, c'est là qu'on me voit.
    ".

  • Faut-il opposer « croyance « et « réalité » ? Quel est le rôle de la « croyance » dans notre rapport à la « réalité » ? Il y a des cas où un phénomène ne peut se produire que s'il est précédé d'une foi antérieure à son événement. Un train entier de voyageurs est attaqué par des bandits : tous se laisseront piller parce que les bandits peuvent compter les uns sur les autres alors que chaque voyageur sait que sa résistance entraînera sa mort certaine. Si chaque voyageur avait foi en la réaction des autres, il réagirait et le pillage deviendrait impossible. La volonté possède un pouvoir créateur. La foi est performative, elle peut créer un fait. James ira jusqu'à écrire : « Dieu lui-même, en somme, peut puiser dans notre fidélité une véritable force vitale, un accroissement de son être. »

  • Recueil d'interventions faites par F. Guattari (1930-1992) devant des publics de psychanalystes, de pédagogues, de militants du Parti des travailleurs abordant une multitude de problèmes comme la pratique clinique, les luttes des classes, etc. La première édition du livre est parue au Brésil en 1986. Egalement psychanalyste, S. Rolnik enseigne à Sao Paolo.

  • Les émotions sont-elles partout semblables ou sont-elles « cultivées » de manière particulière dans différentes sociétés ? Ce sont des femmes anthropologues qui ont posé cette question nouvelle et ont décidé d'enquêter. L'auteure a vécu pendant deux ans dans une communauté de Bédouins dans le désert égyptien à la frontière avec la Libye. Elle va découvrir un réseau intriqué de règles et de comportements grâce auquel une société extrêmement mobile de nomades sédentarisés réussit à préserver son identité et ses valeurs communautaires. Elle découvre qu'une des clefs de tout ce système est constituée par un art de la poésie (les ghinnawas - au sens littéral « petits chants ») qui fait à la fois penser par sa forme aux haïkus japonais et par son contenu émotionnel au blues américain. Dans cette société les émotions doivent être voilées... Ce qu'il est normal de garder "privé" ou de rendre "public" pourrait bien être très différent selon les cultures et être à l'origine de graves incompréhensions.

  • Il existe deux grandes écoles dans toute l'histoire de la philosophie : le courant rationaliste et le
    courant empirique. Platon est à l'origine du premier : les idées, ou concepts, viennent en premier.
    A l'inverse, les empiriques, comme Hume, considèrent que ce sont les sensations qui viennent en
    premier et qu'elles débordent de toutes part les systèmes conceptuels mêmes les plus élaborés.
    Plutôt que d'opposer les deux, la proposition de James est de les ajouter : le monde doit être
    composé avec les concepts et les sensations. Il n'y a pas à choisir.
    Réduire la philosophie au rationalisme, c'est rendre compte de la réalité avec des outils statiques,
    incapables de nous faire saisir l'apparition de la nouveauté dans le monde. Ainsi, contrairement à
    ce qu'en disent la plupart des commentateurs, la philosophie de Hegel n'est pas une philosophie du
    mouvement mais une philosophie immobile. Tout s'y répète à l'identique ; la nouveauté est
    toujours ramené à du déjà connu.
    Pas à pas, James nous amène ainsi à explorer des questions métaphysiques explorées avant lui par
    Leibniz, Kant, Hegel, Schopenhauer. On est parti de choses très simples et on arrive au sommet de
    l'art philosophique.


  • " je me fatigue et je vous fatigue, je le sais, en cherchant vainement à décrire par des concepts et des mots ce qui, selon moi, excède en même temps toute conceptualisation ou verbalisation.
    tant que l'on continue de parler, l'intellectualisme demeure sans conteste maître du terrain. on ne peut revenir à la vie en parlant. c'est un acte ; pour vous faire revenir à la vie, je dois vous proposer un exemple à imiter, je dois vous rendre sourds à la parole ou à l'importance de la parole, en vous montrant, comme bergson le fait, que les concepts au moyen desquels nous nous exprimons sont élaborés en vue de la pratique, et non du discernement.
    ".

  • Ce livre bouleverse notre approche du deuil, et du « travail du deuil ». Il propose de ne plus s'intéresser à « la mort » en général, mais « aux morts » en particulier. Le problème n'est plus « intrapsychique » mais est celui de relation entre les vivants et les morts. De même que Marie- France Hirigoyen nous appelait à s'intéresser aux agresseurs dans les cas de harcèlement moral, Magali Molinié propose que l'on réintroduise les morts, en tant qu'êtres sociaux exigeants, dans les procédures thérapeutiques. L'auteure a rencontré des personnes qui avaient envie, non pas de témoigner sur leur deuil, mais sur « les relations qu'elles entretiennent avec des défunts » et qui posent des questions du type : « que veut le mort ? que faire pour lui ? » Le psychologue ne peut ignorer la permanence des échanges entre les vivants et les morts. Si les seconds sont parfois fauteurs de maladies, ils peuvent être aussi réparateurs possibles de relations autrefois négligées ou bien dispensateurs de bienfaits tels qu'obtention d'un diplôme, santé retrouvée, conception d'un enfant... Mais ceci, à condition d'avoir été convoqués, honorés dans un dispositif spécifique (rituel par exemple).

  • Ce livre raconte l'histoire de l'école mutuelle au début du 19ème siècle dans la France de la Restauration. Une histoire totalement oubliée, quasiment interdite, y compris par la gauche. Beaucoup des organisateurs du mouvement ouvrier, comme Proudhon, sont pourtant sortis de cette école qui a été supprimée pour une étrange raison : elle marchait trop bien! L'école mutuelle est une école crée pour les pauvres : un instituteur pour quatre -vingt élèves ou plus encore, et des élèves de toutes les classes d'âges. Les moyens sont réduits au minimum. L'objectif est surtout de sortir les enfants de la rue et leur donner un savoir minimum conforme à leur classe sociale : lire écrire, compter.
    Or, après un débat parlementaire, cette école a été fermée parce qu'on lui reprochait deux choses. Les élèves apprenaient en trois ans, le curriculum prévu pour six. De plus, si les élèves apprenaient effectivement, ils n'apprenaient pas le respect du savoir. Quel était son principe ? Chaque élève lorsqu'il avait compris quelque chose, l'expliquait à d'autres. Tour à tour, chacun est élève et répétiteur. Les différences de niveau, l'hétérogénéité dans une classe n'est plus un obstacle au bon fonctionnement mais devient son moteur. Ce qui importe est la manière dont le groupe hétérogène s'active et non pas de « bonnes manières » d'apprendre proposée par la pédagogie. L'enseignant doit, avant tout, faire confiance.

  • Le génie de Freud est d'avoir transformé ce qui faisait obstacle dans l'hypnose, en moteur même de l'intervention clinique : c'est ce qu'il a appelé le " transfert ".
    La scène analytique devient alors le laboratoire où la névrose de transfert, analysable, se substitue à la névrose ordinaire qui était incontrôlable. La suggestion, qui était utilisée par tous les guérisseurs avant Freud, devient un instrument contrôlable. Voilà le coup de génie freudien. Deux ans avant sa mort, dans Analyse avec fin, analyse sans fin, Freud a reconnu les limites de l'instrument qu'il avait ainsi forgé.
    Du coup, l'idée que l'invention freudienne est en rupture radicale avec toutes les autres techniques doit être réinterrogée.

  • Comment parler de religion aujourd'hui ? C'est l'exercice même de la parole religieuse qui est devenue sinon impraticable du moins tourmenté. Dans ce livre, initialement publié en 2002, Bruno Latour étudie avec soin les conditions d'énonciation de cette parole et dégage les règles d'usage qui la rendent possible ou impossible. Un livre mordant et brûlant, qui fusionne deux genres habituellement distincts : l'analyse et la jubilation.

  • Il a donc fallu qu'un saut s'opère ou que le vivant en arrive à l'acte majeur - se retourner, mettre à la surface sa sensibilité et remiser au fond le tissu solide dans lequel il se barricadait, la colonne vertébrale, l'osseux sur lequel il s'édifiera.
    Aussitôt le dehors du dedans lui permettait une vie informée, alerte et vive.

  • L'homme n'a pas inventé la photographie, la bande dessinée ou le cinéma pour s'angoisser ou se rendre malheureux, pas plus qu'il ne regarde la télévision pour s'abrutir ! il le fait toujours en escomptant une prime de bien-être.
    Même s'il a parfois une idée fausse de ce qui pourrait être bon pour lui. il en est de nos consommations d'images comme de nos choix alimentaires : il est difficile de savoir quoi manger quand on a toujours été mal nourri, et ce que nous apprécions n'est pas forcément ce qui nous est bénéfique ! mais celte constatation ne saurait nous faire oublier pour autant l'intention qui nous anime quand nous nous tournons vers elles : y connaître le bonheur, même si celui-ci revêt des formes différentes pour chacun d'entre nous.
    Cette édition est augmentée d'une nouvelle préface : jusqu'aux images de guerre et à la télé-réalité.

  • Dans l'opéra Wozzeck, on peut entendre ce verset, qui dit à la fois le génie et la folie " L'homme est un abîme, la tête tourne quand on regarde au fond.
    " Cet album est consacré à ceux qui ont affronté " l'angoisse atroce, despotique ", ce " drapeau noir " dont parlait Baudelaire avec effroi. Artistes, amants, despotes, mystiques, ils ont été disloqués par la passion. Leur combat intérieur nous fascine, car leur démesure est aussi la nôtre. Ce livre d'art et d'émotion est également une " petite histoire de la psychiatrie et de ses médecines " qui retrace la grande aventure de l'exploration scientifique de la folie.

  • En 1842, Alexis Didier, à peine âgé de 16 ans, commence à stupéfier ses contemporains par ses dons de clairvoyant magnétique : on vient déjà de Londres pour consulter le jeune prodige.
    Il concentre sur sa personne tous les dons que l'on attribue aux somnambules magnétiques : diagnostic médical, perception des pensées d'autrui, vision à distance ou à travers des corps opaques, lecture dans des livres fermés, perception épigastrique, etc. Sa renommée se répand dans les salons de l'aristocratie. Pendant quinze ans, il va ainsi régulièrement s'efforcer de faire la preuve de ses dons présumés, déclenchant polémiques et fascination.
    Alexis est une sorte de héros balzacien. Il incarne une figure nouvelle : celle du " héros magnétique ". Il se croit investi d'une mission et veut prouver par des moyens expérimentaux l'immortalité de l'âme. Il se dépense tant dans cette tâche qu'il y ruine sa santé fragile, se retirant à l'âge de 30 ans. Paradoxalement, le plus célèbre des voyants du XIXe siècle n'avait jamais fait l'objet d'une étude approfondie, malgré la vogue actuelle d'ouvrages sur la voyance.
    Ce livre propose une nouvelle manière de comprendre et de rendre compte des phénomènes magnétiques et de voyance qui intriguent tant le public.

  • En septembre 1904, à Berlin, un cheval dénommé Hans suscite une des controverses les plus vives qui aient agité l'Allemagne à cette époque.
    Selon son maître, Hans peut résoudre des problèmes arithmétiques, reconnaître des couleurs ou des cartes à jouer, épeler les lettres d'un mot, donner la date du jour ou désigner une personne d'après sa photo. S'agit-il d'une fraude ? d'une "révolution " quant à l'intelligence des animaux ? ou Hans est-il télépathe ? Une commission est mandatée pour évaluer les compétences du fameux cheval. Surprise: Hans répond aux questions qui lui sont posées, même en l'absence de son maître.
    Aurait-il appris à lire des signaux que les humains lui enverraient inconsciemment ? Ou, les humains, toujours inconsciemment, l'auraient-ils influencé ? Une aventure passionnante, qui nous fait revivre les premiers moments de la psychologie expérimentale, ses questions, ses enjeux, l'originalité et l'inventivité de ses acteurs, le talent de ses sujets et l'engagement de ses scientifiques.

  • Le capitalisme pourrait bien se transformer plus vite que ses adversaires, les laissant toujours en retard d'une époque. C'est le sentiment que l'on peut avoir à observer la manière dont certains répètent le discours marxiste ou celui des économistes classiques. En se différenciant en un capitalisme de l'innovation centré sur la recherche, l'innovation et les brevets et un capitalisme de la reproduction souvent réimplanté dans les pays pauvres, le capitalisme a changé ses manières de capter la richesse. Cela ne peut pas être sans conséquences sur la manière de s'opposer à lui et pour imaginer « les autres mondes possibles ». En partant de l'analyse proposée par Michel Foucault et Gilles Deleuze (le passage des sociétés disciplinaires avec l'école, la caserne,
    l'usine, aux sociétés modernes de contrôle), l'auteur propose de tirer les leçons de la lutte des intermittents ou de celle contre la réforme des retraites.

  • La voyance: un sujet sulfureux qui diviserait irrémédiablement rationalistes et illuminés? Cette enquête montre que la question est loin d'être aussi tranchée.
    Si beaucoup de scientifiques refusent a priori de se pencher sur dés -phénomènes inexpliqués, certains, au contraire, considèrent qu'il existe des pouvoirs de l'esprit qu'il est absurde de vouloir Ignorer. Ce livre reprend les récits de tous les prodigieux voyants recensés au cours des derniers siècles. Les témoignages se recoupent et en troubleront plus d'un. L'hypothèse de la tricherie s'évanouit Quelle que soit finalement l'explication de ces phénomènes (qu'aujourd'hui personne ne détient), ils constituent un véritable défi pour la raison.

  • Les scientifiques peuvent aujourd'hui considérer qu'ils ont deux types d'ennemis. Les premiers sont
    les sociologues. De nombreux scientifiques se sont sentis insultés par le refus des sociologues de
    considérer qu'ils entretenaient un rapport privilégié avec la Vérité et la Réalité. C'est là l'origine de
    « la guerre des sciences » dont un moment important a été l'affaire Sokal. Mais, au moment, les
    scientifiques se trouvent confrontés à un autre problème, beaucoup plus grave. Leur ancienne
    alliance avec l'État semble rompue : celui-ci répugne désormais à financer leurs travaux. Il leur
    demande de se rapprocher des industriels et de se soumettre à leurs intérêts. Leurs objectifs ne
    doit plus être de faire progresser la connaissance mais, par exemple, de déposer des brevets...
    Selon Isabelle Stengers, les scientifiques sont en mauvaise posture car s'ils ont bien raison de ne
    pas accepter la manière dont les sociologues relativistes parlent « mal » d'eux, ils n'ont pas su de
    leur côté, trouver les mots pour décrire la spécificité de leur travail. Ils ne savent pas se présenter,
    ce qui les affaiblit dans leur opposition aux tentatives capitalistes modernes de redéfinir leur
    activité.
    Mais il arrive aussi qu'un troisième acteur surgisse : le « public » comme on l'a vu dans le cas des
    OGM. Il s'agit dans chaque cas de publics particuliers qui n'acceptent plus que « l'on sache » mais
    que l'on reste impuissant face aux conséquences prévisibles de ce que l'on sait (comme dans le cas
    du réchauffement de la planète).
    Tout cela dessine donc un nouvel environnement (une nouvelle écologie) dans lequel les
    scientifiques doivent apprendre à travailler. En quoi cela pourrait-il intéresser la philosophie oe
    Isabelle Stengers propose d'abord de renoncer à l'idée que l'on pourrait définir « la science ». Si il
    y a quelque chose de commun à toutes les pratiques scientifiques, c'est qu'elles sont capables de
    dire « quelque chose de nouveau sur le monde ». Elles le « peuplent » avec de nouveaux êtres. Ce
    n'est jamais une voie droite, faite selon une méthode prédéterminée, mais le résultat d'incessantes
    hésitations. Pourquoi faudrait-il que, simultanément, ceux qui défendent les sciences « vident » le
    monde de toutes les autres pratiques qui n'ont ni la même histoire ni les mêmes ambitions oe
    Comment, en conséquence imaginer un plan d'immanence qui permette la coexistence des pèlerins
    de la Vierge et des praticiens des sciences (sans transcendance, c'est-à-dire sans un point de vue
    qui trie, juge et ordonne) ? Cela ne relèvera pas d'une bonne volonté générale, de la tolérance,
    mais de l'invention de nouveaux rapports entre les différentes pratiques.
    Isabelle Stengers imagine que ce pourrait être le rôle de « diplomates » d'un nouveau genre. Les
    diplomates savent qu'ils doivent prendre des risques, rendre des comptes à ceux qui les ont
    délégués, que rien n'est jamais garanti, que la paix est toujours une fabrication exigeante.

empty