Millon

  • L'art de se taire

    Abbé Dinouart

    Il y a dans L'Art de se taire un appel à la réserve, à la réfl exion, à la retenue, qu'il n'est peutêtre pas sans intérêt de rappeler en un temps où l'exigence de communiquer tend à se plier aux lois d'un marché où la pensée devient une marchandise. C'est l'intérêt du traité de Dinouart de rappeler, après d'autres, que le silence est une composante fondamentale de l'éloquence. Qu'on ne saurait comprendre l'e et d'un discours à partir de la seule invention verbale qu'il sait déployer, comme on ne saurait restreindre la rhétorique à une taxinomie des tours et des fi gures.
    Un appel à la réserve et à la distance pour tous ceux chez qui le désir de s'exprimer semble plus fort que celui de se taire.

  • Premier volume des Dissertations sur les Apparitions..., un des derniers livres du célèbre bénédictin. Sur la page de titre d'un des exemplaires, un lecteur du temps a porté ce jugement sans appel : «Il était fou lorsqu'il a écrit tout cela». Or le Traité est une oeuvre bien construite, pour des sprits raisonnables et non prévenus, qui examinent les choses sérieusement et de sang froid, où se rejoignent les passions d'une longue vie vouée aux travaux de l'esprit : la théologie, l'exégèse, l'histoire.
    L'intention de dom Calmet était claire : détruire les naïvetés, les superstitions et les supercheries. Pour atteindre son but, il dresse un inventaire de tous les documents, histoires, libelles... une extraordinaire collection de faits merveilleux.

  • De l'auteur de ce livre, on ne sait presque rien. Elle s'appelait Marguerite Porete, dite parfois Marguerite de Hainaut. Elle était probablement entrée en béguinage, à Valenciennes, dans la deuxième moitié du XIIIe siècle. Son texte lui valut la persécution de l'Inquisition. Le livre, d'abord interdit fut brûlé publiquement. Arrêtée, questionnée, condamnée, Marguerite Porete finit sur le bûcher, le 1er juin 1310, à Paris.
    Le Miroir des simples âmes, dont le manuscrit avait été découvert en 1867 mais faussement attribué à Marguerite de Hongrie, ne fut publié dans sa langue d'oïl, qu'en 1946. Tout ignoré qu'il fut, aussi bien des érudits que des âmes pieuses, ce texte nous apparaît aujourd'hui comme une oeuvre majeure de la mystique occidentale. D'une sensibilité théologique proche de celle de Maître Eckhart, il développe, en une écriture magnifique, les thèmes les plus élevés de la spiritualité contemplative : le renoncement à l'identité propre, l'anéantissement de l'esprit dans la lumineuse ténèbre de la divinité, la communion au Dieu inidentifiable, la pure mélodie de l'âme amoureuse.
    Sauvé comme par miracle des braises du bûcher, le livre de Marguerite Porete témoigne admirablement de la hauteur métaphysique et de la charge affective de la mystique rhéno-flamande du XIVe siècle. C.L.-C.

  • Il n'y pas de maladies, rappelle avec force Hildegarde, mais des hommes malades, et ces hommes sont intégrés dans un univers qui, de même qu'il participe à leur malheur, doit aussi prendre sa part dans la guérison ; ils doivent être soignés dans leur corps et leur âme, et, même si la nature peut et doit venir à leur aide, c'est bien souvent dans leur propre sagesse, leur modération, leur maîtrise d'eux-mêmes, qu'ils trouveront les forces qui soutiendront le processus de guérison.
    Pour Hildegarde, si les causes premières du mal sont en l'homme, comme le dit le récit de la chute originelle, c'est aussi en lui que, avec l'aide de la nature et le secours de Dieu, peuvent se trouver les causes de la guérison, les remèdes. La première traduction française des oeuvres médicales de la moniale.

  • Sur les plantes, les métaux, les pierres, les animaux, Hildegarde de Bingen pose son regard en y voyant à chaque fois une étincelle de paradis. Chaque élément se transfigure, devient sensible et sensuel, agité d'humeurs malignes ou de langoureuses caresses. À première vue, le dessein de la bénédictine est humble: découvrir dans tous les règnes du vivant ce qui nous peut être assistance et nous éloigner de la maladie et de la mort. Mais le projet lointain est plus vaste : il est de rétablir entre la nature et nous ce lien de sympathie profonde qui nous arrache à notre solitude et nous réintègre dans le grand flux de la vie.

  • Comme dans l'Apocalypse, lorsque les cieux s'ouvrent et se découvrent pour Hildegarde, ils sont pleins de chant et de musique :
    La lumière parle et ses paroles sont comme une flamme brillante. De ces voyages intérieurs, Hildegarde rapporte des visions à écrire et des chants à retranscrire pour enrichir la liturgie des heures du monastère qu'elle dirige. Pour elle, la musique est l'expression du divin et l'étouffer reviendrait à tuer la vie, à arracher l'homme à l'harmonie céleste et aux délices du paradis. Ce recueil d'antiennes, de répons, d'hymnes et de séquences nous transporte dans l'univers particulier de Hildegarde, mélange d'archaïsme et de libertés innovantes. Cet ensemble à la fois poétique et dramatique - puisqu'il inclut L'ordo virtutum, drame liturgique qui fut certainement interprété à l'intérieur du couvent par les moniales de Hildegarde - nous emmène au plus secret de la vie quotidienne du couvent et nous livre intact toute la fraîcheur, l'insolite et l'intimité de l'univers mystique de la sainte.
    Autres titres disponibles aux éditions Jérôme Millon : Le Livre des subtilités (tomes I et II), et Les Causes et les remèdes.

  • Au rythme hoqueté des chameaux, saint Jérôme erre dans les déserts des déserts d'Égypte, de Palestine et de Syrie avec Paul de Thèbes, Malchus et Hilarion. Les trois ermites rivalisent de jeûnes, de mortifications, forçant leur résistance jusqu'aux limites de l'humain. Ils attirent des foules de toute la région, puis de pays plus lointains où parviennent les récits de miracles. Défilent des femmes nues tentatrices, des chameaux et des hommes possédés du démon... Hilarion rend la vue à des aveugles, guérit la stérilité, fait marcher des paralytiques, parle en grec avec les démons. La sécheresse sévit, il fait tomber la pluie, il arrête un déluge, fait reculer les bateaux des pirates...
    Les récits de saint Jérôme opèrent sans cesse entre réel et fantastique, vraisemblable et merveilleux.

  • Un répertoire de toutes les bizarreries de l'autre monde, qui traite des spectres, des démons, des fées, des monstres, de l'occultisme en général et de tout ce qui a trait au surnaturel. Où on apprend qui sont Abd-et-Azys, Abrahel, les Adelites, les aboyeurs, les Mokissos. que sont la Margaritomancie, la Nairancie, la Pégomancie ?.
    LE DICTIONNAIRE INFERNAL fait partie des oeuvres majeures de l'occultisme et de la démonologie. Apparenté à Danton, influencé par Voltaire et la philosophie des Lumières, l'auteur veut faire la part entre le folklore ou les épouvantails agités par l'Église et les faits réellement troublants, et ce, dans tous les domaines du surnaturel.

  • Ces récits remontés de l'antiquité chrétienne racontent la brutalité ou le raffinement dans l'invention des supplices, d'émerveillement naïf et nostalgique devant l'évocation des miracles survenus au cours de l'exécution ou sur le tombeau du saint.
    On y voit vivre, souffrir et mourir des êtres non seulement éminents et exemplaires dans l'affirmation de leur foi et de leur confiance en Dieu, mais également très humains, très sensibles au poids des attaches familiales et sentimentales. Ce sont des êtres de chair, pris dans la tourmente des persécutions tantôt sporadiques tantôt durables qui apparaissent, dans la variété des Actes, comme autant de soubresauts, de saccades violentes et démesurées du pouvoir romain - empereurs en personne ou gouverneurs locaux.

  • La Vie de Sainte Marie-Madeleine et de sa soeur Marthe, que nous donnons, ici, à lire a été longtemps attribuée à Raban Maur, l'un des maîtres éminents de la renaissance carolingienne, à Fulda et à Mayence. L'érudition moderne a ruiné cette légende et inscrit cet ouvrage dans la mouvance monastique de Clairvaux, au xiiie siècle. Quoi qu'il en soit, il s'agit d'un texte hagiographique tout à fait remarquable, singulièrement sensible à l'intériorité et à la féminité du personnage évangélique. Le moine anonyme, auteur de cette Vie, reprend les éléments donnés par l'Écriture sainte et les prolonge par les apports de la tradition provençale qui font de Marie-Madeleine, et sa soeur et de leurs compagnons les acteurs majeurs de la christianisation de la Gaule méridionale.

  • Invectives

    Petrarque/

    Jusqu'à ce jour, les trois invectives (Contre un homme de haut rang et de petite vertu. Contre un médecin. Contre celui qui maudit l'Italie, ou France-Italie) n'ont jamais été traduites en français. La difficulté d'accès aux écrits latins de l'auteur n'est pas la seule raison de ce désintérêt ; sans doute suscitaient-elles l'étonnement ou choquaient-elles. Les textes de Pétrarque sont bien éloignés de la poésie amoureuse, de l'élégance, de l'érudition et de la haute portée morale de sa correspondance : les images sont crues, les propos souvent grossiers, les attaques partisanes et excessives. Mais peut-on répondre autrement à des critiques, lorsque celles-ci viennent remettre en cause des convictions profondes et une attitude quasi militante face à l'existence ? Il faut croire que l'enjeu sous-jacent de ces controverses est d'importance pour faire perdre ainsi son habituelle mesure à un homme qui aime à se distinguer du vulgaire. Ces trois textes présentent un intérêt majeur, celui de nous dévoiler l'homme plus que l'écrivain. Ce n'est pas un hasard si aucun des détracteurs n'est désigné nommément; le vrai sujet de ces invectives c'est Pétrarque aux prises avec un exercice nouveau : la défense de soi, l'autojustification.

  • Les vampires. Personne n'en a jamais vu, mais chacun sait à quoi ils ressemblent. Depuis le jour lointain du XIXe siècle, où Bram Stoker composa son Dracula , les vampires n'ont plus quitté la scène. Même si, pour des raisons inexplicables, une partie écrasante de la production vampirique est due à des Anglo-Saxons, on sait que le mythe du vampire s'est formé dans les régions orientales de l'Europe. Son origine est à rechercher dans la littérature savante, dans les périodiques enfouis au fond des bibliothèques et dans d'ardus traités, au carrefour de la médecine, de la théologie et de l'ethnographie. Ce petit volume, qui ne prétend ni à l'érudition, ni à l'exhaustivité, est la première anthologie donnant à lire l'essentiel des documents anciens (de 1659 à 1772) qui fondèrent le mythe.

  • Voici le premier bestiaire chrétien et le premier bréviaire animal. Il propose à la fois une zoologie spiritualisée et une théologie incarnée dans les bêtes. Esope faisait parler les bêtes en professeurs, le Physiologos les habille en théologiens pour représenter les mystères chrétiens. Mais ici l'animal joue sans masque son propre rôle, et c'est sa nature même qui témoigne des vérités spirituelles. Car, ne nous y trompons pas, les bêtes ne sont ni immorales, ni insensées. Elles ont donc une âme ? Oui, pour la circonstance. Pour la bonne cause : l'édification de l'homme. Dans ce manuel, qui permet de comprendre en profondeur le sens des animaux ceux-ci s'offrent au lecteur comme une pièce de monnaie : pile, il est animal, face, il est le visage d'un des personnages de la dramaturgie chrétienne : Homme, Dieu ou Diable. Ce texte connut au Moyen-Age une popularité comparable à celle de la Bible, au moins jusqu'au XIIIe siècle, comme le prouvent les innombrables manuscrits, versions, traductions et adaptations antiques et médiévales. Il fût visité par tous les auteurs et artistes médiévaux dont il a nourri l'imagination. Le succès immense de ce zoo littéraire à l'usage des Chrétiens est dû en partie à sa brièveté, à sa simplicité apparente et au fait qu'il ne s'adresse pas à des spécialistes de zoologie ni de théologie.

  • Dans les premiers siècles de la chrétienté, Marie l'Égyptienne, prostituée d'Alexandrie, repentie, passa quarante-sept ans dans le désert, se nourrissant d'herbes. Plus sa vie fut infâme, dévergondée, souillée au temps de sa prostitution, plus son repentir sera grand, exigera à ses yeux une ascèce insensée. Elle est la première à proposer un exemple radical de la féminité, en vivant et brûlant ses désirs jusqu'au bout, dans une âme et un corps. Cette histoire de la pécheresse repentie ne cessera de hanter les chroniqueurs et les artistes. En Orient, Siméon le Stylite demeura trente-deux ans au sommet d'une colonne de vingt-cinq mètres de haut, aux limites de la résistance physique, pratiquant des mortifi cations incessantes.

  • Si l'Histoire des fantômes et des démons est publiée sous le nom de Gabrielle de P----- (de Paban), une large majorité de biographes et de bibliophiles attribuent la paternité de cette oeuvre à son beau-frère, Jacques-Albin-Simon Collin de Plancy, auteur du célèbre Dictionnaire infernal.
    L'auteur ose l'impensable : rapprocher raison et irrationnel et réconcilier l'inconciliable. À la façon d'un écrivain naturaliste, il collectionne des récits anecdotiques et charmants, mettant en scène revenants, démons, incubes, succubes, vampires et autres "broucolaques". Une telle anthologie constitue un voyage pittoresque, au coeur des légendes populaires et des folklores européens, loin de ce XIXe siècle et de la froide rationalité de sa "révolution industrielle".
    Mais il ne s'agit pas pour autant de contes pour enfants, Collin de Plancy est un homme cultivé. Certes, en 1819, il est encore très jeune mais il a déjà l'expérience des aventures éditoriales sur les continents du merveilleux. Ce n'est ni un débutant ni un chercheur aguerri mais un jeune auteur passionné de fantastique et pétri de littérature. C'est une évidence dès le premier instant de lecture. Collin cite, pêle-mêle, sans souci de chronologie d'ailleurs, Tacite, Suétone, Pline, Grégoire le Grand, Froissard, Torquemada, le cardinal de Retz, Dom Augustin Calmet...

  • Quelle lecture même un ami pourra-t-il bien faire de ces pages qui vont dans tant de directions qu'il leur arrive de s'opposer? Il y faut presque un autre soi-même,...
    Car on n'y verra pas un seul ton, une seule volonté orientant l'écriture : le sentiment qui les a dictées, c'est celui d'un esprit dont les variations épousaient celles des choses, - joyeux de loin en loin, et triste souvent. ( ... ) Sache que je ne pourrai mettre fin à cet ouvrage qu'au moment où tu apprendras que je me suis acquitté avec la mort des peines de la vie. En attendant, je poursuivrai le chemin que j'ai pris, et la route ne s'achèvera pour moi qu'avec la fin du jour.

  • Le repos religieux

    Pétrarque

    Le traité du Repos religieux complète celui de la Vie solitaire, rédigé un an auparavant (1346), ou plutôt lui donne rétrospectivement l'assise d'une réflexion sur les notions de loisir, de vacance et de repos, nécessaires à la fondation d'une vie qui soit réellement la vie et ne se perde pas dans le faux prestige des activités extérieures.
    Comme le livre précédent, il entend poser une question à la fois très simple et très vertigineuse : comment vivre ? Quelle forme donner à la vie ? Pour y répondre, ce traité rempli d'exhortations, d'adresses à soi-même, d'invectives, où bien des tons et des paysages intérieurs se succèdent, nous livre une méditation persévérante, rythmée, forcenée parfois, sur le célèbre verset du Psaume 45, " Vaquez et voyez que je suis Dieu " : notre fin la plus haute, c'est la vacance et le repos, l'otium.
    Otium pourrait tout autant se traduire par " liberté ", sur laquelle notre époque aurait aussi à méditer.

  • L'Afrique

    Pétrarque

    L'Afrique, épopée sur les exploits de Scipion, jeune général romain en lutte contre Hannibal le Punique, reste une oeuvre éminemment déconcertante et méconnue : Pétrarque y définit un nouveau projet épique, une symbiose entre histoire et poésie, réalité et fiction, où religion chrétienne et religion antique ne se heurteraient pas. Tous les personnages, quelle que soit leur importance, concourent à cette audacieuse entreprise qui tiendra longtemps Pétrarque en souci. Car c'est en chacun d'eux que se livre la bataille opposant Rome et Carthage : Magon, le barbare punique, qui meurt en confessant ses fautes ; Masinissa, prince berbère, mais profondément séduit par les valeurs qu'incarnent les Romains ; le vertueux Scipion, aux prises avec l'amour qui fait irruption dans sa vie ; Sophonisbe, qui préfère devancer la mort plutôt que de finir ses jours en captive sous le joug de l'oppresseur dans l'épopée masculine, le féminin fait irruption et bouleverse l'ordre établi. Le conflit ébranle aussi l'Olympe : Jupiter hésite à prendre parti, le temps n'est pas encore venu pour intervenir dans l'histoire humaine, bien qu'il soit déjà décidé à revêtir une forme mortelle pour sauver le monde... Écrite en réaction contre la grande poésie épique du XIIe siècle, l'Afrique est un tissage complexe de diverses influences textuelles, tant classiques que médiévales. Pour la première fois, ce texte étrange et somptueux devient enfin disponible en édition bilingue.

  • Sans titre

    Pétrarque

    Essentiellement animées par une polémique morale et littéraire, dix-neuf lettres témoignent de l'indignation de leur auteur face aux manquements de l'Église et de la Curie, accusées d'avoir trahi leur origine, leur mission et l'esprit évangélique, de s'enfoncer dans les vices et de faire d'Avignon, leur nouveau siège, l'Égout de l'univers, la nouvelle Babylone. C'est de l'intérieur de cette cité funeste que Pétrarque s'indigne : il voit et entend chaque jour, en témoin privilégié, des monstruosités qu'il lui faut dénoncer. Bien qu'aux dires mêmes de l'auteur, la cité d'Avignon serait un splendide sujet de tragédie, il préfère adresser ce recueil de lettres, écrites en diverses circonstances et à différents destinataires, y compris fictifs certaines d'entre elles ont été écrites pour compléter l'ouvrage la postérité. Que les hommes cultivés des siècles à venir sachent observer le passé pour en tirer avertissements et enseignements.

  • Lettres

    Hildegarde

    Ce volume contient une soixantaine de lettres de la volumineuse correspondance de Hildegarde de Bingen qui compte plus de quatre cents courriers. L'époque est troublée. l'Eglise est déchirée par les schismes et le pouvoir temporel tente de gouverner l'Eglise : l'empereur germanique nomme lui-même les papes ; le roi d'Angleterre entre en conflit ouvert avec l'Eglise, et Rome et ses papes s'insurgent. Partout les hérésies fleurissent dont ces Cathares qui prêchent une foi nouvelle. Les couvents sont bien souvent pris en tenailles entre l'influence des nobles provinciaux et leurs autorités ecclésiales. Dans son monastère aux environs de Bingen, Hildegarde, porteuse d'une réalité qui la dépasse, refuse jusqu'au bout de se plier aux règles du monde : elle admoneste, s'insurge contre l'injustice et la simonie, dépasse les limites théoriquement permises aux filles d'Eve, résiste envers et contre tout, au mépris parfois des règles ecclésiales et des conventions mondaines.

  • En 1637, la célèbre Ursuline Jeanne des Anges délivrée de ses démons sort de Loudun. Surin, son exorciste, se boucle dans l'aventure diabolique : il est dès lors et pour dix-huit années, soumis à ce qu'il appellera plus tard des « tourments » que les autres reconnaissent comme symptômes de sa folie. Pendant dix-huit années, Surin est presque paralysé et dans l'incapacité d'écrire. Ce « temps de grandes ténèbres » semble se dissiper à partir de 1647. Entre entre 1653 et 1655, il rédige une oeuvre spirituelle abondante, entièrement tournée vers les grandeurs divines, considérée comme particulièrement représentative du courant mystique de la première moitié du XVIIe siècle.
    Cette édition est une édition scientifique des textes parus en 1987 dans la même collection.

  • Le monde entier a toujours voulu posséder des fragments des saintes reliques. Au cours des siècles ces reliques furent fragmentées à l'infi ni et distribuées dans toute l'Europe. Dans ses rendezvous avec les notables de l'Église, Rohault de Fleury porte ses instruments dans sa mallette : un pied à coulisse, un double décimètre, un compas, une balance de précision et quelques fi oles énigmatiques.
    De sanctuaire en sanctuaire, muni de toutes les autorisations et renseigné sur l'historique du dépôt des saintes reliques, tradition et légende mêlées, notre homme opère ses calculs et ses vérifi cations.
    Millimètre après millimètre, milligramme après milligramme, il n'est pas une parcelle du bois sacré qui échappe à la traque métrique, ainsi des clous, du suaire, des épines de la couronne.

  • " Le Traité des instruments de martyre, oeuvre de l'oratorien Antonio Gallonio, a été publié en italien en 1591 et aussitôt traduit en latin par l'auteur lui-même.
    La première édition française date de 1659. Ce livre, très populaire, a été maintes fois réédité au cours du XVIIe et du XVIIIe siècle. Nous reprenons la traduction française modernisée publiée en 1904. L'ouvrage n'a pas été réédité en France depuis cette date. Ce Traité qui prend appui sur les Actes des martyrs et sur les témoignages d'écrivains contemporains des persécutions, se présente comme un répertoire exhaustif, minutieusement documenté, des différents modes de torture appliqués aux chrétiens des premiers siècles.
    Tout l'art de l'auteur se concentre sur les appareils et les procédés mis en oeuvre dans les supplices. Hors de tout pathos, l'horreur naît de l'objectivité imperturbable avec laquelle les choses sont dites. Le texte a toute la froideur d'une encyclopédie et toute l'application d'un constat d'huissier. On apprend, de cette façon, quels furent les raffinements technologiques inventés par les tortionnaires, depuis la croix qui fut l'instrument du sacrifice de Jésus jusqu'au taureau d'airain et à la série des grils et des chevalets.
    Tout ce que l'on peut savoir sur l'éventrement, l'égorgement, les marques de fer, l'arrachage de la langue ou des seins est ici donné à lire pour l'instruction des fidèles sans commentaires édifiants ni envolées lyriques. Les gravures de Tempesta, de superbe facture baroque, illustrent le Traité de Gallonio qu'elles entraînent dans leur sillage esthétique. " C. L.-C.

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