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Zulma
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Logn est biochimiste, spécialisée dans les cellules, les plus petits éléments du corps humain. Elle a 61 ans, s'est toujours sentie femme mais est née dans un corps d'homme. Longtemps elle a tenté de s'en accommoder, s'est parfois habillée en femme, a parfois couché avec des hommes, a été DJ dans un bar gay. Puis elle s'est mariée avec Sonja, a eu un fils, qui lui-même est devenu adulte. Et soudain c'est devenu intolérable, à se jeter dans l'océan pour ne plus jamais reparaître : elle ne veut pas, quand la mort la rattrapera, que son cercueil se referme sur un corps qui ne lui correspond pas. Divorce, traitement hormonal, et bientôt, elle l'espère, l'opération du bas. À son âge ? Sa famille l'a rejetée, ses soeurs refusent qu'elle porte le prénom de leur grand-mère Guðriður. Son seul soutien est son frère jumeau, Trausti, qui passe la voir tous les jours et l'appelle pour lui souhaiter bonne nuit. Il veille sur elle. Face au désarroi d'avoir perdu un frère, il ne peut prendre le risque de perdre aussi sa soeur.
Avec délicatesse, une pudeur salvatrice et une poésie de chaque instant, DJ Bambi s'attache aux questions d'identité, aux marginalités et au temps qui passe, en une merveilleuse ode au genre féminin. -
Alba rentre d'un colloque de linguistes à l'étranger. Passionnée par les langues minoritaires et par la puissance évocatrice des mots, elle est aussi relectrice-correctrice, et le manuscrit d'un jeune poète l'attend, un ancien étudiant avec lequel elle a eu une aventure. En atterrissant à Reykjavík, elle s'interroge sur tous ses voyages dans les coins les plus reculés du monde. Combien d'arbres lui faudrait-il planter chaque année pour compenser son empreinte carbone ? Des langues sont en voie d'extinction, mais en Islande les arbres ont déjà disparu.
Sur un coup de tête, elle achète un terrain de sable noir et de lave, au fin fond de l'Islande aride et désertique, avec une maison délabrée. Rien n'est censé pousser là, mais Alba décide de passer à l'action. Elle change de vie, quitte la ville et les cercles littéraires pour planter des bouleaux, cultiver un potager. Elle se lie aux villageois et accueille Danyel, un jeune réfugié.
Ode à la langue islandaise et au retour à la nature, Éden est un roman plein de fraîcheur, tout en simplicité et en délicatesse. -
Le jeune Arnljótur va quitter la maison, son frère jumeau autiste, son vieux père octogénaire, et les paysages crépusculaires de laves couvertes de lichens. Sa mère a eu un accident de voiture. Mourante dans le tas de ferraille, elle a trouvé la force de téléphoner aux siens et de donner quelques tranquilles recommandations à son fils qui aura écouté sans s'en rendre compte les dernières paroles d'une mère adorée. Un lien les unissait : le jardin et la serre où elle cultivait une variété rare de Rosa candida à huit pétales. C'est là qu'Arnljótur aura aimé Anna, une amie d'un ami, un petit bout de nuit, et l'aura mise innocemment enceinte. En route pour une ancienne roseraie du continent, avec dans ses bagages deux ou trois boutures de Rosa candida, Arnljótur part sans le savoir à la rencontre d'Anna et de sa petite fille, là-bas, dans un autre éden, oublié du monde et gardé par un moine cinéphile. D'un réalisme sans affèterie, tout l'art d'Audur Ava réside dans le décalage de son personnage, candide, cocasse et tendre. Cette insolite justesse psychologique, étrange comme le jour austral, s'épanouit dans un road movie dont notre héros sort plus ingénu que jamais, avec son angelot sur le dos.
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La Vérité sur la lumière
Audur Ava Olafsdóttir
- Éditions Zulma
- Littérature
- 7 Octobre 2021
- 9791038700642
Dýja descend d'une lignée de sages-femmes islandaises. Seules sa mère et sa soeur y échappent : l'une travaille dans les pompes funèbres, l'autre est météorologue - naître, mourir, entre les deux quelques tempêtes. Elle aide à mettre au monde son 1922e bébé, et note à quel point le plus difficile est toujours de s'habituer à la lumière. Alors qu'un ouragan d'une force inouïe menace l'île, elle apprivoise l'appartement mal fichu hérité de sa grand-tante, avec ses meubles qui font doublon, des ampoules qui clignotent sous la menace d'un court-circuit et un carton à bananes rempli de manuscrits. La transmission sera aussi littéraire, Tante Fífa ayant poursuivi le grand oeuvre de l'arrière-grand-mère : recueillir les récits, pensées et témoignages des sages-femmes (« mères de la lumière » en islandais) qui parcouraient la lande sous le blizzard et dans la nuit noire. Aujourd'hui comme hier, le fil ténu qui relie à la vie est aussi fugace et fragile qu'une aurore boréale. Sous la mansarde, au dernier étage de l'immeuble, un touriste australien égaré semble venu des antipodes simplement pour réfléchir. Décidément, l'être humain reste l'animal le plus vulnérable de la Terre. Drôle, poétique et grave, le nouveau roman d'Auður Ava Ólafsdóttir est une splendeur.
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Islande, 1963 - cent quatre-vingt mille habitants à peine, un prix Nobel de littérature, une base américaine, deux avions transatlantiques, voilà pour le décor. Hekla, vingt et un ans, emballe quelques affaires, sa machine à écrire, laisse derrière elle la ferme de ses parents et prend le car pour Reykjavík avec quatre manuscrits au fond de sa valise. Il est temps pour elle d'accomplir son destin : elle sera écrivain.
Sauf qu'à la capitale, on lui conseille de tenter sa chance à l'élection de Miss Islande au lieu de perdre son temps à noircir du papier. Entre deux petits boulots, Hekla se réfugie chez Ísey, amie d'enfance convertie en mère de famille par un amour de vacances. Ou auprès de Jón John, fils illégitime d'un soldat américain qui rêve de quitter son île pour vivre de stylisme et de l'amour d'un autre homme...
Avec la sensibilité, l'humour et la délicatesse qui lui sont si personnels, Auður Ava Ólafsdóttir interroge dans son sixième roman la relation de deux pionniers qui ne tiennent pas dans les cases, prisonniers d'un monde lilliputien et conservateur. Miss Islande est un magnifique roman sur la liberté, la création et l'accomplissement. -
Il se souvient de la villa qui donnait sur la mer, et de son opulent jardin : il y soignait iris et cattleyas, trompettes des anges, glaïeuls et pulmonaires. Gardien de ses meilleures années, témoin discret et impartial, le vieux jardinier raconte : le jeune couple, beau et fortuné, leurs amis toujours plus nombreux, les baignades et les après-midi langoureux. Le nouveau voisin. L'Espagne des années 1920 rayonnait pour eux d'insouciance et d'oisiveté. Ils semblaient s'amuser de tout, et pourtant leur monde s'effritait. Les grandes fêtes qui laissaient le jardin fleuri dévasté n'en étaient-elles pas le présage ?
Dans un fascinant mélange d'émotion et de détachement, un savoureux luxe de détails et de non-dits, se déroule comme un mélodrame au ralenti. Le Jardin sur la mer est le roman inédit, délicat et éblouissant, de la grande dame des lettres catalanes. -
Les enfants de la forêt aux rennes
Kristin Omarsdóttir
- Éditions Zulma
- Littérature
- 5 Février 2026
- 9791038704121
Dans un pays sans nom se niche la ferme des Enfants de la Forêt aux rennes. Là, des poupées prennent vie, un pantin désarticulé écrit un traité de philosophie et un ancien danseur étoile vient réparer son coeur brisé. Et puis il y a Billie, qui tente de naviguer dans le monde curieux des adultes.
C'est sans compter sur l'arrivée de Rafael, qui ne veut plus être soldat. Qui est-il, ce jeune homme qui a toujours rêvé d'être fermier et de tenir une poule dans ses bras ?
Peu à peu, Billie et Rafael s'apprivoisent. Pourtant, quelque part au-delà des montagnes, une guerre se déroule toujours. Bientôt d'étranges visiteurs pointent le bout de leur nez : Pétur le parachutiste malchanceux, deux inspecteurs des impôts un peu trop zélés, une nonne peut-être espionne ou encore Isak le berger. Gare à ceux qui osent troubler la solitude des Enfants de la Forêt aux rennes !
Une fable moderne, drolatique et grinçante. -
Dans le vacarme ordinaire d'un réveillon à Reykjavík, entre feux d'artifice et bouchons de champagne, Maria n'entend rien de ce que Floki, son mari, lui annonce. Grave décision longtemps mûrie : il la quitte pour un autre. Car la personne qu'il aime n'est autre que son collègue à l'Institut de recherche mathématique où ils mènent tous deux des investigations sur la théorie du chaos. Jusqu'à cette heure précise, Maria était encore une jeune femme rayonnante, flanquée d'adorables jumeaux, dans l'impeccable félicité de sa petite famille.
Passé la stupeur et le désarroi commence pour la narratrice l'enchaînement quasi inéluctable des états psychologiques liés à la séparation. Mais dans la nuit de l'hiver polaire, Perla est là, charitable voisine d'à peine un mètre vingt, co-auteur de romans policiers et conseillère conjugale. Comme les lutins des sagas, Perla surgit à tout moment de son appartement de l'entresol pour secourir fort à propos la belle géante délaissée, dont les mésaventures répondent étrangement au traité sur le bonheur matrimonial qu'elle est en train d'écrire...
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1780, Port-au-Prince. La « bonne société » coloniale de Saint-Domingue vit au rythme des saisons théâtrales, insouciante, et inconsciente de la décennie qui s'avance.
Minette et Lise sont filles d'une ancienne esclave affranchie, une pacotilleuse de la rue Traversière. Le jour où une voisine, chanteuse d'opéra à la Comédie royale, l'entend chanter, Minette voit son destin basculer. Elle est une « sang-mêlé », et si elle n'est pas une esclave, elle n'a pas non plus les mêmes droits que les blancs. Bravant les interdits et grâce à son talent, elle va devenir la première comédienne « noire » à se produire sur scène. Une révolution, initiatrice de l'insurrection à venir : passionaria en herbe, Minette se confronte à tous les combats, découvre l'ampleur des injustices, lutte contre les inégalités, résiste bientôt avec ceux qui aident clandestinement les « marrons », les esclaves en fuite. Dans cette société en ébullition à la veille de la Révolution française, Minette se heurte à ses propres contradictions lorsqu'elle découvre que son amant, un affranchi qui oeuvre contre les colons, est lui-même propriétaire d'esclaves. Au coeur de la nuit, le son du lambi déchire l'air, et partout la révolte gronde.
La Danse sur le volcan est unique : unique roman à s'immerger dans les méandres de cette odieuse hiérarchie coloniale et à décrire l'Histoire en marche. Saint-Domingue est la seule colonie française où l'esclavage sera aboli avant même que le décret soit promulgué ; de sanglantes batailles aboutissent à son indépendance en 1804 sous le nom d'Haïti. La Danse sur le volcan est aussi le magnifique et tragique portrait d'une héroïne flamboyante, sensuelle et passionnée. -
À l'époque des shôguns Tokugawa, dans le comté d'Awa, riche de son monopole sur la production d'indigo. Le maître teinturier Yamatoya Moémon, qui en détient le secret, vient de sauver la vie d'un tanuki. Aussi, lorsque l'infâme intendant du gouverneur le menace d'enlever sa fille Omiyo, le redevable tanuki accourt pour lui porter secours - et se transforme en son jeune employé, sous le nom de Chôkichi. Omiyo tombe raide amoureuse de Chôkichi, qui partage sa flamme. Mais le « jeune homme » bien sous tous rapports garde ses distances ; et pour cause : un tanuki ne peut s'unir avec une humaine, sous peine de causer sa mort. Une seule issue pour Chôkichi : s'inscrire à l'université Tanuki pour y décrocher le grade le plus élevé de son espèce, qui l'autorisera à se transformer en humain. Entre joute de mystifications, concours de mégapatalouffes et match de pelball contre les renards, bien des épreuves l'attendent...
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Une professeur de lettres anglophones, contrainte de quitter l'université de Téhéran pour avoir refusé de porter le voile, réunit sept de ses étudiantes pour des cours clandestins de littérature, dans l'intimité de son salon, en pleine République islamique des années 1990. Sept jeunes femmes qui sont pour certaines conservatrices et religieuses, d'autres laïques et progressistes, voire ont déjà été emprisonnées. Ensemble, étudiantes et professeur vont lire et parler de Gatsby de Fitzgerald, Lolita de Nabokov, Orgueil et préjugés de Jane Austen... en s'interrogeant : ces romans sont-ils subversifs, ou est-ce le fait de les lire, en Iran, en 1995, qui est subversif ?
Elles découvrent avec passion le pouvoir de la fiction et ses répercussions sur leur vie personnelle, leurs péripéties, leur quotidien sous la République islamique.
Paru en 2003 aux États-Unis et 2004 en France, Lire Lolita à Téhéran provoqua une déflagration. Vingt ans plus tard, il n'a rien perdu de sa pertinence. -
Fiodor Pavlovitch Karamazov eut trois fils - et les abandonna tous les trois. Un premier mariage lui a permis d'accéder au statut de propriétaire terrien, mais il vit dans les orgies et la luxure, sans principes, alcoolique et débauché, et sans s'encombrer d'enfants qu'il semble avoir oubliés : Dmitri, né d'une première union, un jeune homme fêtard et dispendieux, persuadé d'hériter un jour d'une confortable fortune ; Ivan, érudit, orgueilleux, se fait un nom dans les colonnes de journaux ; Alexeï, sincèrement bon, chaste et pur, reçoit une révélation spirituelle qui l'éblouit tant qu'il devient moine auprès du starets Zossime. Le quatrième, Smerdiakov, le fils illégitime, connaît un parcours encore tout autre. Chacun a de bonnes raisons de haïr son père, de vouloir le faire payer - au sens propre - et autant de bonnes raisons de le tuer. Or Fiodor est bel et bien assassiné. Mais par lequel de ses fils ?
Drame social, familial et moral, Les Frères Karamazov dépeint une Russie à son apogée, et explore les questions philosophiques, religieuses, et existentielles chères à son auteur. Dostoïevski, maître du suspense, livre une oeuvre magistrale, un roman révolutionnaire, et confirme par le ton presque oral de la narration et par la construction même à quel point, jouant avec le lecteur dès le prologue, il fut visionnaire dans sa maîtrise de l'art du récit.
Une toute nouvelle traduction par l'excellente Sophie Benech nous permet de rencontrer enfin la voix du génial écrivain russe. -
" Mon neveu Marteinn est venu me chercher à la maison de retraite. Je vais passer le plus clair de l'été dans une chambre avec vue plongeante sur la ferme que vous habitiez jadis, Hallgrímur et toi. " C'est ainsi que Bjarni Gíslason de Kolkustadir commence sa réponse - combien tardive - à sa chère Helga, la seule femme qu'il aima, aussi brièvement qu'ardemment, du temps de sa jeunesse.
Et c'est tout un monde qui se ravive : entre son élevage de moutons, les pêches solitaires, et sa charge de contrôleur cantonal du foin dans ces rudes espaces que l'hiver scelle sous la glace, on découvre l'âpre existence qui fut la sienne tout au long d'un monologue saisissant de vigueur. Car Bjarni Gíslason de Kolkustadir est un homme simple, taillé dans la lave pétrifiée de sa terre d'Islande, soumis aux superstitions et tout irrigué de poésie, d'attention émerveillée à la nature sauvage.
Ce beau et puissant roman se lit d'une traite, tant on est troublé par l'étrange confession amoureuse d'un éleveur de brebis islandais, d'un homme qui s'est lui-même spolié de l'amour de sa vie.
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À son retour d'un éprouvant voyage - il a la phobie des avions - un écrivain turc renommé se voit proposer en héritage un bien étrange legs : sur les hauteurs verdoyantes de Dragos, quartier d'Istanbul qui surplombe le Bosphore, l'attend la Maison aux livres, une bibliothèque de plus de trente mille ouvrages, rassemblés dans un écrin de verre au milieu d'un vaste domaine arboré. À l'écart, un petit cabanon invite à la lecture et la contemplation. Flatté, déjà séduit mais inquiet, l'heureux élu doit-il accepter l'héritage ? Peut-il le refuser ? Et pourquoi lui ? Obsédé par le dilemme, l'écrivain passionné par les livres tisse un subtil lacis de réflexions sur son histoire, sa relation à l'écrit, son lien aux autres et à l'autre.
Dans le dédale des rayonnages, livre après livre, notes après notes, se dessine le parcours d'un unique lecteur, le mystérieux donateur et l'architecte de cette fascinante bibliothèque. Comment ne pas succomber à un tel trésor ? Mais l'envoûtante Maison aux livres, comme un système solaire où gravitent lunes et planètes, prend bientôt toute la place, ogresse prête à dévorer ce qui reste des nuits...
Une ode à la lecture, au livre, à la bibliothèque - une exquise et délicate déclaration d'amour. -
Si seulement elle était née ailleurs, aux États-Unis ou en Scandinavie ! Elle aurait envoyé balader sa mère... Mais dans les Balkans, on n'échappe pas à sa famille. Résultat des courses, la voilà embarquée dans la vieille Golf déglinguée du cousin Stojan pour assister aux funérailles de tante Stana. Sauf que rien ne se passe comme prévu, entre tonton Loir accroché à sa bouteille d'eau-de-vie, la Popesse, fausse dévote au regard diabolique, et Mileva qui tire à boulets rouges sur tous les convives... Ils n'ont qu'une idée en tête : récupérer une part du magot pour se sortir de leur bourbier.
Roadtrip déjanté et parfaitement maîtrisé, Dans le fossé pousse la saga familiale au comble de l'extravagance et de l'absurdité. Un petit bijou d'humour noir. -
C'est la belle histoire d'une femme libre et d'un enfant prêté, le temps d'une équipée hivernale autour de l'Islande par la route côtière.
En ce ténébreux mois de novembre islandais, exceptionnellement doux au point de noyer l'île sous les pluies et les crues, la narratrice, qui ne cesse de se tourner elle-même en dérision, voit son mari la quitter sans préavis et sa meilleure amie, Audur, lui demander de s'occuper, pour au moins une saison, de son fils de cinq ans.
Pourtant la chance sourit à l'amie d'Audur : elle gagne un chalet d'été et une petite fortune au loto. À la suite de sa rupture, elle aurait préféré accomplir un voyage consolateur à l'étranger mais, bonne nature, elle est incapable de refuser quoi que ce soit à qui que ce soit, hommes ou femmes. Elle partira tout de même, pour un tour de son île noire, avec Tumi, le fils d'Audur, étrange petit bonhomme, presque sourd, mutique, et avec de grosses loupes en guise de lunettes.
Roman d'initiation s'il en fût, l'Embellie ne cesse de nous enchanter par cette relation de plus en plus cocasse, attentive, émouvante entre la voyageuse et son minuscule passager. Ainsi que par sa façon incroyablement libre et allègre - on pourrait dire amoureuse - de prendre les fugaces, burlesques et parfois dramatiques péripéties de la vie, sur fond de blessure originelle. Et l'on se glisse dans l'Embellie avec une sorte d'exultation complice qui ne nous quitte plus, longtemps après en avoir achevé la lecture.
Il y a chez la grande romancière islandaise - dont on garde en mémoire le merveilleux Rosa candida - un tel emportement rieur, une telle drôlerie des situations comme des pensées qui s'y attachent, que l'on cède volontiers à son humour fantasque, d'une justesse décapante mais sans cruauté, terriblement magnanime. Vrai bain de jouvence littéraire, ses romans ressemblent à la vie. -
« Elle » fait bon vivre en Égalie. La présidente Rut Brame travaille nuit et jour à la bonne marche de l'État, quand son époux Kristoffer veille avec amour sur leur foyer. Il y règne d'ailleurs une effervescence toute particulière : à quinze ans, leur fils Pétronius s'apprête à faire son entrée dans le monde. Car voici enfin venu le bal des débutants.
Mais l'adolescent, grand et maigre, loin des critères de beauté, s'insurge contre sa condition d'homme-objet. Dans l'impossibilité de prendre son indépendance, il crée presque malgré lui un mouvement qui s'apprête à renverser le pouvoir matriarcal en place. L'avenir de la cité radieuse est amené à changer... pour le meilleur et pour le pire.
Avec Les Filles d'Égalie, Gerd Brantenberg signe une dystopie féministe et résolument provocatrice. L'auteure renverse littéralement les codes de la société patriarcale : les femmes ont tous les pouvoirs, et la langue s'en ressent.
Le féminin, omniprésent, l'emporte systématiquement sur le masculin, faisant apparaître de nouveaux mots qui soulignent avec une ironie mordante l'oppression invisible qui règne sur la gente féminine. Brûlant d'actualité et débordant d'humour, Les Filles d'Égalie, le grand roman féministe norvégien du XXe siècle, est enfin traduit en français.
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Se décrivant lui-même comme un « homme de quarante-neuf ans, divorcé, hétérosexuel, sans envergure, qui n'a pas tenu dans ses bras de corps féminin nu - en tout cas pas délibérément - depuis huit ans et cinq mois », Jónas Ebeneser n'a qu'une passion : restaurer, retaper, réparer. Mais le bricoleur est en crise et la crise est profonde. Et guère de réconfort à attendre des trois Guðrún de sa vie - son ex-femme, un joli accident de jeunesse, sa fille, spécialiste volage de l'écosystème des océans, et sa propre mère, ancienne prof de maths à l'esprit égaré, collectionneuse des données chiffrées de toutes les guerres du monde... Doit-il se faire tatouer une aile de rapace sur l'omoplate ou carrément emprunter le fusil de chasse de son voisin pour en finir à la date de son choix ?
Autant se mettre en route pour un voyage sans retour à destination d'un pays abîmé par la guerre, avec sa caisse à outils pour tout bagage et sa perceuse en bandoulière.
Ör (« Cicatrices ») est le roman poétique et profond, drôle, délicat, d'un homme qui s'en va - en quête de réparation.
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Le corbeau qui m'aimait
Abdelaziz Baraka Sakin
- Éditions Zulma
- Littérature
- 4 Septembre 2025
- 9791038703506
En voyage en Autriche, Nour tombe sur Adam : une âme égarée en guenilles, fin comme une tige de bambou, les yeux noyés de crack et de bière bon marché. Ils étaient comme des frères, pleins de projets et de rêves, à leur départ du Soudan et sur la périlleuse route des Fourmis. Mais Adam ne le reconnaît pas - et disparaît. Il est retrouvé mort quelques jours plus tard, sur la route du retour, comme rentrant au pays. Une folie.
Nour et tous ceux qui l'ont croisé racontent qui était Adam, l'homme qui parlait aux corbeaux. Eva, qui l'héberge à Graz sur un coup de tête ; Michaël, le technicien de cirque italien qui les emmène en voiture à Zagreb puis en Hongrie sans se faire payer ; Ibrahim qui les initie aux codes et usages de la Jungle ; le forgeron syrien devenu passeur ; et puis Zahra avec son bébé, Zahra dont Adam tombe amoureux, Zahra dont le talisman dérisoire, une rose blanche en plastique, ne le quittera jamais. En tous, il laisse un vide éternel.
Véritable immersion dans la Jungle de Calais, zone de non-droit où se regroupent sans se mêler les communautés venues d'Afrique, du Moyen-Orient ou d'Asie centrale, où la poésie sait aussi se nicher au détour d'une tentative de traversée en ballon ou d'une rupture scellée par la cruche de terre cuite brisée à quatre mains, Le corbeau qui m'aimait est un roman sensible, engagé et humaniste. -
L'automne est la dernière saison
Nasim Marashi
- Éditions Zulma
- Littérature
- 12 Janvier 2023
- 9791038701564
Dans le brouhaha des rues agitées de Téhéran, Leyla, Shabaneh et Roja sont à l'heure des choix. Trois jeunes femmes diplômées, tiraillées entre les traditions, leur modernité et leurs désirs.
Leyla rêve de journalisme ou de devenir libraire. Son mari, pourtant aimant et attentionné, a émigré sans elle. A-t-elle eu raison de ne pas le suivre et de rester ? Shabaneh est courtisée par son collègue, qui voit en elle une épouse parfaite. Comment démêler si elle l'aime, si elle peut se résoudre à abandonner son frère handicapé, alors qu'elle en est l'unique protection ? Roja, la plus ambitieuse, travaille dans un cabinet d'architectes, et s'est inscrite en doctorat à Toulouse - il ne manque plus que son visa, passeport pour la liberté. Vraiment ?
La solution est-elle toujours de partir ?
En un été et un automne, elles vont devoir décider. D'espoirs en incertitudes, de compromis en déconvenues, elles affrontent leurs contradictions entre rires et larmes, soudées par un lien indéfectible mais qui soudain vacille, tant leurs rêves sont différents. L'automne est la dernière saison est une magnifique histoire d'amour et d'amitié, sensible et bouleversante, profondément ancrée dans la société iranienne d'aujourd'hui, et pourtant prodigieusement universelle. -
Le rouge vif de la rhubarbe
Audur Ava Olafsdóttir
- Éditions Zulma
- Litterature
- 1 Septembre 2016
- 9782843047565
Souvent aux beaux jours, Ágústína grimpe sur les hauteurs du village pour s'allonger dans le carré de rhubarbe sauvage, à méditer sur Dieu, la beauté des nombres, le chaos du monde et ses jambes de coton. C'est là, dit-on, qu'elle fut conçue, avant d'être confiée aux bons soins de la chère Nína, experte en confiture de rhubarbe, boudin de mouton et autres délices.
Singulière, arrogante et tendre, Ágústína ignore avec une dignité de chat les contingences de la vie, collectionne les lettres de sa mère partie aux antipodes à la poursuite des oiseaux migrateurs, chante en solo dans un groupe de rock et se découvre ange ou sirène sous le regard amoureux de Salómon. Mais Ágústína fomente elle aussi un grand voyage : l'ascension de la « Montagne », huit cent quarante-quatre mètres dont elle compte bien venir à bout, armée de ses béquilles, pour enfin contempler le monde, vu d'en haut...
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Mais leurs yeux dardaient sur Dieu
Zora neale Hurston
- Éditions Zulma
- Littérature
- 13 Septembre 2018
- 9782843048326
« Janie avait seize ans. Un feuillage vernissé et des bourgeons tout près d'éclore et le désir de prendre à bras-le-corps la vie, mais la vie semblait se dérober. Où donc étaient-elles, ses abeilles chanteuses à elle ? Rien dehors ni dans la maison de grandmaa ne lui répondait. Du haut des marches elle scruta le monde aussi loin qu'elle put, et puis elle descendit jusqu'à la barrière et s'y pencha pour contempler la route de droite et de gauche. Guettant, attendant, le souffle écourté par l'impatience. Attendant que le monde vienne à se faire. » Il ne lui faudra pas moins de trois mariages et trois vies - le vieux Logan Killicks et ses sentiments trop frustes, le fringant Joe Starks et ses ambitions politiques dévorantes, puis la promesse d'égalité, l'étreinte d'amour et le frisson extatique qu'incarne Tea Cake - pour atteindre toute la mesure de son rêve d'émancipation et de liberté. Portrait d'une femme entière, animée par la force de son innocence pour braver la rumeur du monde et se révéler à l'existence, Mais leurs yeux dardaient sur Dieu est un chef-d'oeuvre - et l'un des tout premiers romans écrits par une femme afro-américaine. Un monument de la littérature, aussi percutant aujourd'hui que lors de sa parution aux États-Unis en 1937. À découvrir ou redécouvrir dans une traduction inédite magistrale.
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Il n'a pas de nom. Il ne parle pas. Le garçon est un être quasi sauvage, né dans une contrée aride du sud de la France. Du monde, il ne connaît que sa mère et les alentours de leur cabane. Nous sommes en 1908 quand il se met en chemin - d'instinct.
Alors commence la rencontre avec les hommes : les habitants d'un hameau perdu, Brabek l'ogre des Carpates, philosophe et lutteur de foire, l'amour combien charnel avec Emma, mélomane lumineuse, à la fois soeur, amante, mère. « C'est un temps où le garçon commence à entrevoir de quoi pourrait bien être, hélas, constituée l'existence : nombre de ravages et quelques ravissements. » Puis la guerre, l'effroyable carnage, paroxysme de la folie des hommes et de ce que l'on nomme la civilisation.
Itinéraire d'une âme neuve qui s'éveille à la conscience au gré du hasard et de quelques nécessités, ponctué des petits et grands soubresauts de l'Histoire, le Garçon est à sa façon singulière, radicale, drôle, grave, l'immense roman de l'épreuve du monde. -
Bhupati consacre sa vie au journal anglophone qu'il a fondé. Il en délaisse sa femme, la belle et jeune Chârulatâ, et confie à son cousin Amal, étudiant qu'il héberge, le soin de la distraire... A sa parution, au tout début du XXe siècle, Chârulatâ scandalise la bonne société bengalie. Aujourd'hui, on admire la critique des moeurs, la très subtile tension érotique et, plus singulièrement, les rapports ici clandestins entre séduction et littérature. Ironie et poésie donnent à cette passion inassouvie le charme fou de l'Inde éternelle. Après Quatre chapitres (2004), Chârulatâ est le deuxième roman de Tagore inédit en français publié chez Zulma.