Le Temps Qu'il Fait

  • "Cette pointe n'est pas une invention d'archéologue. Elle a été trouvée par Céline, ma voisine, dans l'herbe où elle faisait courir son chien. De quel musée provient-elle, de quelle collection ? Avec la cote, B11, inscrite sur la pierre. Si ce n'est pas le fossile directeur dont je rêvais, l'objet facilement identifiable qui permettrait d'assurer une datation précise du contexte dans lequel il a été mis au jour, qu'est-ce que c'est ? Une énigme, et il y en aura d'autres.
    Qui vous fourniront des indices, vous guideront dans votre fouille, vous mettront sur la piste de votre nouveau collègue. Occupé à récolter les dernières preuves, il s'est laissé surprendre, et la Médiathèque est devenue grâce à lui un vrai escape game".

  • « Dans les sélections qu'on vous propose, de livres à l'effet feel-good garanti (pour vous évader, vous aérer l'esprit sans sortir de chez vous !), des livres qui vous permettent, mieux que n'importe quelle route de Compostelle, d'aller à la rencontre des autres et de vous- même, de découvrir ce qui constitue la vie, ce bonheur fait de petits instants, vous trouvez, ce n'est pas un hasard, de nombreux titres à rallonge. » Dans cette époque charmante où l'empathie le dispute à la bienveillance, la littérature elle- même se croit des pouvoirs thérapeutiques et les littérateurs se donnent pour mission de consoler, voire de réparer. Ainsi le fell-good book est-il en passe de devenir le plus désirable et le plus prometteur des projets pour l'écrivain d'aujourd'hui - à moins que s'impose pour son ouvrage un titre du genre : C'est le deuxième copain qui se pend à un arbre que j'ai élagué...

  • « De 1937 à 1952, Ismaël et Guy Villéger ont recueilli un million de cassons de vaisselle. Sans savoir au début de quel puzzle ils seraient les pièces, quel décor ils inventeraient. Pour le restaurant, les façades sur rue, sur cour, pour le jardin. Pour la grande salle à manger, et pour les pièces à vivre. Même s'il n'y a personne pour y vivre. Aucun candidat au rachat.
    Les âmes du purgatoire ont beau solliciter nos suffrages. » Denis Montebello aura connu les derniers mois d'existence de ce modeste chef-d'oeuvre, infime monument de l'art populaire, conçu et réalisé par un aubergiste avec l'aide de son fils, au bord de la route dans un village de Charente maritime, comme une invitation aux joies du partage entre vivants. À peine aura-t-il eu le temps de célébrer l'inventivité spontanée de ces deux poètes ( qui « traduisent un texte dont ils ont oublié l'original » ), d'arriver au bout de son récit qu'il apprendra que La Gaieté a été démantelée. Il croyait que son texte comblait les lacunes que le temps avait laissées dans les mosaïques de la façade et voilà que son texte allait devenir tout ce qui reste de l'oeuvre d'une vie...

  • Aller au menu. Comme d'autres aux mirabelles. Cueillir des traces. Des vestiges où mettre ses pas, ses mots. Le peu qui reste des gens de peu, ce qui survit de ces vies minuscules. Dans nos assiettes. C'est tout l'enjeu de ce livre. Un livre aux multiples entrées. Où il arrive qu'on serve entrée et dessert en même temps. Où t'on aime les plats qui offrent une résistance. Où l'on entre dans le détail, avec un goût prononcé pour l'infime.
    Le sans gloire. Où chacun peut naviguer comme il l'entend, au gré de ses préférences. Se composer son menu. Autrement dit une mémoire.

  • En une mosaïque de chroniques tour à tour graves ou légères, Montebello fait le récit de son enfance de petit-fils d'immigré italien dans les Vosges, un "maçon même pas foutu d'avoir sa maison".
    De l'exil imposé à ses aïeux par la misère, il lui reste un héritage profond, fait d'erreurs de langage et d'habitudes alimentaires. Car l'héritage n'est pas si mince que lui ont légué ceux qui n'avaient rien, qui ont fait "de la forêt leur jardin", qui ne savaient pas "habiter autrement qu'en marchant" : à quelques pauvres légendes et banals secrets de famille, il s'ajoute le goût des mots, une savante nostalgie et un humour sans équivalent.
    De quoi composer, en somme, une identité.

  • Une rue Bouboule rencontrée par hasard, prise Dieu sait pourquoi, ou le diable, qui vous dira toujours qu'une allée sans issue conduit forcément de la tonnelle au tunnel, de ces jardins familiaux à la forêt d'enfance, et vous voici avec votre panier en osier et votre couteau suisse. Dans le bois où, proverbe connu de vous seul, on trouve de tout. Et vous vous voyez cherchant dans la mousse et sous les feuilles. Sous la couleur. Cherchant ce qu'elle cache. Qui, sous couleur de chercher, se cache. Accomplissant là, sous vos yeux incrédules, ce qu'il faut bien appeler une révolution. Et néolithique. Là où quelqu'un désormais habite son nom.

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