Syllepse

  • Birmanie : la révolution de printemps Nouv.

    La Birmanie a connu pendant dix ans une période d'ouverture politique inédite, qualifiée de période de transition vers la démocratie. Au pouvoir depuis 1962, l'armée a laissé les élections de 2012, 2015 et 2020 se dérouler dans des conditions relativement acceptables, chacun des scrutins étant remporté par la Ligue nationale pour la démocratie d'Aung San Suu Kyi. Cependant, sa victoire aux élections de novembre 2020 - qui vit le parti représentant les intérêts de l'armée faire un score ridicule - a été pour les généraux la victoire de trop : le 1er février 2021, l'armée décidait d'une reprise en main du pays. Aung San Suu Kyi est arrêtée et une répression sanglante s'ensuit.
    Ce que l'armée n'avait pas anticipé, c'est la formidable résistance que la population allait opposer au putsch : manifestations massives, tentatives de bloquer l'économie pour empêcher les militaires de gouverner (grèves dans les hôpitaux, les banques et les chemins de fer). Des parlementaires ayant échappé aux arrestations mettent sur pied un comité représentatif du Parlement puis un gouvernement d'unité nationale composé à parts égales de Birmans et de représentants des minorités nationales. La rue résiste tandis que certains groupes armés des régions frontalières, où vivent des minorités attachées depuis des décennies à la défense de leurs droits, rejoignent la résistance au coup d'État.
    Ce « Coup pour coup » décrit l'inventivité et le courage d'une population face au règne militaire. Fortement marquée jusque-là par les divisions ethniques et religieuses, la société birmane semble aujourd'hui les dépasser largement, notamment avec le regard nouveau porté sur les musulmans rohingyas, jusquelà considérés comme des étrangers par la plupart de leurs compatriotes.

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