• Sous l'ancien titre publié en 1984 : Ce lieu que les pierres regardent, ce nouveau volume rassemble quatre textes majeurs dans l'oeuvre poétique de Jean-Louis Giovannoni, textes aujourd'hui épuisés et introuvables qui forment le socle d'un premier cycle marqué par une extraordinaire beauté, sobriété et intériorité de l'écriture. Il préfigure la suite de son oeuvre qui, après 1992, aborde toujours le même monde mais sous d'autres angles, et avec d'autres outils. Le recueil rassemble donc : Ce lieu que les pierres regardent, Variations à partir d'une phrase de Friedrich Hölderlin, Pas japonais, et L'Invention de l'espace. Et pour reprendre la parole de Roger Munier en 1984 : « Il est sobre, dépouillé, presque sans images. Mais c'est un chant. Il se tient comme au plus ras du dire, parce qu'il adhère au plus ras des choses, porte sur elles un regard neuf, sans préalable - un regard du commencement. Laissons-nous inquiéter, réveiller, peut-être guider par cette poésie neuve qui vient à l'âge où les dieux sont partis, laissant le monde être le monde... »

  • Douzième livre de poésie de l'auteur, cet ouvrage marque un retour à la poésie de Jean-Louis Giovannoni (il n'avait pas publié de poésie depuis Greffe en 1998) et une profonde évolution dans son écriture poétique.
    Il y poursuit son exploration du corps et de l'intériorité, usant d'une langue « charnue et audacieuse » (A. Bertina), qui se laisse emportée dans un débit verbal et lexical, un flux, comme malaxée au sein d'une expérience physique quasi-archaïque et d'une force incroyable.

  • Six mois durant, le narrateur se rend presque quotidiennement dans la station de métro Saint-Lazare à Paris, avec le projet d'y noter et détailler le mouvement des foules. La méthode se veut rigoureuse, l'approche : scientifique. Le résultat est une dérive folle, une accumulation de chiffres. Il s'agit du relevé, jour après jour, du nombre de corps, puis de bras, d'orteils, d'ongles, de cheveux, qui traversent, arpentent et hantent les tunnels souterrains, jusqu'à la poussière. Et si on allait jusqu'à mesurer les courants d'air, peser les gestes de chacun ? Ce n'est pas une étude, mais une perte, une divagation sans sol, l'angoisse d'un homme qui cherche à rassembler les morceaux de lui-même, éparpillés et dissous dans les couloirs de « l'Échangeur ». Ce journal est celui d'un homme qui creuse en lui des tunnels pour y perdre la foule qui l'habite, son propre attroupement humain. Il arpente ce dédale : en pure volatilisation ? Avec cette fièvre de nommer, de recueillir, à chaque échelle, chaque épaisseur et entre les lignes, une preuve tangible de présence, pour ne pas disparaître. Il déplie les géographies, le dehors et le dedans, les os et les membres. Il dresse un constat, un décompte, une carte, dans une tentative de précision contre la confusion qui le submerge dans les passages de l'échangeur souterrain. Il cherche à tracer le contour, à définir les limites de notre réalité. Plus on avance dans ce journal à la fois autoritaire et inquiet, qui échafaude des certitudes pour se rassurer, pour affirmer un visage solide contre les courants d'air, plus on pénètre profondément les strates successives de la dispersion dans le nombre. Nous sommes victimes de nos dispersions, « les gens changent de corps sans prévenir », notre identité est mouvante, il y a un trou dans le tissu, par où passent et prolifèrent tous les possibles. On rapporte le visage des autres chez soi. Les membres ont leur vie propre, leur gestuelle et leur caractère. La réalité devient élastique. On traverse des corps, migrants perpétuels d'une humanité bourdonnante et diffuse. Dans le « silence de la matière », on ne traverse rien sans perte. Et nous voici soudain indéfinis, poreux, décomposés : perdus. Qui sommes-nous ? Des monstres sous-jacents, des monstres invisibles, des particules de poussière.

  • Le monde est peuplé d'ombres, les nôtres pour la plupart. Nous le traversons, nous déchirant dans l'air qui se referme si vite derrière nous. Notre existence est une succession de disparitions, celles de nos gestes, de nos respirations, de nos mots. Tout ce que nous formulons est immédiatement effacé.
    Nous n'avons d'appui sur rien, coincés à l'intérieur de ces disparitions, incapables de rien retenir.
    L'air cicatrise vite est un livre fantomatique, Jean-Louis Giovannoni est allé en chercher la trace dans ses carnets inexploités, écrits entre 1975 et 1985. On y retrouve les obsessions fragmentées présentes dans Garder le mort (1975), Les mots sont des vêtements endormis (1983), ou Ce lieu que les pierres regardent (1984), mais ici hissées à un point de transparence inédit. Il s'agit de trouver un lieu, un espace respirable. Le monde est plein de son plein, s'engouffre partout, dans nos vides, nos insuffisances, et tout est invisible et nous hante, jusqu'au silence. On voudrait tendre les bras, les autres sont toujours dehors, toujours trop loin, et même les objets sont des absences, même les objets rêvent à notre place. On cherche à tenir bon, contre les murs, contre la multitude évanouie qui s'agite en nous, nous repousse et nous contient, sans identité. Et pourtant nous ne disparaissons pas dans cette fluidité de la perte qui nous échappe, il reste notre présence dans l'air malgré les disparitions successives de nos agitations de vivre ; « seule la perte laisse des traces. »

  • Curieux destin que celui de Garder le mort, premier livre de Jean-Louis Giovannoni, publié en 1975 aux éditions de l'Athanor, réédité dès l'année suivante, le livre en est aujourd'hui à sa sixième édition. Ce succès immédiat, jamais démenti dans le temps, tient paradoxalement à la grande violence du texte, cette violence hypnotique de l'évocation du deuil de la mère. Garder le mort est une opération à coeur ouvert, un livre clinique et bouleversant. Le lecteur n'a pas d'échappatoire, hypnotisé par le scalpel d'une écriture qui révèle la peur. Jean-Louis Giovannoni interroge l'élasticité du corps, masse fermée devant soi, masse fermée en soi. Livre de la chair, du noir, des humidités. Livre du dégoût : livre qui a retourné la pudeur. Nos organes, nos moignons, nos glandes, tout cela enfermé dans le noir. Nos contractions, nos mouvements embarrassés du corps face au corps inerte. Poète légiste :
    « on ne peut pas se fuir ». Corps posé dans les pièces froides, derniers mouvements de vie à l'intérieur, Giovannoni mesure sa crispation contre la nôtre. On lui ferme les yeux et la bouche, on le lave, on l'habille, on le veille. On vit dans les odeurs. C'est le rituel silencieux du côtoiement de la mort, le passage suffoquant vers la parole retrouvée. Plus qu'un livre unique, Garder le mort est un livre seul.
    Cette édition définitive présente, à la suite du texte original, une version préparatoire de Garder le mort, ainsi que des poèmes inédits écrits juste après la parution du livre.

  • Qu'est-ce qui se dissimule sous le seuil ? Quelles réalités nichées dans les interstices, vies invisibles qui se tiennent à côté de nous, imperceptibles et silencieuses. Nuisibles, insectes, envahisseurs, Jean-Louis Giovannoni explore l'espace de nos rejets et de nos cruautés en une succession de tableaux où la vie des insectes et celle des hommes se retrouvent mises sur un même plan. Déployant une vision superfocalisée de nos vies intérieures, qui fourmillent de ce qu'on refuse de voir, par dégoût ou par peur. Dans cette dilution de l'identité, où toute vie est posée sur la même valeur, le texte petit à petit, depuis l'araignée qui tisse sa toile à la blatte qui pond ses oeufs, en passant par les coïts juxtaposés de jeunes adolescents et de mantes religieuses, déplace de façon bouleversante notre rapport aux limites de notre incarnation. Nos gestes n'ont pas plus de sens au final que celui de ces « nuisibles » qui semblent agir par pur instinct, et leur violence, leur rapport à la mort, peut-être plus doux que le nôtre, qui ne se débarrasse jamais de la cruauté. Dans ce texte polyphonique, Jean-Louis Giovannoni réussit le tour de force de déplier notre conscience du vivant, déployant le tableau sans morale d'existences multipliées.

  • Tout tient dans l'air sans qu'il y ait besoin d'appui. Passerelle sans aucune rive. Passerelle entièrement aérienne d'où tu ne pourras pas te jeter. Le malheur veut que tous ceux qui passent par-dessus la balustrade ne tombent jamais. Leur vient toujours sous les pieds une autre passerelle.

    Tu dis que tu aimerais te jeter, passer par-dessus la rambarde, alors que c'est le sol que tu cherches inlassablement.

    Ni l'un ni l'autre ne viennent. Ni la chute ni le sol.

    Avec cela attends-tu toujours que l'on te sauve ?

  • « Envisager est un titre à prendre au pied de la lettre, c'est l'acte de « prendre visage », d'emménager chez l'autre, d'entrer sous les portraits du peintre Gilbert Pastor. Cette nouvelle exploration de sa peinture, entamée par l'auteur en 1996 dans Chambre intérieure (titre épuisé aux éditions Unes), n'est finalement qu'un nouvel angle d'approche, ou un fil conducteur pour revenir sur ce thème récurrent et inépuisable dans son oeuvre qu'est celui du corps et du visage dans leur rapport intériorité-extériorité, une approche dans laquelle tout l'univers de Giovannoni se déploie avec une rare intensité, retenue, tension, angoisse, singularité. Le corps est bien là, et le visage aussi, dans son effroi, captif et traversé par l'étrangeté de son regard. Un grand moment de poésie...


  • Que vienne mon tour et tu verras, ô grande bouche, de quel
    velours je suis fait. Avec moi, tu ne connaîtras jamais plus
    la nuit ni l'obscur du corps, mais une blancheur, une
    blancheur éternelle.
    Vil, veule, velléitaire, bêlant, le veau pleure sa grâce perdue,
    son innocence laiteuse. Il appelle son élu, aspire à son
    palais. Il met dans ses regrets et dans son désir de sacrifice
    tout ce qu'il y a de plus haut et tout ce qu'il y a de plus
    bas, en fier équilibriste de la chair blanche. Tour à tour
    émouvant et odieux, l'enfant de la vache renie le taureau,
    se réfugie dans le sentimental, puis sombre dans la violence
    et rêve aux pires holocaustes.
    /> Rien de ce qui est inhumain ne lui est étranger : la mort
    partout présente, convoitée dès l'enfance, la pureté innommable
    et ses terribles cruautés, le racisme enfin, les plus
    terrifiantes persécutions bouchères... Son monologue,
    ardent jusqu'au délire, révèle l'horreur qui se tapit sous
    la mère, et ce qu'il y a de barbare dans la mièvrerie insinuante
    des plus doux amis de l'homme.
    Cette viande se croit destinée. Elle veut sauver le monde.
    Le monde a du souci à se faire.



  • Alors, il paraît que ce Lai est totalement auto-bio ? Jusqu'à
    la dernière goutte. D'accord. Mais ça raconte quoi ? Pour
    faire court : l'histoire d'un poète, un peu vide, qui décide
    de loger en lui un ver à vie. Un solitaire ? Le pire. Mais à
    quelle fin ? Pour versifier voyons. Et ça donne quoi oe
    Une oeuvre romanesque bouleversante et profonde. Pas
    étonnant - avec un ver à demeure. Vous simplifiez trop.
    Ici c'est tout l'être intérieur qui vire vers la beauté...
    Houlà ça va loin ! Très loin. Maintenant on attend quoi oe
    Allons au Lai. Bien volontiers. Attention c'est prenant.
    Qu'importe, si ça débouche vers la lumière. Garantie.
    Prêt ? Alors plongeons !

    />

  • Le visage volé : poésies complètes 1981-1991 Nouv.

    Cette édition rassemble l'intégralité des poèmes publiés par Jean-Louis Giovannoni entre 1981 et 1991. Le Visage volé, petite plaquette de 16 pages, premier livre publié par les Editions Unes naissantes, est aussi le premier livre publié par l'auteur depuis son inaugural Garder le mort en 1975. Comme si ce livre impossible - et son succès - l'avait placé dans l'impossibilité de publier à nouveau, malgré une pratique régulière de l'écriture, entre proses, fragments et poèmes, restés confinée à ses carnets.
    Durant cette décennie, marquée aussi par la publication de fragments (Les mots sont des vêtements endormis en 1983 et Ce lieu que les pierres regardent en 1984), la poésie occupe la place centrale de l'oeuvre de Giovannoni. Dans ces poèmes qui embrassent plus de dix ans d'écriture, dans ce monde de "chambres intérieures" , les fenêtres sont ouvertes mais le regard est aveugle. Poésie aérienne de l'enfermement, dédale de murs mouvants d'où des mains, des visages affleurent à la surface, se fondent dans la multitude indécise, et disparaissent, étouffés de mouvements.
    Les corps cherchent un passage, à tâtons se heurtent à la limite : leur propre extrémité, le point de friction du monde. On perd le pays, le sol, l'appui. La réalité est un visage qui s'effrite, qui s'effondre, miettes de verre brisé. La poésie de Giovannoni est une langue des signes, où le corps n'a d'autre consistance que celle de ses propres mouvements, oublis successifs, pertes successives, bras qui s'agitent frénétiquement vers l'autre pour se comprendre ; volière sans envol de gestes qui vus de loin semblent désordonnés, archaïques, fous, et s'annulent et se perdent en eux-mêmes.
    Poèmes en forme de digue face à la submersion du monde, au déferlement des incarnations, des choses impossibles à contenir. On se jette, comme des pierres, le plus loin possible dans le vide qui nous réduit au silence. Une chute pour s'ouvrir au monde, et dans ce vertige on ferme les yeux sur ce qui se ferme en soi et continue de bruisser après notre passage. Des agitations de cicatrices ; chaque mot provoque un deuil, chaque pas une disparition, chaque regard des aveuglements dans la nuit.
    Le seul pays à retrouver, le seul monde à peupler ce serait le langage. La parole insaisissable, fluctuante, en permanente recomposition. Une poésie d'appels le plus souvent sans réponse, sans même d'échos. Tout se tient dans l'équilibre inquiet entre confirmation et submersion. On ne peut être sans partir, on ne peut être sans quitter. Et plus on est présent, plus on s'éloigne, en allant vers soi-même on s'éloigne ; on laisse les visages volés dans son dos.

  • « Voyages à Saint-Maur » est une sorte de voyage intérieur projeté sur des paysages encerclés par la Marne, vers un lieu unique, domicile d'une mère dont on ne sait pas si elle est morte ou si elle vit, dans un quartier pavillonnaire quasiment hors-temps. Des rencontres étranges jalonnent ce parcours. La Graineterie, le square de la Poliomyélite.
    Hauts-lieux d'enfance forment une géographie intime où bien des surprises attendent le lecteur..

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