• FAIRE CONFIANCE, ON FAIT CELA TOUS LES JOURS.
    PAS UNE INTERACTION SOCIALE NE POURRAIT AVOIR LIEU SANS UN MINIMUM DE CONFIANCE. Pendant l'épidémie de coronavirus qui gagna notre planète au printemps 2020, aucun concept philosophique ne fut davantage mobilisé : confi ance dans les institutions, dans le gouvernement, dans le personnel sanitaire, dans les experts virologues et... les uns envers les autres. Tout se passait comme si le virus avait mis à nu le lien invisible qui tenait notre monde ensemble.
    Et c'est justement une chose qui intrigue : qu'elle soit si omniprésente dans nos interactions sociales, et que les théoriciens de la société se soient si peu attachés à la défi nir. Élaborer une théorie unifi ée de la confi ance est pourtant loin d'être un exercice purement académique : il en va de la réalité humaine elle-même. Car la confi ance est non seulement la force de liaison élémentaire qui nous lie les uns aux autres, mais le coeur de notre rapport au monde en général : au début est la confi ance.

  • Le mouvement posthumaniste, autre nom et radicalisation du transhumanisme, qui projette un homme dépassant sa condition corporelle par son hybridation aux machines, va bien avec notre temps. Il se conjugue au futur : ses défenseurs nous annoncent ce que l'avenir sera, sans s'embarrasser du moindre conditionnel hypothétique. Par leur assurance prophétique, ils veulent nous aspirer dans la spirale d'un destin technologique, renforçant ainsi la tyrannie du mode de vie que nous imposent jour après jour les entrepreneurs du numérique, les rois du silicium.
    Ce livre s'en prend aux deux arguments-phare du posthumanisme, celui de la liberté de « s'augmenter », de poursuivre le projet d'un homme émancipé de ses faiblesses naturelles, et celui des bienfaits de l'amélioration par les techniques. Il réfute sur leur propre terrain les fausses évidences sur lesquelles ces deux argumentaires reposent.
    Mais surtout, il élargit le débat à la question de l'emprise technologique sur nos sociétés, mettant en évidence le rôle de complice objective que joue à cet égard ce qu'il appelle la « Petite éthique », à savoir l'éthique libérale des droits individuels. Ainsi, le posthumanisme nous lance un défi démocratique : celui de se réapproprier notre avenir, c'est-àdire de faire en sorte qu'il se conjugue non plus au futur obligé, mais au conditionnel politique.

  • Je est un clone

    Mark Hunyadi

    • Seuil
    • 15 Septembre 2004

    On a l'habitude d'appliquer l'éthique au clonage, c'est-à-dire de demander à telle ou telle éthique d'exposer ce qu'elle pense du clonage et autres biotechnologies. Ici, c'est l'inverse qui est entrepris : on applique le clonage
    à l'éthique, on examine comment l'émergence d'un problème comme celui du clonage transforme la réflexion éthique elle-même.
    Comment réfléchir sur l'homme et son avenir, si l'on renonce à tout concept dogmatique de nature humaine oe
    Et si l'homme est ce qu'il se fait, pourquoi ne pas le laisser se faire jusqu'au bout, jusqu'à devenir le constructeur biologique de lui-même ? Pour répondre à ces questions, ce livre propose un renversement radical de perspective en matière de réflexion morale. Contrairement à la démarche commune aux nombreux comités d'éthique, il part de la conviction que les réponses éthiques ne préexistent pas aux questions qui les suscitent. Il n'existe pas de réalité morale idéale ayant une existence indépendante. Les propriétés morales
    qui articulent notre univers normatif sont des propriétés émergentes du monde humain. Elles naissent des problèmes mêmes qu'elles doivent normer. Dans le cas du clonage et des autres biotechnologies de pointe, ce sont les notions mêmes d'autonomie du sujet humain et d'altérité qui sont appelées à être renouvelées en profondeur.

  • Axel Honneth est mondialement connu pour sa théorie de la reconnaissance. Mais il se trouve que dans son dernier livre (Der Geist der Freiheit ; L'esprit de la liberté, à paraître en français chez Gallimard début 2015), Honneth opère ce qui paraît être un tournant dans sa pensée, en mettant l'accent non plus tant sur la reconnaissance que sur la liberté, et en particulier sur la manière dont les institutions peuvent réellement augmenter la liberté des individus.
    Faut-il donc désormais parler d'un Honneth I (celui de la reconnaissance), et d'un Honneth II (celui de la liberté) ? On peut légitimement se poser la question, et c'est ce lien qui est interrogé dans ce petit livre, le premier en français qui prenne en compte Der Geist der Freiheit (livre qui a près de 600 pages). L'introduction tente une interprétation originale du passage de Honneth I à Honneth II. Ensuite, 8 chercheurs du centre Europé de Louvain ont interrogé Axel Honneth lui-même, qui pour répondre a rédigé pour ce livre un texte original

  • Les modes de vie sont ce qui nous aff ectent le plus, et pourtant ils sont hors de notre contrôle. Il y a là un paradoxe démocratique : nous, individus réputés libres et démocratiques, sommes dans les fers des modes de vie. Ceux-ci nous imposent en eff et des attentes de comportement durables (avoir un travail, être consommateur, s'intégrer au monde technologique, au monde administratif, au monde économique,.) auxquels nous devons globalement nous adapter.
    Ce paradoxe est renforcé par un paradoxe éthique : c'est au moment où l'on assiste à une véritable infl ation éthique, par la multiplication des comités, chartes, conseils, règlements, labels éthiques en tout genre, tous censés protéger les droits individuels, que le modes de vie de plus en plus contraignants étendent comme jamais leur emprise sur les individus. Ce qui veut dire que toute cette infl ation éthique sert à blanchir le système et les modes de vie qui en découlent, qui peuvent ainsi étendre toute leur emprise en étant éthiquement « clean ».
    Notre éthique ne sert donc pas à critiquer le système ni les modes de vie, mais à les accompagner dans leur marche triomphale. A travers les modes de vie, avec la complicité de l'éthique individualiste, le système s'impose de manière aveugle, non concertée, non voulue, non planifi ée, et pour cela inéluctable.

  • L'homme en contexte

    Mark Hunyadi

    Philosophie, le contexte a toujours été inessentiel : il a même toujours été ce dont les grands principes devaient être épurés, s'ils devaient prétendre à une quelconque validité. Or, la contextualité est notre première condition. Si donc, pour établir une théorie morale, nous ne voulons pas partir de principes abstraits mais de l'expérience des acteurs, c'est de cette contextualité qu'il faut commencer.
    Ainsi, on voit que l'oubli du contexte par la théorie morale apporte simultanément l'oubli de l'expérience morale, telle qu'elle est vécue par les acteurs eux-mêmes. Car le contexte est la première source de leur expérience morale, pour laquelle il constitue d'abord un pôle de confiance. Mais les acteurs peuvent aussi critiquer le contexte. L'originalité du contextualisme défendu par Mark Hunyadi est de montrer que les acteurs trouvent dans leur contexte même toutes les ressources pour le critiquer, en totalité ou en partie.
    Les critères de la critique sont toujours déjà là. "Le contexte donne tout, y compris la puissance de le critiquer." Voilà une leçon difficile à entendre pour des oreilles érodées par 2 500 ans de platonico-kantisme, c'est-à-dire d'épuration éthique voulant se préserver de toute contamination contextuelle. Telle est pourtant la leçon, aux conséquences de vaste portée, de L'Homme en contexte.

  • Dans une puissante tradition de philosophie morale qui s'étend de Platon à Kant jusqu'à Habermas, le contexte est ce contre quoi il faut se prémunir, s'immuniser, de manière à sauvegarder la pureté et l'universalisme de la raison. Mais dans le camp opposé - une tradition qui va de Protagoras à Rorty -, si l'on entend bien accomplir une déflation contextuelle de la raison, on garde du contexte une notion bien faible, l'assimilant à de simples formes de vie dont on pourrait changer aussi aisément que de manières de table. De quelque côté qu'on le prenne, le contexte est le grand oublié de la philosophie morale. Ce livre expose les principaux éléments d'un « contextualisme fort », en relevant notamment l'un des grands défis que l'universalisme lance au contextualisme?: celui de devoir établir un point de vue moral non idéologique, capable de fournir un critère pour une théorie critique de la société. Hunyadi développe à cet effet la notion, en apparence contradictoire, d'une contrefactualité contextuelle. La discussion avec Jocelyn Maclure, qui accompagne et enrichit ce texte, permet de le situer plus précisément dans le. contexte du débat contemporain, avec Rawls notamment.

  • Le travail, une valeur en voie de disparition, dit-on.
    Qu'en est-il vraiment ? Ne confond-on pas sciemment travail et emploi ? Travail et activité ? Et si le travail-emploi est inexorablement appelé à perdre de son importance, par quoi remplacer la fonction socialisante qu'il a acquise pendant le XXe siècle ? Pour éviter toute réponse à l'emporte-pièce, une équipe de chercheurs universitaires s'est mise... au travail. Psychologie sociale, économie, démographie, sociologie, politologie, droit, théologie, philosophie : autant de domaines du savoir mobilisés pour cette recherche qui, si elle évite toute position péremptoire, veut à la fois fournir les outils théoriques pour la réflexion sur le temps présent, et orienter son regard vers l'avenir.
    L'attribution, désormais envisageable, d'une allocation universelle (ou Revenu de citoyenneté) à tous offre-t-elle par exemple une solution plausible à la crise actuelle de l'emploi ? Faut-il au contraire tabler sur des gisements d'emploi encore inexploités ? Ou même, à l'exemple américain, sur une flexibilisation du marché du travail ? Quelles sont les conditions théoriques et pratiques auxquelles serait envisageable une modification en profondeur de notre rapport au travail et à l'emploi ? Au fil des études ici réunies, c'est à ces questions que le lecteur trouvera d'importants éléments de réponse.

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