Gallimard

  • Alors qu'il passe quelques semaines auprès d'un maître puisatier pour gagner un peu d'argent avant d'entrer à l'université, le jeune Cem rencontre une troupe de comédiens ambulants et, parmi eux, une femme à la belle chevelure rousse. Il s'en éprend immédiatement, et, malgré leur différence d'âge, se noue entre eux l'esquisse d'une histoire d'amour.

    Mais les promesses de cet été sont soudainement balayées lorsque survient un accident sur le chantier du puits. Cem rentre à Istanbul le coeur gros de souvenirs, et n'aura de cesse de tenter d'oublier ce qui s'est passé. C'est sans compter sur la force du destin qui finit toujours par s'imposer aux hommes, et leur rappeler ce qu'ils ont voulu enfouir au plus profond d'euxmêmes.
    /> Dans ce roman de formation aux allures de fable sociale, Orhan Pamuk tisse à merveille un récit personnel avec l'histoire d'un pays en pleine évolution, et fait magistralement résonner la force des mythes anciens dans la Turquie contemporaine. Avec tendresse et érudition, La Femme aux Cheveux roux nous interroge sur les choix de l'existence et la place véritable de la liberté.

  • Depuis l'âge de douze ans, Mevlut parcourt les rues d'Istanbul pour vendre du yaourt et de la boza, cette boisson fermentée traditionnelle prisée des Stambouliotes, notamment parce qu'on peut prétendre qu'elle ne contient pas d'alcool. Comme tant d'autres villageois anatoliens arrivés à la fin des années soixante, son père a construit sans permis une petite maison à flanc de colline, dans les faubourgs de la ville, en espérant un jour devenir propriétaire du terrain.La population d'Istanbul enfle et s'enrichit rapidement, le raki détrône la boza, les petits trafics remplacent le code d'honneur. Mais tandis que ses amis agrandissent leurs maisons, suivent leurs affaires et se marient, « cette chose étrange », ce sentiment de ne pas vivre à la bonne époque ni au bon endroit, tourne chez Mevlut à l'obsession. Toute sa vie, il arpentera les rues comme marchand ambulant, point mobile et privilégié pour saisir un monde en pleine transformation : Istanbul, métropole bigarrée, cosmopolite et que n'épargnent pas les conflits politiques, compte moins de deux millions d'habitants quand Mevlut s'y installe. À la fin du roman, en 2012, elle atteint les quinze millions.À travers le kaléidoscope des voix de ces nouveaux venus, Orhan Pamuk révèle des scènes pleines de vie et d'envies, des arrangements familiaux et politiques, de petites et de grandes passions, pour décrire l'émergence de la fascinante mégapole qu'est aujourd'hui Istanbul. Certainement le roman le plus attachant du Prix Nobel turc à ce jour, Cette chose étrange en moi peut être considéré à la fois comme une déclaration d'amour aux habitants de sa ville natale venus de chaque coin du pays pour y construire leur existence, mais également comme le portrait poignant d'un homme déterminé à être heureux.

  • Istanbul, en cet hiver 1591, est sous la neige.
    Mais un cadavre, le crâne fracassé, nous parle depuis le puits oú il a été jeté. il connaît son assassin, de même que les raisons du meurtre dont il a été victime : un complot contre l'empire ottoman, sa culture, ses traditions et sa peinture. car les miniaturistes de l'atelier du sultan, dont il faisait partie, sont chargés d'illustrer un livre à la manière italienne. mon nom est rouge, roman polyphonique et foisonnant, nous plonge dans l'univers fascinant de l'empire ottoman de la fin du xvie siècle, et nous tient en haleine jusqu'à la dernière page par un extraordinaire suspense.
    Une subtile réflexion sur la confrontation entre occident et orient sous-tend cette trame policière, elle-même doublée d'une intrigue amoureuse, dans un récit parfaitement maîtrisé. un roman d'une force et d'une qualité rares.

  • Neige

    Orhan Pamuk

    Le jeune poète turc Ka - de son vrai nom Kerim Alakusoglu - quitte son exil allemand pour se rendre à Kars, une petite ville provinciale endormie d'Anatolie. Pour le compte d'un journal d'Istanbul, il part enquêter sur plusieurs cas de suicide de jeunes femmes portant le foulard. Mais Ka désire aussi retrouver la belle Ipek, ancienne camarade de faculté fraîchement divorcée de Muhtar, un islamiste candidat à la mairie de Kars.
    À peine arrivé dans la ville de Kars, en pleine effervescence en raison de l'approche d'élections à haut risque, il est l'objet de diverses sollicitudes et se trouve piégé par son envie de plaire à tout le monde : le chef de la police locale, la soeur d'Ipek, adepte du foulard, l'islamiste radical Lazuli vivant dans la clandestinité, ou l'acteur républicain Sunay, tous essaient de gagner la sympathie du poète et de le rallier à leur cause. Mais Ka avance, comme dans un rêve, voyant tout à travers le filtre de son inspiration poétique retrouvée, stimulée par sa passion grandissante pour Ipek, et le voile de neige qui couvre la ville. Jusqu'au soir où la représentation d'une pièce de théâtre kémaliste dirigée contre les extrémistes islamistes se transforme en putsch militaire et tourne au carnage.
    Neige est un extraordinaire roman à suspense qui, tout en jouant habilement avec des sujets d'ordre politique très contemporains comme l'identité de la société turque et la nature du fanatisme religieux, surprend par ce ton poétique et nostalgique qui, telle la neige, nimbe chaque page.

  • Kemal, un jeune homme d´une trentaine d´années, est promis à Sibel, issue comme lui de la bonne bourgeoisie stambouliote, quand il rencontre Füsun, une parente éloignée et plutôt pauvre. Il tombe fou amoureux de la jeune fille, et sous prétexte de lui donner des cours de mathématiques, la retrouve tous les jours dans l´appartement vide de sa mère. En même temps, il est incapable de renoncer à sa liaison avec Sibel.
    C´est seulement quand Füsun disparaît, après les fiançailles entre Sibel et Kemal célébrées en grande pompe, que ce dernier comprend à quel point il l´aime. Kemal rend alors visite à sa famille et emporte une simple réglette lui ayant appartenu : ce sera la première pièce du musée qu´il consacrera à son amour disparu. Puis, il avoue tout à Sibel et rompt les fiançailles.
    Quand, quelque temps après, Kemal retrouve la trace de Füsun, mariée à son ami d´enfance Feridun, son obsession pour la jeune femme montera encore d´un cran...
    Le musée de l´innocence est un grand roman nostalgique sur l´amour, le désir et l´absence, une nouvelle preuve de l´immense talent de l´écrivain turc.

  • C'est dans le quartier occidental de Nisantasi que Djevdet Bey, un riche marchand musulman, s'installe avec son épouse pour fonder une famille. Nous sommes en 1905 et le sultan Abdul Hamid II vient d'échapper à un attentat. Les élites turques contestent de plus en plus fortement le règne despotique des dirigeants ottomans, le pays se trouve alors à un tournant historique que Djevdet décide de relater dans son journal. Trente ans plus tard, la Turquie n'est en effet plus la même après la réforme du régime politique, le bouleversement des moeurs, et la mise en place d'un nouvel alphabet.
    Les fils de Djevdet Bey en profitent pour prendre des directions différentes dans ce pays gagné par la modernité : Osman reprend les affaires de son père tandis que Refik s'adonne à la lecture de Rousseau et Ömer fait fortune dans les grands projets ferroviaires. C'est à la troisième génération, en 1970, qu'un besoin de retour vers les origines vient sceller cette fresque turque. Le fils de Refik, qui est artiste-peintre, s'attaque au portrait de son grand-père, décédé en 1965. Pour cela, il va devoir s'immerger dans le journal de Djevdet Bey, et ainsi revisiter soixante années de changements.
    Djevdet Bey et ses fils est le premier roman écrit par Orhan Pamuk. Toute son oeuvre affleure déjà dans cette immense fresque à trois temps qui dépeint magistralement l'émergence d'une Turquie moderne, thème qu'il déclinera sans cesse dans la suite de sa production littéraire.

  • La maison du silence

    Orhan Pamuk

    Un tout petit port turc, désert l'hiver, envahi par les touristes l'été.
    A l'écart des luxueuses villas des nouveaux riches, une maison tombant en ruine. un nain y veille sur une très vieille femme, qui passe ses jours et ses nuits à évoquer sa jeunesse et à ressasser ses griefs. ils vivent côte à côte dans le silence sur les secrets qu'ils partagent, dans la haine et la solitude. comme chaque été, les trois petits-enfants de la vieille dame viennent passer quelques jours chez elle : un intellectuel désabusé et alcoolique, une étudiante progressiste et idéaliste, un lycéen arriviste, rêvant de la réussite à l'américaine.
    Leur séjour sera bref et se terminera par un drame, causé autant par les conditions politiques des années 1975-1980 que par le passé de la famille. le récit dresse un tableau lucide de l'histoire des cent dernières années de la turquie qui pose adroitement une question très actuelle pour les pays du proche-orient : l'occidentalisation a-t-elle échoué ? quels en ont été les résultats, quelle est la part de cette évolution dans les conflits de générations comme dans les rapports droite-gauche en politique ? un beau roman.
    Un écrivain sensible, qui sait raconter une histoire.

  • Le château blanc

    Orhan Pamuk

    Le narrateur est un Italien de vingt ans, féru d'astronomie et de mathématiques. Capturé par des marins turcs et jeté dans la prison d'Istanbul, il se dit médecin, et est offert comme esclave à un hodja, un savant. Le maître oriental et l'esclave occidental se ressemblent de manière effrayante, éprouvent une méfiance immédiate l'un pour l'autre. Mais ils ne se séparent pas, vivent ensemble, travaillent ensemble, quotidiennement, d'abord sur la pyrotechnie, ensuite sur une horloge, enfin sur une redoutable machine de guerre pour Mehmet IV, dit le Chasseur, sultan de 1648 à 1687. Ensemble encore, ils contribuent à l'éradication d'une épidémie de peste. Tantôt dominant, tantôt dominé, des années durant, chacun raconte sa vie à l'autre. Puis les deux doubles doivent s'engager, avec leur machine de guerre, dans la désastreuse campagne polonaise. Mise à l'essai sur un château blanc, la machine ne fonctionne pas. Craignant pour sa vie, le Maître usurpe l'identité, la personnalité et le passé du narrateur. Celui-ci reste à Istanbul, devient le Maître. Des années plus tard, il entend parler de l'Autre, comme d'un ancien esclave capturé par des marins turcs, et qui s'est évadé...

  • D'autres couleurs nous plonge dans l'univers intellectuel et culturel, mais aussi intime d'Orhan Pamuk. Dans ces soixante-seize essais, discours ou récits, le romancier turc nous parle de son enfance à Istanbul, de l'obtention de son premier passeport ou de la mort de son père. Il se livre à une brillante analyse de la politique turque au sens large et de la place de la Turquie par rapport à l'Europe. Il se remémore également le tremblement de terre d'Izmit en 1999, sa peur, et les catastrophes liées au passage des pétroliers dans le Bosphore. Dans la partie consacrée à la littérature, Pamuk évoque ses lectures et l'importance de certains auteurs dans son parcours, puis revient sur l'écriture de ses propres livres. Le récit intitulé « Regarder par la fenêtre » complète le recueil par une très belle évocation de l'ambiance familiale et de la figure du père. Ce dernier est également au centre du discours de réception du Prix Nobel. Cet ensemble de textes dessine un extraordinaire portrait d'Orhan Pamuk, retraçant pour le lecteur le parcours d'un grand écrivain.

  • " un jour, j'ai lu un livre, et toute ma vie en a été changée.
    " osman, le jeune narrateur de la vie nouvelle, est bouleversé par la lecture d'un livre mystérieux. il est aussi amoureux de djanan, qui comme lui cherche à comprendre les secrets du livre. mais djanan aime mehmet, et lorsque ce dernier et djanan disparaissent tour à tour, osman part à leur recherche, comme à la quête de la vie nouvelle promise par l'ouvrage qui l'obsède. pendant ses années d'errance à travers la turquie profonde, seul ou avec djanan, le narrateur survit à plusieurs accidents de la route, découvre le complot d'une organisation secrète opposée à tout produit occidental, et s'interroge sur le sens caché des bandes dessinées de son enfance, tout en restant animé du même amour fou et du même espoir.
    Jusqu'au jour oú il comprendra que ce monde nouveau tant désiré n'est peut-être rien d'autre que la mort.

  • Traduit du turc par Savas Demirel, Valérie Gay-Aksoy et Jean-François Pérouse.

  • En 2010, devant les étudiants de l'université américaine de Harvard, Orhan Pamuk développe sa vision de la littérature grâce à six conférences données dans le cadre des 'Charles Eliot Norton Lectures'.
    Dans ce cycle d'interventions ? auquel s'ajoute un épilogue ? le prix Nobel n'hésite jamais à parler de sa propre biographie, de ses propres livres, de son travail d'écriture et surtout de sa pratique de lecteur. La thèse sous-jacente de ces sept textes est empruntée à Friedrich Schiller qui, dans un ouvrage célèbre (Über naive und sentimentalische Dichtung, 1796), schématise sa conception de l'écriture en distinguant le poète naïf, qui serait du côté de la nature, écrivant spontanément, du poète sentimental qui doute de son écriture, expérimente, réfléchit à la forme et aux enjeux esthétiques et sociaux de son écriture.
    À partir de ce postulat, Pamuk passe en revue les grands textes qui ont marqué notre histoire culturelle et s'appuie sur Tolstoï, Stendhal, Flaubert, Proust, Defoe, Sartre, Balzac, ou Dostoïevski pour construire cette belle introduction à la littérature.

  • Le musée de l'Innocence, créé par Orhan Pamuk à Istanbul, est un projet culturel singulier, mûri pendant des décennies par son créateur, qui a cherché à y saisir la ville de sa jeunesse par les objets du quotidien : l'éphémère, le bric-à-brac, le désordre qui caractérisent la vie de chacun. Ces objets particuliers sont intimement liés au Musée de l'Innocence, le roman de l'amour perdu de Pamuk, qui prête sa structure narrative à leur présentation. Des vitrines ou des boîtes magnifiquement conçues, contenant des séries d'objets soigneusement disposés, entraînent le visiteur au fil du récit, dans un voyage à travers le temps et l'espace autant que dans l'esprit du collectionneur, identifié à Pamuk comme à son narrateur amoureux.
    L'auteur traite ici des sujets qui lui importent profondément : la psychologie du collectionneur, le rôle du musée, les photos du vieil Istanbul (que sa superbe collection personnelle vient illustrer), et bien sûr les coutumes et les traditons de sa ville.

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