• L'amateur de poèmes SI je regarde tout à coup ma véritable pensée, je ne me console pas de devoir subir cette parole intérieure sans personne et sans origine ; ces figures éphémères ; et cette infinité d'entreprises interrompues par leur propre facilité, qui se transforment l'une dans l'autre, sans que rien ne change avec elles. Incohérente sans le paraître, nulle instantanément comme elle est spontanée, la pensée, par sa nature, manque de style.
    MAIS je n'ai pas tous les jours la puissance de proposer à mon attention quelques êtres nécessaires, ni de feindre les obstacles spirituels qui formeraient une apparence de commencement, de plénitude et de fin, au lieu de mon insupportable fuite. UN poème est une durée, pendant laquelle, lecteur, je respire une loi qui fut préparée ; je donne mon souffle et les machines de ma voix ; ou seulement leur pouvoir, qui se concilie avec le silence.
    JE m'abandonne à l'adorable allure : lire, vivre où mènent les mots. Leur apparition est écrite. Leurs sonorités concertées. Leur ébranlement se compose, d'après une méditation antérieure, et ils se précipiteront en groupes magnifiques ou purs, dans la résonance. Même mes étonnements sont assurés : ils sont cachés d'avance, et font partie du nombre. MU par l'écriture fatale, et si le mètre toujours futur enchaîne sans retour ma mémoire, je ressens chaque parole dans toute sa force, pour l'avoir indéfiniment attendue.
    Cette mesure qui me transporte et que je colore, me garde du vrai et du faux. Ni le doute ne me divise, ni la raison ne me travaille. Nul hasard, mais une chance extraordinaire se fortifie. Je trouve sans effort le langage de ce bonheur ; et je pense par artifice, une pensée toute certaine, merveilleusement prévoyante, - aux lacunes calculées, sans ténèbres involontaires, dont le mouvement me commande et la quantité me comble : une pensée singulièrement achevée.

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  • Le texte qui justifie la publication de ce petit volume est un texte singulier, insolite, écrit par Paul Valéry, alors âgé de 25 ans, en 1896, au moment où paraît La Soirée avec Monsieur Teste. Cette courte prose, à la frontière de l'essai et du poème, est née d'un événement de 1894 - la bataille navale du Yalou au cours de laquelle la Chine fut défaite par le Japon déjà fortement occidentalisé - et de la lecture d'un essai de Lafcadio Hearn, « The Japanese Smile », que Valéry cite en épigraphe de ces pages. Passionné depuis longtemps par tout ce qui touche aux choses de la mer, le jeune homme voit alors son intérêt s'éveiller pour les rapports de force qui régissent les grandes puissances et agitent le monde en cette fin du xixe siècle. Dans ce choc entre la Chine et le Japon, c'est en réalité l'opposition Orient/Occident qui l'intéresse. Pour mettre en forme les réflexions que lui inspire l'essai de Hearn, Valéry imagine la rencontre en Chine, au bord de la mer, d'un narrateur occidental (qui parle à la première personne, comme s'il s'agissait de l'auteur lui-même), et d'un lettré chinois, qui lui expose les raisons pour lesquelles l'Occident aurait tort de voir dans cette défaite apparente de la Chine une preuve de sa propre supériorité sur l'Orient, bien au contraire. Dans les pages d'« Orient et Occident » qui complètent ce volume, Valéry reprend, un quart de siècle plus tard, cette idée d'une opposition entre la société occidentale, soumise à la loi de l'accélération, et la Chine, dont l'apparente inertie dissimule quelque chose de plus puissant que la « maladie d'inventions » des Occidentaux. Mais ce qui fait la richesse et le charme particulier du texte de jeunesse, c'est qu'il s'agit aussi d'une sorte de poème en prose. Écrit dans un style « à demi abstrait, à demi impressionniste », on peut le lire comme un « Monsieur Teste en Chine » et voir en filigrane, derrière l'éloge du lettré chinois, celui de son maître Mallarmé, cet être « qui eut les plus grands dons pour n'en rien faire » sinon les explosions d'étoiles de ses poèmes, à l'instar de la Chine qui a « inventé la poudre, pour brandir, le soir, des fusées. » Plus proche des « Notes sur la grandeur et la décadence de l'Europe » et de « La Crise de l'esprit », « Orient et Occident » développe la même idée dans une autre direction, combien plus actuelle, en s'inquiétant de ce que pourra être le nouvel équilibre du monde, dès lors que les Chinois auront été tirés de leur sommeil?.

  • Monsieur Teste

    Paul Valéry

    Dans La Soirée avec Monsieur Teste, Valéry explique pourquoi, à la recherche du succès littéraire, auquel il aurait pu légitimement aspirer suivant le voeu de ses amis, il a préféré autre chose. La recherche du succès entraîne nécessairement une perte de temps : «Chaque esprit qu'on trouve puissant commence par la faute qui le fait connaître. En échange du pourboire public, il donne le temps qu'il faut pour se rendre perceptible...» M. Teste est un homme qui a mieux employé son temps : «J'ai fini par croire que M. Teste était arrivé à découvrir des lois de l'esprit que nous ignorons. Sûrement, il avait dû consacrer des années à cette recherche : plus sûrement, des années encore, et beaucoup d'autres années avaient été disposées pour mûrir ses inventions et pour en faire ses instincts. Trouver n'est rien. Le difficile est de s'ajouter ce que l'on trouve.» Tel était bien sans doute le programme ambitieux que s'était assigné Valéry lui-même à l'époque où il rédigeait cette fameuse Soirée avec Monsieur Teste.

  • Ce recueil d'Écrits politiques (1896-1945), principalement inédits, réunit des conférences, des discours, des rapports de Paul Valéry centrés autour de la question de l'Europe et de l'Esprit nécessaire à sa réalisation politique. Célébré après-guerre comme le poète de La Jeune Parque tout autant que pour les deux lettres de la Crise de l'Esprit (1919), puis pour les essais de Regards sur le monde actuel (1931), Paul Valéry apparaît ici dans une dimension politique active largement méconnue. Au cours des années Vingt et Trente, Valéry s'est investi activement dans de nombreuses initiatives publiques, notamment au sein de la Société des Nations où il a joué un rôle crucial, et dans de nombreux cercles intellectuels (Président du Pen Club en 1926). Valéry voyage dans toute l'Europe pour faire advenir une « Société de l'Esprit », contribuer à l'amélioration de l'homme et de la Cité, et dialogue avec les penseurs de son temps alors que les espoirs du pacifisme s'effondrent devant la guerre imminente. En 1931, il défend le rôle des femmes dans l'esprit à venir, et la nécessité de leur accorder le droit de vote. Il souligne aussi le danger de l'écart entre le progrès rapide de la technique et celui plus lent de l'esprit : « L'homme n'a plus confiance en l'homme ; et il n'a plus confiance dans le temps. »Ce volume est aussi parcouru par une réflexion originale sur le rôle de l'homme de lettres dans le monde, différente de celle de l'» intellectuel » de Zola ou de l'écrivain « engagé » de Sartre : Valéry fournit des pistes pour repenser, même d'un point de vue théorique, la notion d'« engagement ». Dans sa préface, Paola Cattani souligne l'influence du poète dans la réflexion critique jusqu'à aujourd'hui, de Marc Bloch à Jacques Derrida, en passant par Edward Said. L'Europe et l'Esprit donne matière à réflexion à l'heure de la crise de l'institution européenne.Édition présentée, établie et annotée par Paola Cattani.

  • Dans cette conférence prononcée en 1935, Paul Valéry délivre ses impressions sur l'évolution de l'intelligence en une époque où le progrès ne cesse de bouleverser les habitudes et les modes de pensée. Les progrès techniques de l'âge industriel apportent un nouveau confort mais aussi entraînent une certaine paresse, de corps et d'esprit, une impatience toujours plus vive à obtenir ce qu'on veut avoir... Surtout, ils engendrent un autre rapport au temps, désormais rétréci, amenuisé. Seule échappatoire : une éducation qui continue à valoriser les langues mortes et le bon usage de la langue française. Valéry dénonce une éducation qui mise sur le succès au baccalauréat, sans parvenir à développer la formation d'esprits indépendants.

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  • Oui, ce corps dansant semble ignorer le reste, ne rien savoir de tout ce qui l'environne. On dirait qu'il s'écoute et n'écoute que soi ; on dirait qu'il ne voit rien, et que les yeux qu'il porte ne sont que des joyaux, de ces bijoux inconnus dont parle Baudelaire, des lueurs qui ne lui servent de rien.
    C'est donc bien que la danseuse est dans un autre monde, qui n'est plus celui qui se peint de nos regards, mais celui qu'elle tisse de ses pas et construit de ses gestes. Mais, dans ce monde-là, il n'y a point de but extérieur aux actes?; il n'y a pas d'objet à saisir, à rejoindre ou à repousser ou à fuir, un objet qui termine exactement une action et donne aux mouvements, d'abord, une direction et une coordination extérieures, et ensuite une conclusion nette et certaine.
    Un réflexion passionnée et passionnante qui ravira les break dancers, les valseurs du dimanche, les amateurs de tango musette, de cucaracha, de bourrée bretonne, de boogie woogie, les couturiers de la fisel, les noctambules de la zumba ou de la tecktonik, mais aussi ceux qui ne dansent pas, qui n'aiment pas danser, les indécollables de la tapisserie comme les amateurs de philosophie. Se détachant de l'utile, la danse est une action poétique. L'homme a découvert le plaisir pris dans le rythme, dans l'enivrement des sens jusqu'à épuisement. L'oralité du conférencier donne à ce bref texte énergique l'ivresse du mouvement sans fin. Observez le ballet des doigts du pianiste, le mouvement de la toupie, tout est danse. Une poésie de l'arbitraire que Paul Valéry nous fait sentir avec sa sensibilité particulière. On assiste en acte autant à une philosophie de la danse qu'à une danse de la philosophie.

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  • « Prose, vers, souvenirs, images ou sentences, ce qui vint du sommeil, ce qui vint des amours, ce que donnent les dieux comme les circonstances s'assemble en cet album de fragments de mes jours. Selon l'heure, naïf, absurde, aimable, étrange, esclave d'une mouche ou maître d'une loi, un esprit n'est que ce mélange duquel, à chaque instant, se démêle le moi. » (Paul Valéry) Publié en 1939 pour l'Automobile Club, ce «mélange», qui porte si bien son nom, rassemble des fragments sur plus de cinquante années d'écritures, comme un miroir d'un « moi » qui est toujours le «même», mais ô combien différent avec le temps qui passe.

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  • Valéry, poésies

    Paul Valéry

    En 1929, Valéry réunit ses trois principaux recueils de vers en un seul volume, sous le titre discret de Poésies. Pendant plus de dix ans, il ajuste l'ensemble avec grand soin : il multiplie les variantes, ajoute des «pièces diverses», en supprime d'autres. Il faut attendre 1942 pour aboutir à l' édition complète et définitive de son oeuvre en vers. C'est cette édition que nous reproduisons ici.
    L'oeuvre de Valéry hérite autant de la rigueur formelle des classiques que de l'ampleur de questionnement des modernes. Elle manifeste un souci de l'art pur, de l'accès au plus rare, au plus immatériel. Cette exigence fait de lui un poète résolument tourné vers l'intellect. Mais il est aussi celui qui défend le travail poétique comme un faire, s'astreignant à un patient labeur, ciselant le vers avec la précision de l'artisan. En somme, Valéry s'installe dans ce qui n'est ni la poésie ni l'intelligence, mais leur étreinte ou leur douleur commune : l'écriture.

  • Tel quel

    Paul Valéry

    «Peinture.
    L'objet de la peinture est indécis.
    S'il était net, - comme de produire l'illusion de choses vues, ou d'amuser l'oeil et l'esprit par une certaine distribution musicale de couleurs et de figures, le problème serait bien plus simple, et il y aurait sans doute plus de belles oeuvres (c'est-à-dire conformes à telles exigences définies) - mais point d'oeuvres inexplicablement belles.
    Il n'y aurait point de celles qui ne se peuvent épuiser».
    Pendant un quart de siècle Paul Valéry a pris des notes sur tous les problèmes qui le préoccupaient. La philosophie et l'art se détachent particulièrement au cours de ce recherches instantanées.
    Chacun de ces textes contient à l'état d'aphorismes, de formules, de fragments ou de propos, voire de boutades, mainte remarque ou impression venue à l'esprit, çà et là, le long d'une vie, et qui s'est fait noter en marge de quelque travail ou à l'occasion de tel incident dont le choc, tout à coup, illumina une vérité instantanée, plus ou moins vraie. De ces pensées et aphorismes se dégage une pensée d'une rigueur exemplaire et qui propose une méthode d'investigation d'une rare acuité.

    Ce volume contient : Choses tues - Moralités - Ébauches de pensées - Littérature - Cahier B 1910 - Rhumbs - Autres Rhumbs - Analecta - Suite.

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  • Comme il arrive qu'un lecteur à demi distrait crayonne aux marges d'un ouvrage et produise, au gré de l'absence de la pointe, de petits êtres ou de vagues ramures, en regard des masses lisibles, ainsi ferai-je, selon le caprice de l'esprit, aux environs de ces quelques études d'edgar degas.
    Ceci ne sera donc qu'une manière de monologue, où reviendront comme ils voudront mes souvenirs et les diverses idées que je me suis faites d'un personnage singulier... cependant qu'au regard naïf les oeuvres semblent naître de l'heureuse rencontre d'un sujet et d'un talent, un artiste de cette espèce profonde, plus profond peut-être qu'il n'est sage de l'être, diffère la jouissance, crée la difficulté, craint les plus courts chemins.

  • «De ces essais que l'on va peut-être lire, il n'en est point qui ne soit l'effet d'une circonstance, et que l'auteur eût écrit de son propre mouvement. Leurs objets ne sont pas de lui ; même leur étendue parfois lui fut donnée.
    Presque toujours surpris, au début de son travail, de se trouver engagé dans un ordre d'idées inaccoutumé, et placé brusquement dans quelque état inattendu de son esprit, il lui fallut, à chaque fois, retrouver nécessairement le naturel de sa pensée. Toute l'unité de cette Variété ne consiste que dans ce même mouvement».
    Paul Valéry.

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  • Socrate.
    Par les dieux, les claires danseuses!... Quelle vive et gracieuse introduction des plus parfaites pensées!... Leurs mains parlent, et leurs pieds semblent écrire. Quelle précision dans ces êtres qui s'étudient à user si heureusement de leurs forces moelleuses!... Toutes mes difficultés me désertent, et il n'est point à présent de problème qui m'exerce, tant j'obéis avec bonheur à la mobilité de ces figures! Ici, la certitude est un jeu ; on dirait que la connaissance a trouvé son acte, et que l'intelligence tout à coup consent aux grâces spontanées... Regardez celle-ci!... la plus mince et la plus absorbée dans la justesse pure... Qui donc est-elle?... Elle est délicieusement dure, et inexprimablement souple... Elle cède, elle emprunte, elle restitue si exactement la cadence, que si je ferme les yeux, je la vois exactement par l'ouïe. Je la suis, et je la retrouve, et je ne puis jamais la perdre ; et si, les oreilles bouchées, je la regarde, tant elle est rythme et musique, qu'il m'est impossible de ne pas entendre les cithares.

    (in L'Âme et la Danse)

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  • Le génie de paul valéry - l'un des esprits les plus puissants et les plus lucides du siècle - a été non pas seulement de penser tout ce qui traversait son esprit, mais de le repenser, et en particulier les notions qu'il avait reçues ou qu'il s'était, comme tout le monde, formées, et qui servent aux groupes humains à réfléchir sur leurs relations.

    Comme tout lui était objet de pensée, il a réuni, ici, des essais, au sens véritable du terme, dont le dessein est de préciser " quelques idées qu'il faudrait bien nommer politiques ". de celle de la dictature, à celle sur les fluctuations de l'amérique comme projection de l'esprit européen.
    Comme dans sa poésie - aussi bien que dans ses spéculations sur le fonctionnement de l'intellect, ou l'entrelacement du système nerveux et des sentiments, - valéry se montre dans ces pages tel que claudel le voyait : " .
    L'esprit attentif à la chair et l'enveloppant d'une espèce de conscience épidermique, le plaisir atteint par la définition, tout un beau corps gagné, ainsi que par un frisson, par un réseau de propositions exquises ".

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  • Alors que, Valéry, durant l'entre-deux-guerres, compose volontiers des recueils - Variété, Pièces sur l'art, Regards sur le monde actuel, etc. - où il rassemble, sur divers sujets, ses articles ou conférences, d'autres textes restent en attente. Ils ne seront jamais repris, et sont donc restés introuvables : l'objet de ce livre est de rassembler quelques-uns d'entre eux.
    Ces pages se trouvent, pour une part, tournées vers le passé de l'écrivain et de son époque : ces souvenirs sont le plus souvent des hommages, à des amis vivants ou disparus, et, parce que ce n'est pas à lui-même que pense alors l'écrivain, ce qu'il livre de lui sans vouloir y songer compose, si l'on veut, des Mémoires indirects.
    Les réflexions de ce volume constituent un ensemble plus théorique et moins personnel, tourné vers l'actualité de l'art et de la culture, ou vers l'avenir que Valéry souhaiterait que son temps s'attache à construire dans le domaine de l'esprit. Il s'agit en particulier, justement, de préserver l'esprit européen qui, depuis la Renaissance, a fait de notre continent, à ses yeux, l'espace de la plus haute culture, et se trouve menacé par les puissances délétères qui conduiront à la Seconde Guerre.

    Professeur à la Sorbonne, Michel Jarrety est spécialiste de l'oeuvre de Valéry à qui il vient de consacrer une biographie (Fayard, 2008).

  • Cet essai compte parmi les textes inclassables noyés dans les volumes de Variété. Il tient à la fois de l'autobiographie, de la méditation historique ou de la rêverie philosophique et dévoile un Valéry sensible profondément attaché aux décors de son enfance sétoise. Car la Méditerranée se situe au coeur de son histoire intime, elle gouverne sa sensibilité et sa création comme le soulignait Larbaud qui voyait en lui le «grand interprète lyrique» capable de produire sur ses lecteurs «une sorte de communion dans la vie, la clarté, la beauté». Mais la Méditerranée, pour Valéry, est aussi l'espace où ont pris corps parmi les plus grandes réussites de l'esprit humain :
    De matrice personnelle elle devient la projection d'un modèle universel.
    /> Cette publication inaugure une collection, menée en collaboration avec le musée Paul Valéry, de petit format à prix modeste, pour remettre en lumière les textes les plus essentiels.

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  • Lorsqu'en 1894 Valéry ouvre les Cahiers qu'il ne cessera de tenir jusqu'à sa mort, son ambition n'est pas d'en faire un lieu de poésie, mais l'espace au contraire d'une réflexion abstraite qui se développera inlassablement, chaque jour, sur près de trente mille pages. L'un des étonnements du lecteur est bien alors de découvrir très tôt, parmi les analyses abstraites, des poèmes en prose que rien ne préméditait et qui constituent le second versant méconnu de l'oeuvre poétique. Un partage capital s'opère en effet : le travail du vers s'accomplit hors des Cahiers et il est ouvertement destiné au lecteur ; le poème en prose, au contraire, reste tourné vers son auteur et dans un espace d'écriture privée.

    Il fallut attendre l'approche de la Seconde Guerre mondiale pour que Tel Quel, Mélange et Mauvaises Pensées, recueils comme on sait composites, fassent une place - mineure - à certains de ces textes. Et dans Tel Quel, le titre de «Poésie perdue» sous lequel il les réunit semble porter négligemment au jour des feuillets égarés, ou arrachés à un lointain passé, mais qui valent cependant d'être lus, malgré tout. Titre admirable, cependant, et qu'il a semblé légitime de reprendre en tête de cette édition qui rassemble pour la première fois la totalité des poèmes en prose des Cahiers - longtemps perdus précisément dans leurs pages innombrables, mais ici retrouvés.

  • Extrait de Regards sur le monde actuel, La liberté de l'esprit succède à La crise de l'esprit qui constatait la faillite de l'Europe après la grande guerre.
    Vingt plus tard, posant un regard lucide sur les mutations qui secouent son époque, Valéry dissèque le monde actuel, relevant, non sans pessimisme, les accrocs de la modernité à la dignité de l'esprit. La critique qu'adresse le poète à la modernité et à ce qui la constitue essentiellement: une modification du rapport au temps, une baisse de la valeur de l'Esprit et un assujettissement de l'homme à l'argent. Les essais ici publiés sont éloquents à cet égard. Pour Valéry, c'est la fin du temps libre, ce temps où l'esprit se consacre à son propre développement par la fréquentation de l'art, de la philosophie, de la littérature.

  • «mon Faust»

    Paul Valéry

    Le personnage de faust et celui de son affreux compère ont droit à toutes les réincarnations.

    (. ) or, un certain jour de 1940, je me suis surpris me parlant à deux voix et me suis laissé aller à écrire ce qui venait. j'ai donc ébauché très vivement, et - je l'avoue - sans plan, sans souci d'actions ni de dimensions, les actes que voici de deux pièces très différentes, si ce sont là des pièces. dans une arrière-pensée, je me trouvais vaguement le dessein d'un iiie faust qui pourrait comprendre un nombre indéterminé d'ouvrages plus ou moins faits pour le théâtre : drames, comédies, tragédies, féeries selon l'occasion : vers ou prose, selon l'humeur, productions parallèles, indépendantes, mais qui, je le savais, n'existeraient jamais.
    Mais c'est ainsi que de scène en scène, d'acte en acte, se sont composés ces trois quarts de lust et ces deux tiers du solitaire qui sont réunis dans ce volume.

  • Mauvaises pensées, paru pour la première fois en 1942, est un catalogue des réflexions que le monde, au sens le plus large, ce « rébus univers », inspire à Valéry. Assimilant les disciplines les plus variées, les passant au crible de sa sensibilité comme de son considérable esprit d'analyse, il élève un monument d'intelligence consacré à. l'intelligence. Qu'il s'agisse du travail intrinsèque à toute pensée, de la question du Beau en soi et de son expression, du maniement du paradoxe, de la bêtise de tout test d'intelligence, qu'il s'agisse de concurrencer Pascal, de percer à jour les ombres de l'amour, de penser l'univers au plus près et l'individu avec la hauteur nécessaire, qu'il s'agisse enfin d'écoper d'une enfance à perpétuité ou de considérer l'animalité humaine, Valéry écrit d'une langue de moraliste en transe les maximes magiques qui convertissent les opérations de son cerveau en « sésame ouvre-toi ».

  • «La facilité de lecture est de règle dans les Lettres depuis le règne de la hâte générale et des feuilles qui entraînent ou harcèlent ce mouvement. Tout le monde tend à ne lire que ce que tout le monde aurait pu écrire.
    D'ailleurs, puisqu'il s'agit enfin en littérature d'amuser son homme ou de lui faire passer le temps, ne demandez l'effort, n'invoquez point la volonté : ici triomphe la croyance, peut-être naïve, que le plaisir et la peine s'excluent.
    Quant à moi, je le confesse, je ne saisis à peu près rien d'un livre qui ne me résiste pas.
    Demander au lecteur qu'il tendît son esprit et ne parvînt à la possession complète qu'au prix d'un acte assez pénible ; prétendre, de passif qu'il espère d'être, le rendre à demi créateur, - mais c'était blesser la coutume, la paresse, et tout intelligence insuffisante.
    L'art de lire à loisir, à l'écart, savamment et distinctement, qui jadis répondait à la peine et au zèle de l'écrivain par une présence et une patience de même qualité, se perd : il est perdu».
    Paul Valéry.

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