• Par « théories du complot », on désigne des explications, parfois naïves, qui s'opposent aux thèses officiellement soutenues et qui mettent en scène un groupe ou plusieurs groupes agissant en secret pour réaliser un projet de domination ou d'exploitation. Les conspirateurs imaginés sont accusés d'être à l'origine de tous nos maux.
    Le moteur de ces raisonnements ? L'insatisfaction. C'est de cette insatisfaction porteuse de suspicion que dérive le discours complotiste contemporain, qui met l'accent sur le doute : « On a le droit de se poser des questions ! » Pierre-André Taguieff fait ici l'hypothèse que le complotisme répond à une demande de sens et de cohérence : pour ses zélateurs, l'ennemi invisible et diabolique explique tous les malheurs des hommes et, en même temps, réenchante le monde, même si c'est pour le peupler de démons. Comment, dès lors, dissiper de telles illusions, qui fonctionnent comme de véritables nourritures psychiques ?

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  • Nietzsche aura été le philosophe du siècle. Parfois pour le meilleur, souvent pour le pire. Retournant contre le prophète de Dionysos le marteau philosophique que lui-même employait pour ébranler les idoles, Pierre-André Taguieff livre avec acuité, verve et élégance une relecture inédite, iconoclaste et critique de l'histoire de la pensée contemporaine, de ses incohérences et de ses abîmes. Il explore le vaste continent des écrits nietzschéens et antinietzschéens qui continuent d'inspirer et de diviser les philosophes, les écrivains et les artistes, notamment face à la question de la décadence et à celle du nihilisme.
    Comment comprendre la fascination récurrente exercée par Nietzsche et sa pensée ? Qu'ont en commun les nietzschéens de droite et les nietzschéens de gauche ? Pourquoi puisent-ils au même fond de métaphores, de paraboles, d'images survoltées pour les surinterpréter ? Comment comprendre cette bataille d'appropriations qui semblent contradictoires mais qui se rejoignent souvent dans le même culte de la force et de la destruction ?
    Cet essai est déterminant pour lever nos cécités sur le plus enthousiasmant et le plus aveuglant des philosophes. Un exercice de lucidité qui marque un tournant dans la pensée française et européenne.

  • Les convergences entre l'islam fondamentaliste et les extrémismes politiques se sont multipliées depuis les années 1920. Une première alliance idéologique, l' « islamo-nazisme », est apparue sous l'égide du « Grand Mufti » de Jérusalem, Amin al-Husseini, et des Frères musulmans. Après la Seconde Guerre mondiale et la création de l'État d'Israël, une nouvelle configuration idéologique s'est développée au sein des mouvances tiers-mondistes ou altermondialistes ralliées à l'antisionisme radical : l' « islamo-gauchisme ».

    En France, aujourd'hui, un profond clivage idéologico-politique oppose les anti-islamistes aux anti-islamophobes, lesquels sont souvent des islamo-gauchistes, c'est-à-dire des militants d'extrême gauche séduits par l'islam politique au point de s'en faire les défenseurs à travers des arguments antiracistes empruntés aux thèses décoloniales ou indigénistes. Les islamo-gauchistes forment des minorités actives sur les réseaux sociaux et dans l'espace universitaire. Ils visent à placer les citoyens devant ce dilemme : être pro-islamistes ou « islamophobes ».

    Comment échapper à cette alternative inacceptable ? Comment préserver la liberté d'expression, et plus particulièrement le principe de la libre critique des religions, quand les défenseurs de la laïcité sont accusés de faire preuve d' « islamophobie » par les islamistes et ceux qui les soutiennent, directement ou non ?

  • Perçu comme tantôt exaltant, tantôt répulsif, l'eugénisme est le plus souvent fantasmé. À ce mot sont en effet associés des projets techno-scientifiques, des doctrines hétéroclites, des utopies, des lois, des mesures relatives à la procréation, des politiques de population, des comportements criminels. Dans la pensée sociale ordinaire, on peut précisément le définir comme la volonté de modifier le patrimoine génétique de l'humanité en vue de son amélioration.

    Mais adhérer à une telle perspective, n'est-ce pas dès lors présupposer l'existence d'une inégalité génétiquement déterminée entre humains ? Et choisir sa descendance, n'est-ce pas jouer aux apprentis-sorciers ? Jusqu'où pousser l'aventure de l'autodétermination ?

    Pierre-André Taguieff décrypte un projet qui en dit long sur la propension des hommes à se révolter contre la Nature... ou contre Dieu.

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  • Lorsqu'il découvre les Protocoles des sages de Sion, début 1920, Hitler ne doute pas qu'il se trouve en présence d'un document révélant le programme secret des hauts dirigeants juifs, visant à devenir les maîtres du monde. Sa lecture du faux lui donne de surcroît un modèle d'interprétation de la révolution bolchevique, qu'il attribue aux Juifs. À partir du printemps 1920, se forme ainsi dans son esprit le mythe répulsif du « bolchevisme juif » à la conquête du monde, qui s'ajoute à la représentation préexistante du Juif comme maître de la finance internationale. Pour Hitler, lire les Protocoles, c'est apprendre à connaître les Juifs, comprendre les buts qu'ils poursuivent ainsi que leurs stratégies et leurs tactiques. C'est aussi expliquer la marche du monde par ses causes cachées. Les lire, c'est enfin se protéger contre « le Juif », voire commencer à gagner le combat contre l'ennemi absolu en se montrant capable de démonter ses mensonges et de déjouer ses manoeuvres : « Le jour où il sera devenu le livre de chevet d'un peuple, le péril juif pourra être considéré comme conjuré. » Jusqu'en 1939, les Protocoles seront utilisés par les services de propagande du Troisième Reich et les thèmes conspirationnistes empruntés au faux auront structuré définitivement, dès le moment de sa formation, l'idéologie nazie.

  • « Le chemin de la simple justice n'est pas facile à trouver entre les clameurs de la haine d'une part et les plaidoyers de la mauvaise conscience d'autre part », affirmait Camus en 1945. Ce constat reste d'actualité, quand des sectarismes menacent approches scientifiques et valeurs républicaines au nom du « décolonialisme » : essentialisation des identités minoritaires, qui racialise les questions sociales et politiques, communautarismes exclusifs qui divisent et opposent les citoyens, instrumentalisations cyniques de minorités supposées victimes d'une imaginaire « République blanche », attaques contre la liberté d'expression, les libertés académiques et la laïcité...

    L'imprégnation décoloniale a fait surgir un nouvel espace de l'extrémisme politique : « antiracistes » racistes visant les « Blancs », gauchistes violents, islamistes plus ou moins masqués, complotistes, néoféministes misandres... Des groupuscules identitaires extrémistes s'érigent en tribunaux d'inquisition, censurent des oeuvres et imposent des « déboulonnages ». Ces nouveaux épurateurs, mus par le ressentiment, invoquent un prétendu « antiracisme politique » pour étendre le champ de l'intimidation.

    Face à la prolifération de mémoires victimaires vindicatives et politiquement instrumentalisées, Pierre-André Taguieff dresse un état des lieux, analyse sans concession les discours décoloniaux et en esquisse une généalogie : autant d'éléments pour la discussion sérieuse d'une imposture de grande ampleur.

  • Pierre-André Taguieff entend faire la généalogie et la typologie de ce qu'on appelle couramment et abusivement l'antisémitisme. Abusivement, car, tributaire d'une vision racialiste, ce terme est insuffisant à rendre compte de toutes les haines antijuives. C'est pourquoi l'auteur propose quant à lui d'articuler sa réflexion au moyen d'un concept non connoté : la judéophobie.
    De la judéophobie antique, qui s'oppose à la religion juive et à la judaïcité, jusqu'à celle qui se structure aujourd'hui autour de l'antisionisme radical, en passant par l'antijudaïsme chrétien, la judéophobie antireligieuse des Lumières, celle, anticapitaliste et révolutionnaire, du socialisme des origines, et l'antisémitisme à proprement parler, racial et nationaliste, ce « Que sais-je ? » dresse un panorama complet et efficace, solidement argumenté et documenté, d'une notion malheureusement plus que jamais d'actualité.

  • L'émancipation promise

    Pierre-André Taguieff

    • Cerf
    • 19 Septembre 2019

    Dans ce livre savant et moqueur, Pierre-André Taguieff passe au scalpel l'idéal moderne par excellence, celui d'émancipation, qui exalte, mobilise et aveugle depuis longtemps les Modernes. Le temps est venu de soumettre à un examen critique sans complaisance cette notion qui fait partie du prêt-à-penser dont se sont emparés les utopistes et les démagogues de toutes obédiences.
    Comment expliquer que cette notion banale ait pu devenir un thème philosophique et politique majeur depuis la fin du XVIIIe siècle, sous la forme du projet universaliste de l'émancipation du genre humain comme sous celle de l'autonomie croissante de l'individu ? Taguieff analyse la formation philosophique de l'idée d'émancipation, explore ses usages politiques et dissèque ce qu'il appelle l'« émancipationnisme », produit de la corruption idéologique de cette idée-force. Car l'émancipation comme projet global appelle une critique fondamentale : ce qui est rejeté subrepticement, voire diabolisé, ce sont les attachements, les fidélités, les enracinements, les mémoires particulières, donc la transmission. Il s'agit d'un programme de refonte anthropologique, visant à créer l'« homme nouveau », chimère d'une société mondiale d'individus également émancipés.
    La généalogie d'une idée floue, pour penser librement le monde de demain.

  • Après avoir théorisé et imposé l'expression " national-populisme " dans le champ intellectuel à l'orée des années 1980, Pierre-André Taguieff revient, 30 ans plus tard, sur les mutations de ce concept et s'interroge sur son devenir à l'heure de la mondialisation et des bouleversements socio-économiques contemporains. Le nouveau national-populisme désigne aujourd'hui aussi bien les droites radicales européennes que les régimes autoritaires latino-américains ou certaines théocraties islamistes. Un " style " politique arc-bouté sur des principes communs : valorisation des particularismes identitaires, défense du " peuple " contre les " élites ", dénonciation du multiculturalisme, refus de la globalisation... Les nouveaux visages du populisme hantent la démocratie et profitent des formidables ressources de la Toile pour se développer. Une poussée inquiétante que Pierre-André Taguieff appelle à combattre par un retour assumé aux grands principes du pacte républicain.

  • Est-il justifié de proscrire le mot « race » de la Constitution ?
    Comment penser qu'en supprimant le terme des textes législatifs, on contribue efficacement à la lutte contre le racisme ? Les préjugés et les comportements racistes sont-ils nécessairement liés à l'emploi du mot « race » ? La délégitimation scientifique du concept de race depuis les années 1970 a-t-elle fait reculer le racisme comme ensemble d'attitudes, de pratiques et de croyances idéologiques ? La lutte antiraciste peut-elle se contenter de modeler son discours sur les derniers résultats de la recherche en génétique, alors qu'il semble exister des « racismes sans race » ?
    La salutaire mise au point de Pierre-André Taguieff explore ces questions polémiques sur la base d'une information exceptionnelle et réellement transdisciplinaire. Elle se distingue par sa rigueur conceptuelle et la clarté de son argumentation là où, trop souvent, règnent la confusion, l'angélisme et la pensée-slogan. L'auteur montre que, depuis les commencements de l'époque moderne, un spectre hante l'imaginaire occidental, tiraillé entre l'idée de l'unité du genre humain et le constat de la diversité des humains.
    Les débats philosophiques et scientifiques sont ici convoqués pour appréhender l'évolution de la pensée occidentale autour de cette notion problématique de « race » et nourrir nos interrogations de citoyens sur les rapports entre le savoir scientifique, la politique et la morale.

  • Pierre-André Taguieff revient sur la récente séquence judéophobe, celle de la période 2000-2018.
    Les attentats djihadistes commis en France ont provoqué une prise de conscience de la menace, d'une ampleur qui n'avait pas été nettement pressentie, bien qu'annoncée par des signes inquiétants  : dès 2001, l'auteur avait donné une première analyse du phénomène émergent.
    Il fallait donc redessiner le paysage et tenter de repenser la nouvelle configuration antijuive, en perpétuelle métamorphose, dans laquelle se rencontrent les extrémismes  : complotisme, concurrence victimaire, anti­sionisme radical, négationnisme et islamisation croissante des discours.
    Pierre-André Taguieff retrace la généalogie, depuis 1967, de la haine des Juifs telle qu'elle s'est idéologisée dans le monde arabo-musulman post-nassérien. Cet imaginaire judéophobe s'est ancré en France, puis en Europe, à compter de la seconde Intifada (2000), et se diffuse désormais massivement sur les réseaux sociaux, dans un contexte marqué par la déstabilisation du Moyen-Orient.
    Dans l'espace politico-intellectuel français, la dernière vague judéophobe est moins portée par les milieux nationalistes traditionnels que par des milieux gauchistes et islamistes qui instrumentalisent et retournent contre les Juifs (les «  sionistes  », disent-ils ordinairement) des représentations empruntées à l'antiracisme, à l'anticolonialisme, à l'anti-impérialisme, à l'antifascisme ou à la critique du communautarisme.
    C'est cette configuration inédite, qu'il qualifie d'«  islamo-gauchiste  » depuis le début des années 2000, que l'auteur prend pour objet de réflexion.

  • Penser d´une façon conspirationniste, c´est non pas croire que les complots existent, car ils n´ont jamais cessé d´exister, mais voir des complots partout et croire qu´ils expliquent tout ou presque dans la marche du monde. Il faut clarifier les termes employés, car l´expression « théorie du complot » (conspiracy theory, Verschwörungstheorie) est trompeuse. L´histoire universelle est remplie de complots réels, qui ont abouti ou échoué. Mais elle est aussi pleine de complots fictifs ou imaginaires attribués à des minorités actives ou aux autorités en place (gouvernements, services secrets, etc.), objets de croyances collectives. Dans l´expression mal formée « théorie du complot », le « complot » est nécessairement un complot. Dans un monde de fortes incertitudes et de peurs, où l´adhésion aux « grands récits » de nature religieuse a faibli, la multiplication des représentations ou des récits conspirationnistes, leur diffusion rapide et leur banalisation, est un phénomène remarquable, mais aisément explicable : ces récits, aussi délirants soient-ils, présentent l´avantage de rendre lisibles les événements. Ils permettent ainsi d´échapper au spectacle terrifiant d´un monde chaotique dans lequel tout semble possible, à commencer par le pire. D´où le succès public de ces récits. Sous le regard conspirationniste, les coïncidences ne sont jamais fortuites, elles révèlent des connexions cachées, et permettent de fabriquer des modèles explicatifs des événements. Les cas fourmillent, de l´« affaire DSK » à la grande crise financière actuelle...


  • Expose l'histoire conceptuelle et politique de l'idée de progrès, analyse les principales théorisations dont elle a fait l'objet et examine le néoprogressisme et l'antiprogressisme contemporains dans les discours des hommes politiques, des intellectuels et des journalistes en France.


  • Le populisme n'est ni une idéologie politique ni un type de régime. C'est un style politique, fondé sur le recours systématique à l'appel au peuple. C'est parce qu'il est une forme vide, remplie à sa manière par chaque leader, que le populisme peut être mis au service d'objectifs antidémocratiques non moins que d'une volonté de démocratisation. Telle est son ambiguïté : il oscille entre une orientation autoritaire et antidémocratique, illustrée naguère par le fascisme italien ou les populismes nationalistes latino-américains, et une orientation hyperdémocratique. Le populisme se reconnaît en outre à l'indétermination et au syncrétisme de ses orientations. Au rejet de la classe politique nationale il ajoute des ingrédients idéologiquement variables, à base de libéralisme économique et de nationalisme ethnique, de libre-échangisme et de protectionnisme, de xénophobie anti-immigrés et de défense «chauvine» de l'État-providence, de rejet des élites et de peurs identitaires. Le leader populiste fait un usage particulier, exclusif et systématique du principe de la souveraineté du peuple, à l'exercice duquel il réduit la vie démocratique ; pour défendre sa propre cause, il fait ostensiblement sienne la cause du peuple ; il est aussi ce tribun, guide et sauveur du peuple, qui se présente comme un homme providentiel et faiseur de miracles - ou d'avenirs radieux. L'extension planétaire des mobilisations populistes, à dominante protestataire ou identitaire, est un signe à déchiffrer et invite à un effort de définition auquel se livre Pierre-André Taguieff, à l'issue d'une enquête approfondie.

  • « Antisionistes de tous les pays, unissez-vous ! » Le conflit israélo-palestinien paraît plus vaste et oppose à des « criminels professionnels » la multitude intrépide des innocents mobilisés. Car s'affirmer « pour la Palestine » c'est se placer dans le camp du Bien : « il n'y a pas de cause plus émouvante », et la vraie religion communiste c'est la lutte finale contre ce dernier racisme : au XXIe siècle le monde sera sans le sionisme. Car comment faire la paix avec cet État supposé raciste, dominateur, intrinsèquement pervers, Israël, et comment faire entendre raison à ce peuple à la nuque raide, qui s'arroge le droit, « sûr de lui-même », au retour seul ? Comment détruire le sionisme sans éliminer tous les sionistes et abolir leur rêve d'une souveraineté juive sur la sainte terre ? « Nous avons libéré la bande de Gaza, mais avons-nous reconnu Israël ? » demande le Hamas, et on connaît la réponse : « pour les Palestiniens la mort est devenue une industrie... » Déjà la Shoah n'est plus qu'un mince rempart idéologique, qui paraît avoir été un mythe odieusement fabriqué pour effacer la mémoire de la Naqba. « Tout redevient possible, tout recommence », et devant la seule nouveauté de l'histoire les « indignés » déjà ne s'émeuvent plus. Dans ce livre magistral, Taguieff donne la leçon ultime : celle qui permet une dernière fois de reprendre ses esprits en contemplant le rêve brisé de l'Occident avant le grand soir. Parce qu'elle nous place devant l'abîme elle nous rend libres, et parce qu'elle ressemble à la vérité elle peut redonner le goût, et peut-être la force, de vivre. Jamais on n'aura été aussi bien renseigné. Le maximum que vous puissiez demander à l'histoire.

  • Treize ans après la publication de son essai majeur, La Nouvelle Judéophobie, Pierre-André Taguieff signe une étude stimulante dans laquelle il explore et analyse les formes les plus récentes de la haine antijuive, portée par un antisionisme radical mâtiné de complotisme et une islamisation croissante de la cause palestinienne. La tuerie antijuive de l'« Hyper Cacher », porte de Vincennes, le 9 janvier 2015, s'inscrit dans l'année terrible commencée le 26 janvier 2014 avec la manifestation parisienne « Jour de colère », mais aussi dans la dernière vague antijuive mondiale qui a débuté en octobre 2000 et touché particulièrement la France. Les actions jihadistes des frères Kouachi et d'Amedy Coulibaly montrent que, pour les islamistes radicaux, deux raisons suffisent pour mériter la mort : être juif, être « islamophobe ». La judéophobie contemporaine se caractérise avant tout par sa diffusion planétaire, qui lui fait perdre une grande partie de ses traits nationaux. La diabolisation des Juifs traverse désormais toutes les frontières. Dès lors, la lutte contre la judéophobie doit elle aussi être globalisée.

  • Comment interpréter la marche triomphale d'Emmanuel Macron sans donner dans l'admiration naïve ni dans le dénigrement de principe ? Trois hypothèses :

    Il s'agit d'une sorte de miracle : un événement hautement improbable a eu lieu. Reste à expliquer comment le chef charismatique a pu transformer sa puissance de séduction en victoire politique, et à s'interroger sur ce qu'il en fera.

    Ses succès électoraux relèvent du symptôme : Macron apparaît comme le produit de la décomposition du système politique français qu'il a habilement exploitée, substituant au vieux clivage droite-gauche le nouveau clivage ouvert-fermé.

    Il faut voir dans le phénomène Macron quelque chose comme un mirage : le manieur de symboles tenant du prestidigitateur a réussi à faire croire qu'il portait la bonne nouvelle d'un « changement » salvateur. Mais le stratège hors pair ne saurait faire oublier qu'il est un héritier et non un fondateur.

    Centriste et téméraire, courtois et « dégagiste », politiquement correct et « antisystème » : pour le philosophe Pierre-André Taguieff, telle est la recette Macron, une « modération audacieuse », illustration emblématique de la démagogie discrète et policée des nouvelles élites éclairées.

  • Racisme

    Pierre-André Taguieff

    • Kareline
    • 24 Février 2010

    Le racisme est-il inhérent à la nature humaine ? Il semble bien en tout cas qu'il s'inscrive dans une multiplicité de contextes socio-historiques.
    L'ethnocentrisme, qui le prépare, est patent dans toutes les cultures. Mais le racisme, comme tel, représente un phénomène européen moderne, au sens où il traduit la mise en question de l'unité du genre humain. L'auteur s'attache à décrypter les origines de cette " théorie modernitaire " à travers la généalogie de la théorie du " sang pur ". 11 analyse les différents racismes, du plus ordinaire au plus élaboré.
    Enfin il s'attache à l'anti-racisme, à ses fondements et à son histoire, jusqu'aux lois les plus récentes. Un livre très pédagogique et documenté.

  • Face aux rêveries planétaristes et à la mondialisation de l'économie, face à la tentation du repli communautaire et à la démagogie du Front national, P.-A.
    Taguieff désigne la menace qui pèse sur le modèle universaliste français. Il défend ici une conception " héroïque " de la politique. Ni vertueuse, ni utopique, mais lucide. Contre la fatalité économique. Contre la complaisance vis-à-vis des mouvements identitaires. Pour sauver l'universel.

  • Depuis le milieu des années 1980, les formations politiques dites « populistes » ou « néopopulistes » de droite, sans perdre leur dimension protestataire et anti-élites, sont devenues de plus en plus identitaires, anti-européistes et anti-immigrés. On peut y voir l'apparition de nationalismes non classiques, qui ont substitué aux visées expansionnistes ou impérialistes des préoccupations défensives ou conservatrices, centrées sur la préservation des identités collectives supposées menacées. Dans ces nouvelles mobilisations nationalistes qui séduisent de plus en plus de citoyens, l'orientation xénophobe est moins politique que culturelle. L'ennemi principal n'est plus le pays voisin, rival menaçant, mais l'ensemble des forces et des flux censés mettre en péril les manières de vivre, de penser et de sentir des citoyens de telle ou telle communauté nationale. C'est à ce titre que l'« américanisation » ou l'« islamisation » des moeurs sont dénoncées.
    Loin d'avoir mis fin aux mobilisations nationalistes, la construction européenne et la mondialisation sont devenues les principales causes de ces réactions nationalistes non prévues par les experts. Cette évolution de nombreuses formations politiques vers une nouvelle forme de nationalisme, un néonationalisme idéologiquement compatible avec le néolibéralisme comme avec le social-étatisme (l'État-providence), a été masquée par le style populiste de leurs leaders, pratiquant l'appel au peuple contre le « système » ou les élites dirigeantes, ainsi que par un étiquetage polémique consistant à les inclure dans la catégorie diabolisante d'« extrême droite », interdisant toute analyse fine et non biaisée de leurs conditions d'apparition, de leurs traits distinctifs et des facteurs de leurs succès électoraux. Il est contre-productif de dénoncer ces formations politiques comme anti-démocratiques, alors que la plupart d'entre elles exigent plus de démocratie et d'engagement civique que n'en permettent aujourd'hui les démocraties représentatives, minées par l'érosion de la confiance entre gouvernants et gouvernés. S'il est légitime de s'interroger, non sans inquiétude, sur cette grande vague national-populiste qui balaie l'Europe depuis une trentaine d'années, il faut aussi reconnaître que la séduction croissante de ces mobilisations idéologiquement nationalistes et rhétoriquement populistes constituent un défi pour tous les citoyens soucieux de revivifier la démocratie sans restreindre le champ des libertés individuelles.

  • Nous avons découvert un « autre » que nous n'imaginions pas : le jihadiste. Nous sommes stupéfiés de voir surgir des « barbares » d'un nouveau type, vivant et pensant dans un tout autre monde culturel que le nôtre, et fermement décidés à le soumettre ou à le détruire. Mais comment expliquer la séduction que ces fanatiques exercent ? Pourquoi font-ils des prosélytes ? Notre culture laïcisée nous fait sous-estimer la force des croyances religieuses qui animent les jihadistes.

    L'islamisme radical représente la dernière des idéologies légitimant l'usage de la violence absolue contre les ennemis que ses adeptes désignent : mécréants ou infidèles. L'utopisme révolutionnaire s'est réfugié dans l'islamisme jihadiste, qui nous a déclaré la guerre. « Nous », c'est-à-dire non seulement les Occidentaux vivant dans des sociétés démocratiques, mais tous les humains décidés à défendre leurs libertés.

    Pierre-André Taguieff appelle à reconnaître ce fondamentalisme islamique guerrier comme le nouvel ennemi. Il retrace l'histoire de la doctrine du jihad jusqu'à ses réinterprétations, au XXe siècle, par les principaux théoriciens de l'islamisme. Il analyse enfin les usages du terme « islamophobie », instrumentalisé par certains pour mobiliser les musulmans et les pousser à l'auto-ségrégation, voire à l'engagement jihadiste.

    L'islamisme jihadiste incarne une paradoxale révolution réactionnaire porteuse d'un projet impérialiste. Contre cet ennemi imprévu, le combat intellectuel et plus largement culturel est l'affaire de tous, musulmans anti-jihadistes compris.

    L'analyse exigeante et lucide d'un grand intellectuel sur ce mélange inédit d'obscurantisme, de fanatisme et de propagande guerrière qui nous menace.

  • Ce dictionnaire fournit les éclairages historiques et conceptuels sur tous les débats et controverses qui structurent l'espace du racisme - des modes de stigmatisation ordinaires (insultes) jusqu'aux massacres de masse organisés. D'où le choix de prendre en compte autant les frontières (intolérance, ethnocentrisme, xénophobie) du " phénomène racisme " que ses noyaux durs (élaborations doctrinales et conceptualité biologique). L'approche comparative (exclusion, couleur, crime contre l'humanité, génocide, nettoyage ethnique.), l'analyse d'interactions sociales (anti-Noirs, anti-Blancs, anti-immigrés.), jusqu'aux questions de la personnalité autoritaire, de l'identité collective, des théories du complot, du multiculturalisme, dessinent le cadre de cette réflexion.
    Ouvrage collectif sur l'hétérophobie, ce dictionnaire concerne la planète " Terre ". Il est une réponse raisonnée et critique aux angoisses et inquiétudes que suscitent la mondialisation et sa mixophobie. Il permet ainsi de comprendre ce que " nouveau racisme ", ce racisme sans races ni assertion d'inégalité, peut signifier.

  • La réinvention des mythes germaniques par Wagner, adepte par ailleurs de la thèse de l'origine aryenne de la civilisation, a nourri l'idéologie allemande dès le Deuxième Reich, lui fournissant des modèles de héros et de créatures démoniaques ou repoussantes.
    Dans ses écrits doctrinaux et ses déclarations publiques, à partir de 1850, Wagner a beaucoup fait pour diffuser la thèse selon laquelle l'influence juive dans la culture européenne était essentiellement négative, porteuse de corruption et de dégénérescence, et qu'il fallait de toute urgence lutter contre le processus de " judaïsation (Verjüdung) de l'art moderne ". Ce qu'il stigmatise comme " enjuivement " ou " judaïsation " de l'art et plus généralement de la culture au XIXe siècle, il l'analyse à la fois comme un effet pervers de l'émancipation et comme un processus corrélatif de la " décadence " des formes artistiques en Allemagne. La " judaïsation " représente pour Wagner le triomphe du " Juif cultivé ", du Juif moderne sorti du ghetto, un Juif ayant cessé de parler yiddisch, parlant et s'habillant comme un citoyen allemand, un Juif quasi-indiscernable perçu et dénoncé par Wagner comme le type même du " parvenu ". La thèse centrale du musicien-prophète est que les Juifs modernes ont transformé l'art en marchandise.
    Dans son article intitulé " Modern " - qui joue sur les connotations du mot en allemand : d'une part, " moderne ", mais, d'autre part, " pourrir " -, achevé le 12 mars 1878, Wagner dénonce dans le triomphe du modernisme, porté autant par la " puissance de l'argent " que par la " puissance de la plume " (celle du journalisme), une " victoire du monde juif moderne ". En posant que le monde moderne est un monde " judaïsé " ou " enjuivé ", c'est-à-dire " dégénéré ", Wagner rejoint sur un point essentiel les polémistes catholiques traditionalistes qui, dans le dernier tiers du XIXe siècle, radicalisent dans un sens antijuif la dénonciation des " erreurs modernes " par le Vatican, qui visait avant tout l'athéisme, le matérialisme et la franc-maçonnerie. Wagner a esquissé un programme de régénération du monde moderne, qui tient en une formule : " déjudaïser " la culture européenne. En comprenant cette " déjudaïsation " comme une libération ou une émancipation des peuples européens, Wagner a ouvert la voie à l'antisémitisme " rédempteur " qui sera au coeur de la doctrine hitlérienne.

  • Un essai qui explique comment l'idéologie racialiste est née en France à la fin du XIXe siècle, et comment elle s'est répandue pour donner les formes de racisme contemporaines.

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