Littérature générale

  • Le pugilat

    William Hazlitt

    En 1821 eut lieu dans la campagne anglaise un combat épique entre le Boucher de Bristol et le Gazier, deux pugilistes qui différaient tant par le style que par la stature. Plus de 20 000 amateurs y assistèrent, plus de 150 000 livres sterling changèrent de mains. Il fallut dix-sept rounds, âpres et sanglants, pour les départager.
    À l'époque, les matchs se disputaient sans gants et duraient parfois plusieurs heures, les rounds ne se terminaient que lorsqu'un des combattants tombait à terre et ne pouvait se relever, et les k.-o. se comptaient en trente secondes. Le pugilat était encore un spectacle héroïque et sanglant C'est à ce spectacle qu'accourt avec enthousiasme William Hazlitt, féru de boxe, de vaillance et de truculence populaire. La narration pleine d'esprit qu'il en fait, aussi subjectifve qu'instructive, demeure l'un des plus beaux textes jamais écrits sur l'art pugilistique.
    William Hazlitt (1778-1830) a laissé le souvenir d'un polémiste acerbe doublé d'un esthète érudit et éclectique, s'opposant aux castes qui gouvernaient alors le Royaume-Uni et y étouffaient l'esprit critique.
    Ses Propos de table et ses essais philosophiques révèlent une perspicacité psychologique singulière à l'aune des littérateurs de son temps. C'est ce discernement teinté d'ironie que l'on retrouve dans ses chroniques de la société anglaise au temps du romantisme et de la révolution industrielle, telles que Le Pugilat (1822).
    Cet ouvrage en quadrichromie est en outre assez richement illustré de gravures d'époque et précédé d'un avant-propos qui dresse un tableau de la boxe anglaise avant l'adoption des règles dites du marquis de Queensbury, lesquelles prévalent encore largement de nos jours.
    Ce petit récit malicieux intéressera autant les amateurs de littérature que les aficionados du noble art.

  • Être ouragans est composé de trois livres en un volume qui forment comme un triptyque. Ces trois livres sont indépendants les uns des autres et peuvent être lus dans le désordre, bien que liés entre eux en ce qu'ils sont le fruit d'une même réflexion sur différents aspects de notre réalité Comment saisir notre présent, cette réalité fuyante, souvent inédite, trop familière pour être connue ? L'auteur a cherché à contourner cette familiarité en prenant le parti de la dissidence pour proposer une perspective décalée sur ce qui constitue notre réalité.
    Le premier livre est intitulé De la réalité et des représentations que nous en avons ;
    Il s'agit d'un discours sur la réalité en tant que elle, en tant que pensée se réalisant ;
    L'auteur y critique deux concepts qui sont propres à la représentation moderne et occidentale du monde et de l'être : celui de nature et celui d'individu. Le deuxième livre contient Six thèses pour une brève histoire du capitalisme des origines à nos jours ; il s'agit cette fois d'une analyse de l'apparence comme réalité. Le troisième livre parle de la résistance que les peuples indiens du Mexique opposent à l'avancée du monde marchand : il s'intitule L'expérience mexicaine et se présente comme une chronique des temps présents.
    Être ouragans : ce titre fait référence à l'irruption des révoltes contre la domestication, aussi imprévisibles que dévastatrices. Et c'est bien à ce qui n'est pas domestiqué en nous que l'auteur en appelle pour briser le carcan de l'aliénation, qui permet au capitalisme de dissoudre les cultures ancestrales dans le même mouvement qu'il anéantit les ressources naturelles. Cet ouvrage est donc une précieuse source de réflexion pour tous ceux qui envisagent de rompre avec le système ou s'y essaient déjà.

  • Poésies

    Karl Marx

    L'auteur du Capital fut d'abord poète. Il renonça à son art à 20 ans. Ses vers, traduits et publiés ici pour la première fois, demeurent inconnus du public français. On découvre, dans ce recueil, un barde romantique tantôt tourmenté tantôt exalté par de vertigineuses interrogations. Il contient presque tout ce qu'il ne jeta pas au feu le jour où il comprit qu'il vaut mieux, selon le mot de Hölderlin, « faire ce que les poètes ne font que rêver ».

  • À Taïwan comme partout ailleurs, il arrive que des hommes de peu, mus par un sens du merveilleux plus ou moins conscient, se décident, avant de disparaître, à laisser une belle trace de leur passage sur terre en donnant libre cours à leur imagination. Dégagés des pressions sociales de toute sorte, ils ne se préoccupent plus, alors, que de donner forme et expression aux songes qui les ont hantés et secrètement nourris leur vie durant.
    Ce récit d'un périple à travers l'île de Taïwan, illustré de nombreuses photos, nous fait découvrir d'étranges créations situées dans un pays plus réputé pour ses prouesses économiques que pour l'inventivité et l'originalité de ses artistes populaires. S'inspirant de traditions locales autant que de l'air du temps, mais ne se fiant qu'à leur fantaisie, ces bricoleurs de paradis offrent à nos regards une vaste gamme de savoir-faire, qui sont autant de savoir-être.
    Les créateurs d'art brut ou d'art populaire insolite à la rencontre desquels l'auteur est allé n'ont pas de grandes idées à représenter ni de justes causes à défendre - seulement d'insolites visions à transmettre. à qui veut bien les voir.
    Marié à une Taïwanaise, Rémy Ricordeau est cinéaste, auteur de plusieurs documentaires, dont Bricoleurs de Paradis, film sur les créateurs spontanés mentionnés dans L'Éloge des jardins anarchiques (et dont le DVD est inséré dans ce dernier ouvrage).

  • En novembre 1918, Georghiu Mavrocordato, hospodar de Coumantsa, et ses amis du Club scythe chassent par les armes la garnison allemande qui occupe cette bourgade roumaine. Leur putsch instaure alors une mini-république des conseils, dont la Constitution est tout entière un florilège de citations de Nietzsche. Dans cette savoureuse uchronie, l'auteur de TAZ (zone d'autonomie temporaire) esquisse de précieuses convergences entre destins individuels et aspirations communautaires.

  • Entre les 7 et 9 janvier 2015, les attaques contre Charlie Hebdo et le magasin Hyper Cacher font 20 morts et des millions d'hébétés. Ce qui domine, dans les jours et les semaines qui suivent, est la sidération, au sens propre du mot : « État d'anéantissement subit produit par certaines maladies, qui semblent frapper les organes avec la promptitude de l'éclair ou de la foudre. » Pareille sidération, amplifiée par le système médiatique et s'emmêlant à l'émotion qui s'est emparée du pays, mène à la plus grande confusion : il faut s'efforcer d'examiner ce qui s'est passé et dit avec circonspection. Et si bien des effets, de prime abord exceptionnels, se sont dégonflés aussi vite qu'ils ont surgi, ils ont pu focaliser et détourner l'attention de mesures graves, établies pour durer, telles que des lois liberticides qui donnent à la police toute latitude pour espionner toute la population.
    C'est en ce sens que l'on pourrait parler d'un « 11 septembre français » - à cela près que la France a déjà vécu les répercussions de la destruction des Twin Towers par une poignée d'illuminés décidés au « martyre ». Dans l'Hexagone, les conséquences de cet attentat cathartique ont alors été beaucoup moins extrêmes qu'aux États-Unis en matière de militarisation et de surveillance de la société - certes, mais la France rattrape rapidement ce « retard », en dépit des déclarations rassurantes de nos dirigeants sur « nos valeurs » et « notre solide démocratie ».
    Cette compilation de réactions - exagérées voire aberrantes, mais révélatrices, ou tout bonnement grotesque - qui sont apparues dans la presse ou sur Internet les « jours d'après » participera, nous l'espérons, à mettre au jour des vessies qu'on tente de faire passer pour des lanternes, dans ce pays volontiers cartésien et voltairien qui, face aux obscurantismes, a éteint les Lumières.

  • QUAND LE PEUPLE CROIT TOUT POUVOIR HASARDER, IL N'EST RIEN QU'IL NE PUIISE ACCOMPLIR "Je donnai mes ordres en deux paroles, et ils furent exécutés en deux moments" Le mouvement fut comme un incendie subit et violent, qui se prit du Pont-Neuf à toute la ville. Tout le monde, sans exception, prit les armes. L'on voyait des enfants de cinq et six ans avec les poignards à la main ; on voyait les mères qui les leur apportaient elles-mêmes. Il y eut dans Paris plus de douze cents barricades en moins de deux heures, bordées de drapeaux et de toutes les armes que la Ligue avait laissées entières... Tout le monde cria : «Vive le Roi !»mais l'écho répondit : «Point de Mazarin ! »" Paul de Gondi, futur cardinal de Retz, joua un rôle primordial, quoique sinueux, dans les troubles de la Fronde (1648-1652).
    Par ambition plus que par conviction, il mit d'abord son réseau d'abbés et de libellistes, de spadassins et de libertins au service du parti parlementaire en lutte contre Mazarin. Il saisit l'occasion, dans ces instants séditieux, de déployer son goût de l'intrigue, ne se fiant qu'à sa redoutable finesse. Le récit de l'insurrection initiale du 26 août 1648, qui vit le peuple de Paris en imposer au pouvoir royal, est le plus captivant morceau de ses Mémoires, copieusement lardés d'anecdotes historiques et de maximes politiques qui ont fait sa seule gloire : celle d'un conteur hors-pair, plus pénétrant que sage.

  • LA JOUE DU ROI.
    Lorsque le crime collectif se cache derrière le crime individuel, le Pouvoir des têtes couronnées et tondues s'en donne à coeur joie pour avoir celles des petits voleurs. La Joue du Roi met en scène la JUSTICE, la vraie Celle qui nous rend tous égaux : la Mort, dont le masque est celui de Notre-Dame-de-la-Peste. VOMITIF. Le drame, c'est, peut-être, de survivre à la tragédie ! Vivre quand la mort prend les raisons de vivre.
    Finir son existence dans la peau d'une Andromaque vieillie, les plis de la bouche durs, amers... Voilà le masque du drame lorsque l'héroïne reste amputée du meilleur d'elle-même... In suicidée.

  • Sur la route qui le mène vers l'Océan, à la recherche d'un peu de paix et d'un nouveau sens à sa vie usée, Vladimir Kzybniek percute la voiture de Wilko, un vieux rocker armé d'un étui à guitare et d'un pistolet tchécoslovaque. Les deux hommes passent la nuit au Luciphob Clob, une boite perdue au fond d'une zone industrielle, en attendant l'ouverture de la casse de Popah Gronschtein où Wilko pense qu'ils pourront faire retaper la voiture de Vladimir et reprendre leurs routes respectives. Au matin, dans le coffre d'une Mustang Fastback de la casse, Vladimir découvre le corps inanimé de Stella. Suite à la mort du casseur, Vladimir, Wilko et Stella volent le camping-car hyper luxueux dans lequel vivait Popah, mais sont pris en chasse par les fils du casseur. Commence alors un road trip nocturne et enneigé à travers l'Europe de l'Est, rythmé par le blues de Robert Johnson. Traqué par des monstres, Vladimir est lui-même à la poursuite des fantômes de son enfance. Mais les uns ne sont-ils pas les autres ?
    L'auteur : Christophe Pagnon a animé la compagnie du Rince Cochon, organisant concerts et pièces de théâtre « pour dans » les bars. Il a publié au tournant du siècle chez L'insomniaque deux de ces pièces : Moi toute seule ! et Casse départ, dans la collection À couteaux tirés. Viennent ensuite des pièces pour la scène, dont Panse Bête sur une commande de J.-M. Ribes pour le théâtre du Rond- Point, dans le cadre du projet La baignoire et les deux chaises (texte publié à l'Amandier), et codirige un atelier d'écriture au théâtre de La Tempête. Il écrit et met en scène Les chroniques de l'Éveillé, jouées au théâtre de la Reine Blanche. Il écrit également pour la radio : La Poésie des brutes, une commande de France Culture, et des pièces noires pour France Inter, comme La Petite Rose, ou La nuit est son chemin.
    Toujours plasticien et musicien, il expose régulièrement ses dessins, ainsi que des objets bizarrement manufacturés dans le cadre d'un projet à long terme : My Own Personal Vaudou. Il chante et joue de la guitare dans le groupe Mojo Panique, pour lequel il a écrit une quinzaine de blues et produit le disque De bleu sombre et d'or.
    Le ciel renversé est son premier roman.

  • Le narrateur, ancien taulard devenu poète, vit dans une caravane dans une usine transformée en centre social autonome. Un matin, il décide de sortir de chez lui nu comme un ver et sans un sou. Il arrive ainsi dans les beaux quartiers où il fait l'expérience de la « charité » bien ordonnée des riches. Il entreprend ensuite de retrouver ses anciens complices du temps où ils étaient cambrioleurs. Après quelques pérégrinations, ponctuées d'interrogations sur l'histoire des gueux à travers les âges, il rencontre l'amour et l'utopie. Alexandre Dumal nous livre ici, dans son style singulier d'éternel outsider, des tranches de vies qui se terminent en promesse d'insurrection. Les formules et les bons mots émaillent les dialogues par lesquels se découvrent des humains sans autre qualité que l'appétence d'une vie non asservie.
    Après avoir passé plus de dix ans dans les geôles de la république pour braquages, Alexandre Dumal a raccroché son flingue pour se faire auteur de romans noirs à connotation sociale. Dans la préface de l'ouvrage qui a fait connaître Dumal en 1995 (Je m'appelle Reviens, Série noire), Jean-Patrick Manchette, quelques mois avant son décès, disait ceci : « Pour savoir écrire, il faut savoir vivre. Certains qui ne savent ni lire ni vivre auront hâte d'oublier ce livre. Qu'ils se dépêchent ! Car le refus qui habite ce texte n'a pas fini de revenir, lui aussi, dans la gueule de la servitude. »

  • Mars 1985 : la grève des mineurs s'achève tragiquement.
    Le plus long, le plus violent des mouvements sociaux qu'ait connu la Grande-Bretagne est vaincu. Pour les communautés de " gueules noires ", vouées à l'élimination par Margaret Thatcher, c'est l'échec de plus d'une année de résistance. C'est aussi un triomphe du dogme de l'écrasement des pauvres, dont les propagateurs ont depuis conquis le monde. John Dennis, mineur du Yorkshire et gréviste magnifique - mort des suites de la défaite -, nous conte ici une éclairante facétie de sa jeunesse, où se mêlent conscience de classe et joyeux éthylisme.
    Puis son épouse et complice Jenny revient sur leur participation acharnée à la grande grève. À travers son témoignage sur cette lutte s'esquisse, au-delà des destins particuliers, celui du prolétariat occidental. Des textes additionnels précisent les enjeux stratégiques de cette bataille du charbon, moment crucial d'une guerre toujours en cours entre la liberté et l'esclavage.

  • Engraissant dans son mirador, Henri épie les clients grâce à ses douze écrans de surveillance.
    La grande famille du vol à l'étalage n'a plus guère de secrets pour lui : pauvres aux abois, frénétiques de la consommation, cleptomanes invétérés... et quelques artistes de la fauche. Dans une ville nouvelle en décrépitude, où l'unique lieu de divertissement est le centre commercial, l'auteur décrit un environnement déshumanisé, pesant, tentaculaire. Les personnages, atomisés et déboussolés, peinent à s'adapter à cette nouvelle forme de survie.
    Entre transgressions et coups de folie, les plus indociles tentent de résister à l'étouffante routine d'une vie quotidienne contrôlée par l'économie.

  • "Les relégués les plus récalcitrants - impénitents, indociles, réfractaires, contestataires et autres anarchistes - étaient expédiés chez Iroucan, sur l'île du Diable.
    Dans son royaume, Iroucan savait comment les broyer. Sur 329 pensionnaires ayant séjourné dans son domaine, 76 sont morts d'épuisement et ont été jetés aux requins, 58 ont préféré affronter les dents des squales et les autres en sont revenus brisés à jamais. Coquilles vidées de leur humanité, ils ont succombé au vampirisme d'Iroucan. Iroucan règne sur les cellules et les cachots. Il écrase toute velléité de rébellion.
    Il n'y a guère qu'un petit Indien, pas plus grand que ça, une plume sur la tête, des mocassins aux pieds et un arc à la main, qui ait réussi à sortir de ses griffes..." Ces fabliaux doux-amers revisitent la sombre légende du bagne. Dans cet abîme pénitentiaire où les âmes dépérissent plus vite encore que les corps, un petit Indien, esprit ludique et malicieux, intervient pour enrayer une mécanique infernale d'avilissement et d'extermination.
    Il offre ainsi à la vie de belles revanches sur la mort.

  • " du parti des myosotis " relève le défi de faire exister après sa mort un être dont la vie a été marquée au sceau du silence et de l'absence.
    " taiseux " depuis toujours, marceau levaray est devenu dans les dernières années de sa vie, sous l'effet des différentes maladies dont il souffre, carrément autiste. et devant la perspective de sa disparition, son fils se rend compte, effaré, qu'il ne sait presque rien du passé de son père. nous sortons un peu sonnés de la lecture de ce petit livre, car il nous fait vertigineusement entrevoir l'existence de ceux qui ne défrayent jamais la chronique, ceux auxquels ne s'intéresse aucun romancier, aucun cinéaste, aucun journaliste ou chroniqueur...

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