Littérature générale

  • Franck Leibovici s'intéresse ici aux écritures ordinaires, liées à des routines qui échappent à notre attention ou à notre champ de vision et, pour cela, demeurent innommées. Partant d'exemples tirés de la poésie des vingt dernières années, des literacy studies, des media studies, de l'anthropologie ou du droit international pénal, le présent ouvrage traite de l'écriture comme action : écrire (noter, transcrire, récrire, indexer, republier), c'est activer un écosystème social composé non plus de textes, mais de documents.
    Plutôt que d'observer des objets d'écriture tenus a priori pour littéraires, Franck Leibovici examine leurs relations avec la documentalité la plus ordinaire. Quel type de fonctionnement et d'usage ces objets partagent-ils avec des pièces dont l'établissement, la production et la circulation déterminent l'ordre présent de nos sociétés ? La dimension politique et éthique de la littérature réside dans sa capacité à concentrer, redistribuer, reconsidérer les marques de pouvoir qui circulent dans les documents que nous visons, paraphons, signons chacun quotidiennement. Le présent ouvrage esquisse, par là, une reconception radicalement non essentialiste de l'« art » et de la « poésie ».

  • « Ceci est un recueil d'anecdotes de la poésie contemporaine. J'ai personnellement vécu certaines histoires, d'autres m'ont été racontées. Certaines sont drôles, d'autres cruelles ou tristes, toutes ont un caractère édifiant.
    Dans l'histoire de la peinture existe une période d'«anecdotes d'artistes»?: l'art se tend un miroir, faisant de l'histoire de l'art le sujet principal du tableau. Ici, il n'y a pas d'autre sujet que la poésie. Elle est au centre des vies des protagonistes, qu'elle semble organiser. La poésie y est décrite comme une forme de sociabilité. La poésie est aussi faite des histoires qui lient les différents acteurs. J'ai voulu écrire une manière d'anthropologie. Avoir recours à la petite histoire pour dire des façons d'être poète aujourd'hui. Je pose des questions simples. Comment devient-on poète?? Est-ce par vocation, par goût, par prédisposition, un peu par accident?? Quelle sont les manières d'exister comme poète?? Quels moyens de survie?? Où trouve-t-on de l'argent?? » (C. M.).

    24 anecdotes, anonymées, sur le monde de la poésie, ses institutions, ses acteurs, les interactions qui le caractérisent - demandes de bourse, résidences, commandes de textes, les négociations et modes de rémunération plus ou moins symboliques.

    « Le livre de Cyrille Martinez ne propose pas simplement une analyse interne de la manière dont se distribuent et s'exercent les pouvoirs à l'intérieur du champ poétique, il offre aussi l'imagerie la plus fine des traces de domination inscrites en chacune des inter­actions institutionnelles qu'occasionne l'écriture poétique quand elle se réalise socialement, j'entends par là les marques d'un mépris ordinarisé qui ne dévoile ni ses causes profondes ni son origine, qu'acceptent et reproduisent même ceux qui le subissent. Sans les nommer, le livre d'anecdotes nous désigne ces marques, les distingue, les enregistre. » (Christophe Hanna)

  • Explore se livre à une critique approfondie des théories littéraires qui séparent les textes des formes de vie dans lesquels ils s'inscrivent. Les études littéraires peinent en effet à se soustraire à des mythologies essentialistes et séparatistes qui en limitent considérablement l'efficacité sociale et la portée politique. Ce sont précisément ces soupçons, en partie fondés, d'irresponsabilité et de bavardage scolastique, que ce livre entend lever. Il s'exerce pour cela à se munir d'une conception du langage qui soit conséquente et gage d'émancipation.
    Investir le langage, ce n'est peut-être pas déserter le réel, ni renoncer à l'action. Pour peu qu'on se tienne à une philosophie pragmatique des jeux de langage, c'est au contraire reprendre la main sur ce qui structure nos problèmes, définit nos agenda, distribue nos places, organise notre vie, engage nos possibilités d'action.
    Ce livre soutient donc : 1) qu'il n'y a pas de différence essentielle entre le langage ordinaire et le langage littéraire; 2) que la question de l'action est sans doute la plus négligée des études littéraires; 3) qu'au lieu de commenter les textes, nous ferions bien d'en comprendre les sens en menant une enquête sur leurs usages dans des contextes d'action déterminés; 4) que la littérature, par l'usage intensif et réflexif qu'elle fait du langage, pourrait être un instrument d'exploration des formes de vie qui nous entourent et un outil d'investigation de nos problèmes publics.

  • « La poésie, c'est d'abord, pour nous, lapoésie, grand totem historique qui continue, à travers école et médias, de s'imposer comme expressivité, harmonie, sincérité, visions.
    La repoésie d'aujourd'hui, qui cherche dans le quotidien les traces d'un chant essentiel, n'est rien d'autre que son avatar nostalgique. Quant à la néopoésie, apparemment plus en phase avec le présent, elle vise surtout, sous de nouveaux atours techniques et spectaculaires, à multiplier les «féeries». Depuis la fin du xixe siècle et Rimbaud, quelques auteurs ont tenté de libérer la poésie d'elle-même, pour la reconcevoir. Ils l'ont pensée avant tout comme une manière de comprendre la réalité, ils ont cherché les outils, conceptuels, verbaux, formels de cette nouvelle entente. Les 52 textes et interventions rassemblés dans Sorties supposent donc qu'il y a un dehors, et un après. Et non une seule façon de sortir ou de s'en sortir, mais une pluralité de gestes, de postures, de dispositions à l'échappée, liée aux différentes façons de concevoir une refonte de l'«industrie logique». Vastes chantiers postgénériques que ce livre décrit en contexte et dans leurs visées «politiques». Il s'agit d'insoumission, d'actes et d'actions. »

  • Dans Poésie et figuration, Jean-Marie Gleize trace la genèse de ce qui serait une « poésie moderne », de Lamartine à Denis Roche. Les huit lectures proposées ici s'articulent les unes aux autres à la façon d'un procès : celui que la poésie instruit contre elle-même ; celui qui la fait devenir ce qu'elle est, ce qu'elle sera. « Cette histoire, on s'en doute, n'est pas linéaire ; les tracés se recoupent ou se recouvrent, se superposent et s'annulent. L'enquête est menée à l'intersection de deux questions clés : la constitution du "moi" et ce qu'il représente, oufi gure, à travers ses multiples catastrophes, effacements, métamorphoses. En un mot, c'est la curieuse histoire littérale du sujet lyrique, brûlante, paradoxale, en cours ».
    Existe-t-il une poésie après la poésie, en avant d'elle? Une prose qui serait littérale, très "particulière" ? La poésie n'est rien d'autre que le moment où cette question se pose. Or : 1) La poésie n'arrange rien. 2) Elle ne consiste pas à reproduire le réel, mais à se rendre à lui, à rendre le réel, à rendre réel. 3) Cela est impossible, interminable, inachevable, nécessaire. Cela est précisément la littérature. Prenons parti, en guise de "manifeste indirect", pour un réalisme intégral.».

  • Des plans griffonnés à la hâte pour décrire une rencontre d'extraterrestres, des collages mnémotechniques d'élèves laissés sur des tables de classe, des fiches de travail angoissées peuvent constituer des modèles pour rendre compte des fonctionnements de formes d'écritures actuelles que nous considérons comme poétiques. Ces écritures, qui n'ont pas pour vocation d'exprimer les mouvements d'une intériorité privée ni de révéler un « Réel » masqué par les représentations dominantes, peuvent être caractérisées comme des dispositifs poétiques, c'est-à-dire des agencements langagiers à visée instrumentale, inventés pour répondre à certains problèmes propres à la vie pratique. Les constructions « documentales » capables de ressaisir des événements dont l'information nous dépasse ou nous semble douteuse (Edgar Allan Poe, Nathalie Quintane, Mark Lombardi), les « formes synoptiques » suggérant une compréhension pour des langages qui nous paraissent étrangers, intenables, intimidants (Emmanuel Hocquard, Stéphane Bérard), les installations ou interventions critiques destinées à analyser et dénaturaliser nos manières de faire des mondes (Manuel Joseph, Christophe Tarkos, Julien Blaine) relèvent toutes du domaine des « dispositifs poétiques » exploré dans ces pages. Nos Dispositifs poétiques reconçoit la poétique hors des voies de l'autotélisme romantique et des esthétiques formalistes, renouant avec la théorie politique et, plus largement, nos formes de vie.

  • " Qu'est-ce que c'est ? Une théorie logique qui explique avec des schémas comment résoudre les problèmes de l'homme.
    C'est un peu de la philosophie ! Une théorie littéraire qui permettrait d'écrire cent mille livres. C'est un peu de la fiction ! Un fictionnaire est un écrivain qui invente des concepts fictionnels pour le futur. Avec ses concepts, il résout les problèmes qui se posent à la personne. Des problèmes quotidiens. C'est juste la manière dont le fictionnaire les traite qui est incroyable. La théorie du fictionnaire est entièrement tournée - vers le futur.
    La théorie du fictionnaire permet de refaire le monde, grâce à une logique imparable ".

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